Des propos antisémites au Parlement de la Jeunesse ? L’extrait vidéo, accablant, a été diffusé par la VRT, télévision flamande. Mais les intentions de l’asbl Jeugd Parlement Jeunesse, comme nous le démontre sa présidenteSophie Wustefeld, étaient tout autres. Un bel exemple de déformation médiatique.
Le Parlement Jeunesse est cette magnifique initiative qui rassemble chaque année pendant une semaine une centaine de jeunes francophones et néerlandophones âgés de 17 à 25 ans pour les initier au processus démocratique, en leur faisant endosser les différents rôles de la vie parlementaire belge. Fin février, de jeunes sénateurs en herbe ont ainsi pu s’essayer à cette simulation de parlement et débattre d’une série de sujets d’actualité, parmi lesquels la dépénalisation des drogues, la régulation du secteur bancaire, et même, comme le commentera le journaliste flamand dans son reportage, le « conflit de Gaza ».
Dans l’extrait choisi pour son JT du 23 février 2012, à 13h, la VRT a décidé de montrer un jeune homme lancer, alors qu’il parlait de la régulation du secteur bancaire : « Si vous n’adoptez pas cette motion, c’est parce que vous aurez vendu votre âme au diable en échange de l’argent des Juifs… ». On entend alors un autre jeune l’interpeller et le traiter publiquement d’« antisémite ». Les autres se contenteront de rire…
Le présentateur passe au sujet suivant, sans autre commentaire, laissant le spectateur songeur.
Interpellé à raison, le blog Philosémitisme (http://philosemitismeblog.blogspot.com/) a alors diffusé l’info en prenant soin de contacter la présidente de l’asbl Jeugd Parlement Jeunesse (JPJ), très déçue du traitement de l’information.Sophie Wustefeldparle « d’une erreur journalistique criante et ingrate, pour une asbl qui a à cœur de défendre les valeurs démocratiques, le respect de l’autre et la découverte mutuelle des différentes communautés ». Elle précise : « Le JPJ est un jeu de rôle. Dans l’hémicycle, les participants sont répartis dans des partis bilingues qui imitent l’ensemble du spectre politique : un parti d’extrême gauche, un de gauche, un écologiste, un centriste, un libéral et un d’extrême droite. Chaque parti défend des positions correspondant à son idéologie attitrée par rapport aux projets de loi proposés par nos « ministres » (toujours dans le jeu de rôle). Vu que notre asbl défend les valeurs démocratiques avec vigueur, nous avons décidé que le parti d’extrême droite aurait un rôle de bouffon : ils défendent des positions insoutenables et caricaturales par rapport aux étrangers, aux Arabes, aux Juifs, aux musulmans, aux femmes, aux athées, etc. avec tant de verve que ça décrédibilise absolument ce type de prise de position. (La VRT n’a rien montré de tout ça !) Cela est très clair dans le cadre de la simulation, c’est d’ailleurs pour cela que la réaction de l’hémicycle est d’éclater de rire. J’insiste là-dessus, il s’agit d’un rôle de catharsis/de bouffon, JAMAIS de la défense sérieuse de tels propos. C’est une autre manière de s’attaquer à l’extrême droite ».
Si le rôle de bouffon attribué à l’extrême droite n’était peut-être pas le plus judicieux pour représenter de façon crédible ses dangereuses dérives, on peut toutefois regretter qu’un média ait une fois encore cru bon de mêler le conflit israélo-palestinien à un sujet qui y était totalement étranger, jugeant probablement que c’est ce qui ferait le plus de bruit. Mais ignorant peut-être que l’extrait, une fois sorti de son contexte, n’avait plus aucune signification… ou la pire qui soit.
Attristés par ce que les médias ont fait de cette belle initiative et n’ayant d’ailleurs pas manqué de faire savoir à la VRT leur plus vive désapprobation, en présentant également des excuses à tous ceux qui auraient été blessés par ces propos, Sophie Wustefeld et son équipe souhaitent aujourd’hui aller de l’avant. « L’asbl Jeugd Parlement Jeunesse ne connait pas d’équivalent en Belgique, elle permet aux jeunes de tout le territoire de se rencontrer, d’apprendre à se connaitre et de dépasser les stéréotypes qui ont cours dans la vie politique », rappelle-t-elle.« Notre erreur a sans doute été de ne pas percevoir la distorsion qui pouvait se produire si ce type de propos dans ce type de mise en scène était sorti de son contexte. Nous y serons bien entendu attentifs à l’avenir, pour que plus aucun doute ne puisse peser sur notre organisation, qui se veut, et est, défenderesse des valeurs démocratiques ».
Revoir l’extrait du JT de la VRT
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