Ainsi, la loi interdisant le boycott des colonies de Cisjordanie a été votée par la Knesset. L’extrême droite devrait se dépêcher d’en faire usage : elle risque fort d’être « retoquée » sous peu par la Cour suprême.
En voilà une loi qu’elle a suscité l’enthousiasme général ! Déjà, elle n’a recueilli que 47 voix (contre 38) sur les 120 députés de la Knesset. Mais la droite vous expliquera pourquoi la majorité était aussi courte :
C’est parce que tous les députés du parti ultra-orthodoxe Shass étaient de corvée mariage…. Et si vous croyez celle-là, elle vous en racontera une autre. En plus, Reuven Rivlin, le propre président (Likoud) du Parlement était contre.
Tout comme le conseiller juridique de la Knesset, Eyal Yinon, (« Ce projet de loi heurte de plein fouet le droit d’expression en Israël»). Et sept ministres, dont celui de la Défense, Ehud Barak et Avigdor Liberman, des Affaires étrangères, n’ont pas pris part au vote.
Mieux –ou pire- Benjamin Netanyahou lui-même n’est pas venu voter avec sa propre majorité. «Il ne se sent pas à l’aise avec cette loi et a préféré ne pas la soutenir », selon ses proches.
Dit autrement : tout ce que le Premier Ministre de l’Etat d’Israël a comme marge de manoeuvre pour manifester sa réprobation contre une mesure législative est de s’abstenir de se rendre au Parlement.
Voilà qui en dit long sur la puissance de ceux qui font la loi -dans tous les sens du terme-, en ce moment en Israël : les militants d’extrême-droite, colons en tète. Car, clairement, cette loi qui vient donc de passer a été faite par eux et pour eux.
Ne prévoit-elle pas qu’une amende de 50 000 shekels (13.000 €) sera infligée à toute personne ou institution appelant au boycott des colonies, assimilé à un boycott d’Israël lui même ?
Ceci étant, cette loi, en elle même, ne vaut guère qu’on s’y attarde. Le Département d’Etat américain a déjà tout dit sur son contenu en rappelant que « la liberté d’organiser et protester est une valeur démocratique qu’ Israël et les Etats-Unis ont longtemps partagé »
Et même la très droitière « Anti-Defamation League » américaine a « exprimé sa préoccupation » devant cet « empiètement inutile du droit démocratique de s’exprimer ».
De toutes façons, comme, malgré les efforts de l’extrême-droite, Israël est encore une démocratie, la Cour suprême de Justice devrait annuler sous peu une législation aussi attentatoires aux libertés fondamentales.
Plus important, en revanche, est ce qui est sous-entendu dans ce texte : à savoir que les colonies font partie intégrante d’Israël. Et comme elles sont implantées dans l’ensemble des territoires occupés, la Cisjordanie aussi.
Partant, il n’y a plus d’endroit où ériger un Etat palestinien. Et donc, plus de négociations à mener. Ni de paix à conclure. On voit bien à quel point tout cela fait l’affaire de l’extrême-droite. Mais celle des Israéliens ?
Sont-ils prêts à se retrouver dans un pays comptant une minorité hostile d’au moins 40% de la population? A vivre sans aucune perspective de paix avec leurs voisins ? A continuer d’être traités en pestiférés par le reste de la planète ?
On peut comprendre que les colons, qui attendent le retour du Messie pour demain (ou ce week-end, en cas d’embouteillages) considèrent un tel futur avec indifférence. Les Israéliens moins… hum… exaltés, disons, auront peut être une vision différente de leur avenir
Dès lors, ne serait-il temps qu’ils portent au pouvoir de nouveaux dirigeants ? Des hommes et des femmes qui vivraient par exemple dans les réalités du XXIème siècle et non plus dans les fantasmes nationalistes du XIXème…
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