On ne va pas se mentir, cette révélation du passé de Waffen SS de l’inspecteur Derrick (Horst Tapper dans le feuilleton. Ou est-ce l’inverse ?) porte un rude coup à beaucoup. Y compris à ceux qui y allaient de leurs ricanements à son sujet.
Le genre qui demandait que la série soit remboursée par la Sécurité sociale en tant que somnifère idéal pour la sieste de l’après-midi. Et quel mal il y a-t-il à s’assoupir après le déjeuner si on en a le loisir, hum ? D’autant qu’il ne faut rien exagérer non plus.
Bien sûr, Derrick ce n’est pas 24h chrono mais, à condition de ne pas s’être empiffré avant, c’est tout à fait regardable de bout en bout. Et même prenant. D’ailleurs, un milliard de téléspectateurs –même s’ils ne voient que le début- ne peuvent pas tous se tromper, si ?
Oui, oui, un milliard : les 281 aventures de l´Inspecteur principal Stefan Derrick et son fidèle équipier Harry Klein, ont été diffusées dans au moins 102 pays, dont une Chine où l’audimat moyen tourne autour de 500 millions de téléspectateurs….
Et, il faut le dire, H. Tappert, s’il est un brin moins sexy que James Bond (oui, 007 n’est pas policier et ne joue pas dans les feuilletons, c’est juste une image) est un héros dont son pays pouvait être fier
Jamais un pas hors de la légalité, correct même avec les femmes et qui gagne aussi bien à la fin que le premier permis de tuer venu. Et puis voici que, un peu comme l’Allemagne elle-même, il se retrouve rattrapé par « ce passé qui ne veut pas passer »*
Car Horst Tappert, mobilisé à 18 ans en 1940 a rejoint la Waffen SS en 1943 et y est resté, comme simple soldat, jusqu’à la fin de la guerre, en 1945. Or, comme la SS était un corps d’élite, il fallait être volontaire pour y entrer. Et seuls les nazis avérés y étaient admis…
Très théorique, expliquent les défenseurs de l’inspecteur : c’était le cas au début mais en 1943, la SS engageait n’importe qui (y compris des collabos belges comme Léon Degrelle) et faisait pression sur les soldats reguliers pour qu’ils la rejoignent.
P’te ben qu’oui, p’te ben que non. Il n’empêche : Tappert a fait partie de la 3ème Panzerdivision « Totenkopf », sans doute la plus féroce des 38 que compta la SS. Elle a laissé un sanglant sillon de crimes de guerre partout où elle est passée, que ce soit en Pologne, en France ou en Union soviétique.
Bien sûr, toutes ces révélations arrivent un peu tard : H. Tappert est mort en 2008. Il n’empêche, la prochaine fois que certains s’endormiront durant un épisode de Derrick, ils risquent de faire quelques cauchemars…
*Expression de l’historien allemand Ernst Nolte sur qui il y aurait aussi beaucoup à dire mais c’est une autre histoire.
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