Les 18.000 Juifs du Venezuela sont-ils victimes de persécutions organisées (ou soutenues) par le pouvoir ? Il y a incontestablement une montée de l’antisémitisme dans ce pays. Ces dernières années : des synagogues de Caracas ont été attaquées, des cimetières profanés ainsi qu’au moins une école. Plusieurs Juifs ont été agressés. Remarques antisémites (y compris chez des politiciens en campagne électorale) et tags se multiplient. Et entre 5 et 9.000 Juifs auraient fui à l’étranger..
Mais le gouvernement est il impliqué ? Pour ceux qui estiment qu’antisionisme rime nécessairement avec antisémitisme, cela va soi. Or, Hugo Chavez compte parmi les ennemis les plus virulents de l’Etat juif : « Israël est un Etat terroriste et meurtrier », « Israël tue les Palestiniens avec le même enthousiasme que les nazis tuaient les Juifs ». Il les accuse aussi de financer son opposition et de chercher à l’éliminer physiquement. .
Ceci étant, le Président Chavez n’a jamais tenu officiellement de propos antisémites. Et il s’est toujours défendu de l’être : « Antilibéral, je suis, anti-impérialiste, encore plus, mais antisémite, jamais », affirmant se sentir «profondément engagé à lutter contre l’antisémitisme» et rappelant «ses liens de paix et d’amitié» avec la communauté juive.
Vérité ou propagande ? Les Juifs vénézuéliens sont divisés. Les uns, notamment le Grand Rabbin de Caracas, prétendent que, quoi qu’il dise par ailleurs, Hugo Chavez ne lutte pas contre l’antisémitisme. D’autres, comme le président de l’Association israélite du Venezuela écrivent au gouvernement et le remercient pour l’arrestation rapide des coupables d’une agression contre une synagogue et pour sa condamnation « totale et absolue » de cet acte. On peut évidemment toujours arguer qu’ils agissent sous la contrainte…
On peut aussi envisager le problème dans un contexte plus vaste : depuis son élection comme Président en 1999, Hugo Chavez a transformé le riche Venezuela (troisième puissance économique du continent) en une République « bolivarienne », c’est-à-dire, en gros, socialiste. Il a notamment nationalisé la principale source de richesse du pays, l’industrie pétrolière.
La France aussi…
Un crime absolu, tant du point de vue économique qu’idéologique, aux yeux des Etats-Unis. Ce qui ne gène en rien M. Chavez qui est conflit ouvert avec la première puissance mondiale, dont il soutient tous les ennemis de par le monde, de la Chine à la Lybie, en passant par Cuba, ou l’Iran…
Or, les accusations d’antisémitisme lancées contre lui proviennent surtout de groupes israéliens et américains (juifs ou non), qui soutiennent tant le Parti républicain que le gouvernement Netanyahou. Chavez étant l’ennemi juré des deux, le diaboliser en l’accusant de la sorte serait pour eux faire d’une pierre, deux coups.
On peut aussi rappeler aussi que ce ne serait pas la première fois que des accusations similaires sont portées contre des gouvernements qui ne suivent pas assez la politique des Etats-Unis. Ainsi, à la fin des années 1980, le parti sandiniste, alors au pouvoir au Nicaragua, subit-il des attaques similaires. Tout comme… la France en 2003.
A l’époque, le Président Chirac s’opposait à G.W. Bush sur l’invasion de l’Irak. Une série d’organisations juives américaines décrivirent alors la France comme un pays où sévissaient les pogromes et que les Juifs fuyaient en masse… Sans nier l’existence d’un antisémitisme bien réel, on ne saurait donc exclure que les souffrances des Juifs vénézuéliens soient instrumentalisées. De simples pions dans un conflit aux enjeux bien plus vastes…
* : http://www.haaretz.com (22/10/10)
]]>