PS : une politique à très courte vue

Le parti socialiste semble prêt à sacrifier ses idéaux pour gagner des voix. Au risque de perdre les uns et les autres.

 Ainsi, ce 28 mars, après en avoir délibéré, le Conseil de déontologie du PS a décidé de ne rien décider quant au  « tweet » de Jamal Ikazban traitant le consultant en terrorisme et renseignement Claude Moniquet « d’ordure sioniste »

 Le Conseil s’est contenté d’affirmer que J. Ikazban s’était excusé pour ses propos et de rappeler que le PS luttait contre toutes les dérives racistes ou antisémites. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

 Avant d’en venir à cette politique de l’autruche, il convient de rappeler qu’aucun des partis démocratiques de ce pays ne saurait être suspect d’antisémitisme. Et spécialement pas le PS dont les dirigeants se sont toujours placés du côté de la communauté juive.

 Au demeurant, tant le porte-parole du parti que son Président, Paul Magnette, ou la vice-Première Laurette Onkelinx se sont élevés contre les propos de M. Ikazban ainsi d’ailleurs que contre la publication d’une affiche antisémite  par une association proche du PS.

On n’en attendait pas moins. Mais on peut légitimement en espérer davantage. Bien sûr, on voit bien que le PS est confronté au même dilemme que nombre de partis de gauche ou d’extrême-gauche en Europe:

Jusqu’où peut on adapter (moduler, reculer sur) ses principes pour engranger des suffrages ? Là encore, il est normal et légitime que le PS chasse les voix des « Belges d’origine étrangère ». Il a toujours agi de même dans son histoire et il a bien fait.

Il ne manquerait plus qu’un tel parti rejette des citoyens à cause de leur origine, leur culture ou leur religion.  Reste à trier le bon grain de l’ivraie. Ce qui est, au demeurant des plus aisés : est un bon militant -ou élu- celui qui partage les idéaux et les façons de faire du PS.

Le souci, c’est la tentation d’accepter dans ses rangs des gens à fort potentiel électoral en faisant fi des idées qu’ils défendent par ailleurs. Le PS doit-il placer sur ses listes un Turc d’extrême droite  parce qu’il est populaire dans une frange de sa communauté ?

Ou faire de J. Ikazban un élu parce qu’il est efficace et combatif  sans se préoccuper de ce qu’il défend ou dit sur des sujets aussi complexes et sensibles que le sionisme et l’antisémitisme ?

 Un représentant du peuple de gauche peut-il tenir un discours de voyou ? Le PS peut-il tolérer qu’il s’en prenne à un consultant en le traitant de « crapule » parce qu’il ne partage pas son analyse sur l’Egypte ? Pis, le traiter de « crapule sioniste » ?

 Et si on traitait J. Ikazban de « crapule marocaine » ?

Outre que le terme « sioniste », n’en déplaise aux esprits simplistes, n’est pas une insulte, quel est le rapport avec l’Egypte ? M. Ikazban trouverait- il tolérable qu’on le traite de « crapule marocaine » lorsqu’on est en désaccord avec lui ? Nous non plus.

Claude Moniquet dont, soit dit en passant, on ne partage guère les idées, doit-il être renvoyé à son sionisme parce qu’il a un jugement abrupt sur le pays du Nil ? D’autant que, chacun, y compris au PS, sait ou se doute de ce que cet élu entend par « sioniste ».

 Il s’agit, dans son éprit, d’un synonyme de « Juif », une façon codée de faire comprendre à qui sait l’entendre, que M. Moniquet participe du grand complot judéo- américain contre le monde arabe et l’islam.    

Alors, quand le Conseil de déontologie du PS dédouane M. Izkaban de ses propos au prétexte qu’il a marmonné un mot d’excuse sur une télévision locale, il commet une mauvaise action contre son propre parti et, il faut le dire, contre la démocratie.

On ne peut tonner contre les propos brutaux du Vlaamse Belang, de la NVA et même du MR contre les immigrés et conserver dans ses rangs des gens qui s’autorisent de tels écarts de langage. Même si ce sont des « machines à voix ».

On attend du plus grand parti de gauche de ce pays qu’il préfère « perdre une élection plutôt que de perdre son âme », pour reprendre la célèbre formule d’un élu français de droite à propos d’une alliance avec le Front National.  

D’autant qu’on doute que le PS ait beaucoup à gagner en termes électoraux en se trouvant associé à des défenseurs du Hamas, comme M. Izkaban, ou des partisans du mouvement fasciste des « Loups gris » turcs.

Après tout, il y a nettement plus de modérés que d’extrémistes chez les « Belges d’origine étrangère ». Comme chez les « Belges de souche » d’ailleurs. Si ce n’est pour ses idéaux, le PS devrait en tenir compte pour sa bonne santé électorale.

A lire sur le sujet :  http://www.cclj.be/article/3/4104  et  http://www.cclj.be/article/3/4103

 

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