Lorsque la célèbre chaîne de fast (ou de junk) food McDonald’s refuse de s’implanter quelque part, cela fait un choc. Culinaire certes mais aussi politique. Surtout lorsque le « quelque part » se trouve être une colonie de Cisjordanie
Pauvres habitants d’Ariel ! Bien la peine d’être une des plus importantes colonies de Cisjordanie (18.000 habitants tout de même). Ou d’avoir été déclarée « capitale de la Samarie » en 2010 par le 1er Ministre B. Netanyahou en personne.
A quoi bon y construire un vaste centre commercial si c’est pour que McDonald’s refuse d’y ouvrir un de ses restaurants ? Certes, ce n’est pas dirigé seulement contre eux : la politique constante de la chaîne est de ne pas ouvrir d’établissements dans les territoires occupés.
N’empêche : déjà qu’une soixantaine d’universitaires ont refusé de venir enseigner à Ariel, tout comme une centaine d’artistes d’y jouer. Et à présent, voici que le numéro 1 du fast food israélien (70% de parts de marché)* se défile !
On comprend l’affirmation du maire de la ville pour qui « cette décision a blessé une grande partie de notre population. ». Encore que « blessé » soit en l’occurrence, faible comme expression. En fait, ce refus, comme les précédents, est un véritable traumatisme.
Car les habitants des colonies veulent à toute force croire (et faire croire) à cette illusion : ils sont des Israéliens normaux vivant dans des localités normales sur le territoire « normal » de l’Etat d’Israël.
Quand on les tire de ce rêve, quand le principe de réalité leur revient en pleine figure, c’est le choc puis la colère : « Le boycott de McDonald’s est une insulte directe et offensante pour les résidents juifs d’Ariel » (Yigal Dilmoni, directeur adjoint du Yesha, le Conseil des colons)
« C’est de la discrimination à l’égard de mes concitoyens ! » (le maire d’Ariel). « J’invite le public à boycotter ceux qui le boycottent » (Ouri Ariel. ministre du Logement). Une idée reprise par Y. Dilmoni :
«Chaque citoyen qui se soucie de l’Etat d’Israël devrait se demander avant d’acheter un hamburger : chez qui va mon argent ? ». Une question qui n’a rien de rhétorique : le directeur des franchises McDonald’s en Israël se nomme Omri Padan.
Lequel, même s’il n’est plus impliqué dans le mouvement, est un des fondateurs de Shalom Archav. C’est ainsi que ceux qui s’indignent contre les boycotts qui les frappent –et ont fait voter une loi à la Knesset pour s’en protéger- appellent à leur tour à boycotter Mc Do…
Mais là, c’est autre chose : eux sont de vrais sionistes et en face, ce sont des traîtres gauchistes qui veulent brader la Terre d’Israël. A ce stade, les colons sont si bien retournés dans leur monde imaginaire qu’ils affirment gravement, se battre aussi pour les Palestiniens.
Car le directeur du centre commercial comptait engager « des gens de toutes les religions ». La décision de la chaîne de fast-food va donc priver d’emploi des Arabes qui auraient pu gagner quatre ou cinq fois davantage qu’à Ramallah ou Hébron….
Et on sait à quelles extrémités peuvent se porter des Palestiniens qui ne font rien de leurs journées. Les colons ne disent pas que les prochaines agressions ou attentas commis contre eux seront de la responsabilité de Mc Do. Mais certains doivent le penser très fort.
Ceci étant, il faut tout de même reconnaître que, en dehors de ses implications politiques, ce refus est un coup dur d’un point de vue culinaire : quel Israélien n’aime pas le McFalafel**, présenté dans un pain pita avec de la te’hina et de la salade ?
Bien sûr, le conçurent direct de Mc Do, l’israélien Burger Ranch a promis de s’implanter à Ariel. Et « pour la plus grande gloire d’Israël » encore. Mais ce ne sera pas la même chose…
* McDonald’s connait un grand succès en Israël où elle a ouvert 170 restaurants, dont 40 servant de la viande cachère. La chaîne affirme être le 1er employeur de jeunes dans le pays (3000) plus environ un millier d’adultes.
**17 shekels (2 €) et 499 calories à peine.