Quand Israël applique les valeurs juives

L’autre Israël existe toujours et le voir en action change de la colère, de la haine et du racisme qui sévissent bien trop dans le pays. Cet Israël là met en pratique ces « valeurs juives » qui sont, en fait, celles de l’humanisme.   

En toute discrétion, depuis le début de la révolte contre le régime d’Assad, (mars 2011), des médecins et d’infirmières israéliens soignent des blessés syriens. (Plus de 700 à l’heure actuelle).

Des hommes, des femmes des enfants qui ont fui les attaques du dictateur pour la zone démilitarisée du Golan. Là, l’armée israélienne leur fait franchir la ligne de cessez-le-feu entre les deux pays et les mène d’abord jusqu’à un hôpital de campagne tout proche.

De là,  après les premiers soins, elle les dirige vers deux hôpitaux du nord d’Israël. L’un, le « Rebecca Sieff Hospital » (familièrement appelé « Ziv Hospital ») de Safed accueille ceux qui souffrent de lésions internes ou de blessures aux membres.

L’autre celui de Naharia, qui possède un service de neurologie, prend en charge les victimes de traumatismes graves. Dans les deux, le personnel est composé de médecins (et d’infirmières) israéliens, juifs, musulmans ou chrétiens.

Pour eux, pas question de politique, juste de serment d’Hippocrate et d’aide envers  des êtres humains en souffrance.  En face, c’est parfois plus compliqué : certains patients se réveillent en se croyant dans un hôpital libanais pour  découvrir qu’ils sont chez l’ennemi héréditaire….  

Des psychologues arabophones se chargent de les apaiser et la qualité des soins fait le reste.  Reste la peur si on découvre chez eux où ils sont soignés. Cela aussi est pris en compte :

On demande aux rares journalistes admis*  dans ces hôpitaux d’éviter de trop filmer ou photographier les patients. Lesquels reçoivent aussi l’assurance qu’une fois remis sur pied, Tsahal les rapatriera dans un coin discret. Les relations personnelles font le reste.

Comme l’explique un médecin du Ziv Hospital : « on se rend compte que le monstre n’est jamais tel qu’on se le représente. Quand on va vers les hommes et les femmes, on s’aperçoit qu’ils souhaitent juste vivre leur vie, élever leurs enfants, mener une existence normale. »

Bien entendu, -et on a plaisir à le préciser- tout cela se fait avec l’aval du gouvernement israélien, sans lequel l’armée n’aurait évidemment pas le droit d’agir. Il a aussi alloué plusieurs millions $  pour financer l’ensemble des soins accordés aux blessés syriens.  

Par parenthèse, on notera aussi que l’extrême-droite israélienne, pour une fois, ne tonne pas contre les « belles âmes » ni ne leur reproche de ne pas soigner  plutôt les Juifs. D’évidence, tant qu’elle tient les fusils, cela ne la dérange pas que d’autres offrent des pansements…

D’autre part, des esprits chagrins feront remarquer que tout cela ne pèse guère. « Une goutte d’eau dans l’océan »  confirme le directeur de l’hôpital de Naharya lui-même à propos des soins qu’il dispense.

De fait, sauver 700 blessés dans un conflit qui, selon l’ONU, a causé la mort d’au moins 120.000 personnes, fait un million de blessés et entraîné la fuite de millions de Syriens, n’a guère d’importance.

Et les mêmes critiques expliqueront que le gouvernement israélien redore ainsi son image à bon compte et que ces gestes ne modifient en rien l’intransigeance de sa politique.  Ils ont sans doute raison : cela ne changera rien au drame syrien.

Sauf pour les 700 êtres humains qui ont échappé à la mort grâce à ce rien là. Comment dit le Talmud déjà ? « Qui sauve une vie…. »   

*Dont la correspondante en Israël du Point, notre amie Danièle Kriegel. On lira avec fruit son article : http://www.lepoint.fr/monde/ces-blesses-syriens-soignes-en-israel-14-09-2013-1731099_24.php  dont sont reprises une partie des informations contenues dans ce texte

Projet : « Israël pour les Syriens »                 

Autres Israéliens à venir en aide aux Syriens, les membres –discrets- d’une ONG… anonyme. Créée en 2000, elle se donne pour mission de venir en aide

« aux pays en souffrance ne recevant pas d’aide israélienne officielle » explique sa fondatrice.             
« On n’est pas là pour remplacer l’Etat d’Israël, l’Etat contribue beaucoup là où il le peut. Nous nous concentrons sur des pays qui ne reçoivent pas » en concluant : « C’est une assistance de citoyen à citoyen. »                 
C’est ainsi que l’ONG  a mené en secret des opérations dans des pays comme le Pakistan, l’Indonésie ou le Soudan. Et c’est bien légal, tout ça ? La réponse fuse, cinglante : «Personne ne demande la permission de tuer. Nous ne demandons pas la permission de sauver »             

« Nous ne nous préoccupons pas de politique. Nous ne travaillons pour personne, juste pour notre conscience. ». Et c’est ainsi que les bénévoles de l’ONG, « 1 200 Israéliens qui aiment tous leur patrie et ont fait leur service militaire », se sont engagés dans le drame syrien.      

« Nous avons commencé environ 3 semaines après le début du conflit avec un projet nommé syrien  « Il 4 Syrians » (Israël pour les Syriens)*, en collaboration avec des groupes démocratiques et laïcs là bas ».                          

Et ils n’ont pas arrêté depuis, délivrant 20 tonnes de médicaments, 690 tonnes de nourriture, 70 d’équipements sanitaires et des centaines d’objets de 1ère nécessité (papier toilette, savons, kits d’hygiène féminine, couvertures, matelas etc.)    

Tout cela dans un pays en guerre, où aucun des deux camps n’apprécierait leur présence s’il la découvrait. C’est dire s’ils connaissent parfois la peur. Mais pas assez pour cesser de vouloir , comme ils le disent «aider  au bon endroit  au bon moment »             

 *http://il4syrians.org/?page_id=2

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