Le 26 février 2014, à 20h30 au CCLJ, la compagnie Mata-Malam présentera son spectacle Que ta volonté soit fête, inspiré de l’histoire vraie d’Etty Hillesum, jeune Juive hollandaise de 25 ans emportée à Auschwitz et qui aurait célébré en 2014 son centenaire. Une leçon de vie pleine d’espoir en réponse aux nazis. Pour continuer de croire en l’homme.
« J’étais jeune comédienne lorsque j’ai découvert il y a vingt ans le texte “Une vie bouleversée” d’Etty Hillesum », nous explique Valentine Cohen. « Sa conscience et son travail d’ouverture à l’esprit humain au sein du chaos ont été pour moi un vrai choc », confie-t-elle.
Devenue metteur en scène, Valentine Cohen voit le moment venu de proposer le texte d’Etty Hillesum à une comédienne et crée le spectacle qu’elle rebaptise « Que ta volonté soit fête », rencontrant auprès des jeunes et des adolescents un écho particulier. « Etty Hillesum s’exhorte elle-même et exhorte les siens à regarder d’abord en eux avant de pointer les autres du doigt », souligne-t-elle. « Dans notre monde contemporain, son message est très pertinent. Elle montre d’ailleurs l’exemple en écrivant un journal intime pour transmettre aux générations futures, à sa sortie des camps, ce qu’elle comprenait déjà. Elle périra malheureusement à Auschwitz le 30 novembre 1943 ».
Les trois comédiennes Violaine Dumoulin, Peggy Martineau et Valentine Cohen se font les porte-voix d’Etty Hillesum, un collectif volontairement choisi pour une humanité partagée avec les spectateurs, à la façon d’un courant électrique. « Etty Hillesum était très consciente d’être la continuité des autres êtres humains passés avant elle, et se voyait comme une “passeuse” », poursuit la metteur en scène. « Son adhésion à la vie est contagieuse ».
A partir du 9 mars 1941, Etty Hillesum tient son journal et écrit des lettres depuis le camp de transit de Westerbork, aux Pays-Bas. Ses cahiers seront récupérés pour conserver son témoignage et rendre compte de l’histoire des Juifs des Pays-Bas pendant la guerre. « Il vaut peut-être la peine d’être personnellement présent dans l’histoire, cela permet de constater qu’il y a bien d’autres choses que ce que disent les manuels scolaires… », écrivait d’ailleurs Etty.
Dans son journal, la jeune femme évoque aussi son évolution spirituelle, « sa rencontre intime avec Dieu, sans se couper du tout de la réalité quotidienne », souligne Valentine Cohen. Si les parents d’Etty Hillesum étaient des Juifs non pratiquants, elle a choisi de faire son propre chemin, aidée par son psychothérapeute juif berlinois Julius Spier, héritier de Jung, qu’elle considèrera comme « l’accoucheur » de son âme.
Le parti pris de l’espérance
« Etty constitue le carrefour des idées et des aspirations de l’époque juste avant la catastrophe. A travers celle-ci, elle continuera de suivre ce fil à la recherche de la compréhension du monde, avec toute sa folie et sa sagesse », poursuit la metteur en scène. « Ghandi était le contemporain d’Hitler. Cet abominable paradoxe est aussi un message de force et d’espoir. Les paroles de joie d’Etty Hillesum et son inébranlable parti pris de l’espérance ont dans un premier temps été très difficiles à accueillir après l’horreur, mais avec le temps et les constantes incitations à la haine, sa volonté de célébrer la vie plutôt que l’amertume a été entendue. Elle montre qu’il est possible de faire autrement, qu’il n’est pas obligatoire de trouver un bouc émissaire. L’ouverture à l’autre devient une des expressions de la spiritualité ».
Valentine Cohen a imaginé une scénographie dans laquelle les voix des trois actrices se rejoignent pour offrir l’image des différentes facettes d’Etty et de son rassemblement intérieur. Le chant et le travail chorégraphique soutiennent cette parole, avec l’ombre et la lumière comme principal décor.
Créée en 1994 et soutenue par le Programme européen pour la mémoire active, la Compagnie Mata-Malam constitue un espace de rencontre fondamental « pour valoriser des pages de l’histoire “périmées” » . Littéralement « œil de la nuit » en balinais, Mata-Malam se veut un œil dans la nuit de l’ignorance ou de son propre aveuglement, en faisant des arts d’expression un outil au service d’une communauté de transmission. « Parce que le théâtre et le chant peuvent être cet œil ouvert qui cherche son chemin dans l’obscurité et ne nous laisse pas nous endormir sur terre ». Le spectacle présenté le 26 février 2014 au CCLJ sera suivi d’un échange avec les comédiennes.
Avec le soutien de la Fondation du Judaïsme de Belgique et de la Région de Bruxelles-Capitale.
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