Quand des Rwandais mènent campagne « pour un avenir meilleur »

Le 15 novembre 2016, dans le cadre de la campagne « Tour de France imbere heza », ils étaient nombreux à se rassembler au CCLJ. Objectif renforcer le dialogue entre la jeunesse rwandaise et européenne, soutenir les rescapés, et surtout lutter contre l’impunité des génocidaires.

Le 15 novembre dernier, le CCLJ accueillait une délégation de survivants du génocide des Tutsi au Rwanda. Cette délégation a sillonné la France, puis la Belgique à l’initiative d’EGAM (European Grassroots Antiracist Movement), avec pour objectif de transmettre l’histoire du génocide de 1994 et de renforcer le dialogue entre la jeunesse rwandaise et française. Cette campagne intitulée « Tour de France imbere heza » (imbere heza signifiant « pour un avenir meilleur ») s’inscrit dans une plus large campagne « Génocide contre les Tutsi : la vérité maintenant ! » qui vise, outre les objectifs précités, à soutenir les rescapés et à inciter les autorités françaises à prendre leurs responsabilités judiciaires face à la soixantaine de génocidaires vivant aujourd’hui en France, mais également en Belgique.

La lutte pour la justice et contre l’impunité est au cœur de ces rencontres de jeunes organisées en partenariat avec l’Association des élèves et étudiants rescapés du génocide (AERG) et le Groupe des anciens élèves et étudiants rescapés du génocide (GAERG). Pour que les génocidaires répondent de leurs actes devant la Justice en France et en Belgique, ou qu’ils soient extradés au Rwanda pour le faire !

C’est avec beaucoup d’humilité que Olivier Mazimpaka (président du GAERG), Charles Habonimana (ancien président du GAERG), Béatrice Uwera (vice-présidente du GAERG) et Amanda Uwinsanga (collégienne à Kigali) ont échangé avec l’assemblée. Après avoir livré leurs témoignages, ils ont partagé leurs impressions avec les jeunes Français et Belges, sans cacher leur étonnement face à l’ignorance d’une partie de la population européenne quant à l’histoire du Rwanda et à la présence de nombreux génocidaires dans leurs pays. « Je ne me sens pas en sécurité en France ou en Belgique. Quand j’entre dans le métro, je regarde partout de peur de croiser un génocidaire… Je n’ai pas cette crainte au Rwanda, car je sais qu’ils sont en prison ou ont été jugés », nous a confié Charles. 

Nous avons également été très honorés de la présence de S.E.M. Olivier Jean-Patrick Nduhungirehe, ambassadeur de la République du Rwanda auprès de la Belgique, le Grand-Duché de Luxembourg, des Institutions de l’Union européenne et du groupe ACP, accompagné de  son premier conseiller, Faustin Musare. Un ambassadeur qui, au moment du débat, exprimait son inquiétude de voir « renaître » au sein de la diaspora rwandaise un courant visant à glorifier l’identité hutu, alors qu’au Rwanda ces distinctions pseudo-ethniques ont été à jamais enfouies puisqu’elles ont été la cause du drame de 1994.

Pour conclure, nous reprendrons les mots de Benjamin Abtan, coordinateur du Réseau Elie Wiesel et président d’EGAM, publiés dans une tribune parue le 14 novembre dans Le Monde : « Que la vérité soit enfin dite et que justice soit enfin faite ! Nous le devons aux victimes, aux rescapés, à tous les citoyens de France et du Rwanda aujourd’hui, comme à une certaine idée de la démocratie. C’est la condition de la construction d’un « imbere heza », d’un « bon avenir » partagé, pour lequel des jeunes de France et du Rwanda s’engagent ensemble et que nous soutenons ».

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