Selon une étude récente du très sérieux « think tank » (groupe de réflexion) londonien Chatham House*, les Britanniques détestent et aiment en même temps Israël. Et leur nombre est en augmentation
Comme vous n’êtes pas sans l’ignorer, la mécanique quantique** montre (ou postule ?) qu’il existe dans le monde de l’infiniment petit, des situations à priori inconciliables : une particule se trouve en deux endroits en même temps et un chat** est à la fois mort et vivant…
Or, il semble bien que le génie britannique soit parvenu à adapter ces lois du « nano-univers » au domaine des rapports anglo-israéliens : une étude en deux volets publiée par Chatham House dresse d’une part la liste des pays détestés par les habitants d’Albion.
En tête, la Corée du Nord avec 47%, soit 7% de plus que lors de l’étude précédente en 2012. Et, en 2ème position…. Israël dont l’impopularité a bondi en deux ans de 17 à 35% ! Juste derrière, l’Iran qui, à l’inverse, est tombé de 45% en 2012 à 33 aujourd’hui.
Suivent d’autres sympathiques États comme le Pakistan, le Nigeria ou l’Arabie saoudite…. Cependant, avant d’entonner les coutumiers : « Israël, Juif des Nations » ou « Tout le monde est contre nous », il convient de jeter un œil sur le second volet.
Là, non sans logique, l’étude publie la liste des pays les plus appréciés par nos voisins d’outre-Manche. Le 1er est l’Australie suivi par le Canada. Logique. Mais qui trouve-t-on à la 8ème place, entre l’Afrique du Sud et la Corée du Sud ?
Je ne vous le fais pas dire : l’État d’Israël en personne. Qui se paye même le luxe d’augmenter sa popularité d’un point. Voilà, voilà. Comme disait le prix Nobel de physique 1965, Richard Feynman : « « Si vous prétendez comprendre la mécanique quantique, c’est que vous n’y avez rien compris »
A noter que le même phénomène quantique frappe les États-Unis qui, aux yeux des Britanniques, sont en même temps, le 9ème pays le plus détesté et le 3ème le plus aimé. Mais imaginons que vous n’ayez pas l’esprit scientifique, en tous cas côté quantas.
Existe-t-il une réponse davantage rationnelle ? La plus évidente est celle résumée par de vigoureux coups d’index sur la tempe et un sonore « Ils sont fous, ces Anglais ! » chère à Obélix et qui est une des raisons pour lesquelles on les apprécie autant.
Il y a aussi l’hypothèse, certes audacieuse, qu’il existe une forte proportion de Britanniques qui soutiennent l’État juif mais que leur nombre est en rapide diminution. Songez donc : un rejet de 18 points !
Qu’il convient toutefois de relativiser : l’enquête s’est terminée en septembre 2014, juste après l’opération « Bordure protectrice » contre Gaza qui n’a accru la popularité d’d’Israël nulle part dans le monde…. Bref, un coup –quantique- pour rien.
« A moins que l’antisémitisme ne fasse l’objet d’une tolérance zéro »…
Il faudra attendre l’étude de 2017 pour savoir où en est exactement l’opinion publique des Britons vis à vis des Israéliens. Mais qu’en est-il de l’antisémitisme pour la 5ème communauté juive du monde*** (295.000 âmes) ?
Là, il faut se rapporter à une autre étude, basée sur un sondage récent (23 déc. 14- 11 janv. 15) menée par l’organisation « Campagne Contre l’Antisémitisme » (CCA). Selon elle, c’est en 2014 qu’a été enregistré le plus grand nombre d’incidents antisémites depuis 30 ans.
Ils ont même doublé à Londres où vivent les 2/3 des Juifs britanniques. Et le Président du CCA d’expliquer : « même si on est loin des chiffres constatés dans la plupart des pays d’Europe, ces résultat sont une sonnette d’alarme »
De fait, pour l’heure, 65% des Juifs se sentent en sécurité chez eux. De même, s’il a augmenté de 20%, le chiffre des départs vers Israël n’a rien de comparable à celui des Juifs de France : 520 en 2013, 620 en 2014. Mais beaucoup sont inquiets pour le futur :
45% des Juifs britanniques pensent qu’ils n’ont pas d’avenir dans leur pays et 58% craignent que les Juifs n’en aient pas en Europe. Pourtant, dans cette ville multiculturelle qu’est Londres, les rapports entre Juifs et musulmans sont globalement plutôt meilleurs qu’ailleurs.
Quant à l’extrême droite, ses ennemis de l’heure sont les immigrés. Les hooligans de « l’English Defence League », accueillent les groupuscules ultra-sionistes pour s’en prendre aux musulmans****. De même, au « British National Party » :
Après avoir été longtemps anti-Juifs, anti-hindous et anti-sikhs, il s’est recentré dans la lutte contre l’islam, plus payante électoralement. Un sondage de 2013 ne montrait-il pas que 2/3 des sondés pensaient qu’il y aurait une guerre civile entre musulmans et « Blancs » ?
Quand au « Parti pour l’Indépendance du Royaume-Uni » (UKIP), grand vainqueur des Européennes de mai 2014 (24 députés), il a sèchement rejeté toute alliance avec Marine Le Pen en arguant que «l’antisémitisme est inscrit dans l’ADN du Front National ».
Il n’empêche : le cœur à ses raisons que la raison…, on connait le proverbe. De même pour le sentiment d’insécurité. Comme disait encore le président du CCA : « à moins que l’antisémitisme ne fasse l’objet d’une tolérance zéro, il continuera à croître et les Juifs britanniques pourraient s’interroger sur leur place dans leur propre pays »…
*Fondé en 1920 le « Royal Institute of International Affairs », mieux connu sous le nom de Chatham House est l’un des plus important et renommé groupe de réflexion indépendant du Royaume-Uni.
**La mécanique quantique est la partie de la physique qui étudie électrons, protons, etc., ces particules élémentaires dont la taille est inférieure à un nanomètre (un milliardième de mètre). Les lois qui y prévalent semblent très différentes de celles que nous connaissons. Quant au chat, c’est celui du « paradoxe de Schrödinger », inventé par ce physicien en 1935 afin de démontrer les faiblesses de certaines théories quantiques.
*** Après Israël, les États-Unis, la France et le Canada.
****http://www.cclj.be/article/3/1634
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