Qui a tué Y. Arafat et comment est-il mort ?

L’idée que le chef palestinien soit décédé de cause naturelle est trop banale pour sa légende. Il faut donc qu’il ait été assassiné. Empoisonné, par exemple. Et pourquoi pas avec du polonium 210, cette matière radioactive qui a coûté la vie au dissident russe, Alexander Litvinenko ?

Dans cette affaire, il n’existe qu’une certitude que même les complotistes de tout poil semblent accepter : Yasser Arafat est bien mort le 11/12/2004 à Paris. Il ne se trouve donc pas sur l’île secrète où résident, entre autres, Marilyn Monroe, Elvis Presley et Michaël Jackson.

L’hypothèse de son suicide n’étant pas davantage retenue, le mystère reste donc entier : comment est mort Yasser Arafat et qui l’a tué ? Car l’idée d’un décès naturel semble, elle aussi, être rejetée par nombre de défenseurs de la cause palestinienne.

Certes, il avait 75 ans. Certes, il était usé par la vie stressante d’un combattant clandestin, puis d’un leader confronté à d’incessantes crises et menacé par d’innombrables ennemis. Certes encore, il vivait à Ramallah en quasi-prisonnier des Israéliens depuis trois ans.

Mais un tel chef de guerre, voire un « martyr », ne pouvait périr de façon aussi banale. Dès sa mort, des rumeurs d’assassinat ont couru dans l’ensemble du monde arabe, grand amateur, il est vrai, des « théories du complot » comme explication du monde.

Ainsi, selon un sondage de 2005, 72% des Palestiniens étaient persuadés de son empoisonnement, 64% l’attribuant aux Israéliens et 22% à un de leurs propres partis. A l’inverse, des ennemis d’Y. Arafat (de qui pouvait-il bien s’agir ?) propagèrent l’idée qu’il serait mort du sida.

Ensuite, le temps passa jusqu’à ce qu’en juillet 2012, les rumeurs repartent de plus belle : la télévision qatarie Al-Jazira avait fait analyser par un laboratoire suisse des cheveux, un bonnet médical et des sous-vêtements ayant appartenu au défunt.

Conclusions du laboratoire : ces échantillons contenaient « un niveau significatif de polonium 210 ». Tilt dans la tête des tenants de l’assassinat : « on » a utilisé le même produit que celui qui a servi à tuer Alexander Litvinenko, un opposant qui gênait fort V. Poutine.

Bien sûr, Litvinenko est mort en 2006, deux ans après Arafat. N’empêche, c’est troublant… Plus gênant : le laboratoire suisse se déclare incapable, en l’état, d’affirmer s’il y a eu ou non empoisonnement.

Seule solution : analyser le cadavre inhumé à Ramallah. Qu’à cela ne tienne. Souha Arafat, la très controversée veuve du leader palestinien (v. encadré), en fait la demande, aussitôt acceptée par Mahmoud Abbas, président de l’A.P.

La guerre des symptômes

Dans la foulée, elle dépose plainte contre X en France pour assassinat. A partir de là, et pour mieux informer leur public, les médias se sont lancés dans des cours accélérés de physique nucléaire et de médecine.  

On a ainsi appris tout ce qu’il faut savoir sur le polonium 210 : qu’il fait partie de la chaîne d’uranium, qu’on en trouve dans l’air et même dans la fumée de cigarette. Mais en quantité extrêmement faible (ouf). Et surtout, qu’il a une « demi-vie »*de 138 jours seulement.

A partir de là, les batailles d’experts ont pu commencer. Première remarques des « anti-empoisonnement » : avec une demi-vie aussi courte, le polonium a nécessairement dû être placé sur les échantillons longtemps après la mort d’Arafat.

Sinon pourquoi sa veuve, qui les a gardés durant des années, n’a-t-elle pas été empoisonnée, elle aussi ? Et toc. Riposte des « pro- meurtre » : s’il y en a beaucoup, le polonium peut avoir laissé des traces malgré le temps. Et il n’est dangereux que s’il est avalé ou inhalé. Et tac.

Oui, réplique-t-on en face, mais pour laisser des traces aussi longtemps après, il aurait fallu une dose si massive qu’elle aurait été nécessairement remarquée par les médecins en 2004. Et tic. Autre problème, les symptômes.

Là, les antis marquent plusieurs points : ceux d’Arafat ne correspondent pas du tout à ceux d’un empoisonnement au polonium. Pas de diarrhées sanglantes ni de destruction de la moelle osseuse.

Pas davantage de chute du taux des globules blancs ni de perte de cheveux. Et surtout, il a connu une période de rémission de courte durée, ce qui aurait été inconcevable après une absorption de polonium.

Si déjà, on notera que les symptômes du Président de l’A.P. sont aussi tout à fait incompatibles avec le sida… Bon, et l’exhumation, alors ? Il semblerait qu’elle risque d’être assez peu utile.

Pour l’expliquer, un autre petit cours, de maths cette fois. Il s’agit à nouveau de cette histoire de 138 jours de demi-vie. Après dix fois cette durée, soit 1.380 jours, on ne trouve plus de trace de polonium. Or, 2.800 jours se sont écoulés depuis le décès d’Y. Arafat.

Cependant, si la quantité de plutonium éventuellement utilisé a vraiment été massive, on pourrait en détecter de faibles traces dans les tissus du cadavre. Sauf, qu’après huit ans, les tissus ont disparu…

Ceci dit, il n’y a pas que le polonium dans la vie. Ni dans la mort. Et déjà, on entend bruire une nouvelle rumeur : Yasser Arafat aurait bien été empoisonné, mais par une toxine de champignons vénéneux, genre amanite phalloïde ou cortinaire des montagnes.

D’ici peu, les médias devraient donc nous offrir de très pédagogiques informations sur les intoxications mycologiques. Et on attend avec impatience de savoir à quel point les symptômes du mortel syndrome phalloïdien correspondent à ceux du leader palestinien…

*Demi-vie : temps nécessaire pour que l’activité radioactive d’une substance décroisse de moitié

Souha Arafat, la veuve noire      

Elle est aussi peu appréciée des Palestiniens comme veuve qu’elle le fut en tant qu’épouse. C’est que, jamais depuis son mariage avec Y. Arafat en juillet 1990, Souha Tawil n’a manifesté de réel intérêt pour le peuple dont elle était devenue la « Première Dame ».


A part l’une ou l’autre diatribe anti-israélienne, elle n’a jamais rien fait pour lui, même pas quelques gesticulations symboliques comme visiter un camp de réfugiés ou participer à une action caritative.          

Et, dès le début de la seconde intifada (2000), elle s’est réfugiée à Paris… dans des palaces où elle louait des suites à l’année. Il est vrai que son mari lui versait 100.000 dollars mensuels pour ses faux frais.       

En 2003, la France avait d’ailleurs ouvert une enquête sur un transfert de 11 millions de dollars sur son compte. Elle avait alors expliqué que l’argent venait de la « fortune personnelle » d’Arafat, lequel confondait volontiers les fonds de l’OLP, puis de l’A.P. avec les siens.  

Il disposait ainsi d’un « trésor particulier » estimé à plus d’un milliard $. Sauf que nul ne l’a jamais accusé d’enrichissement personnel, lui. Y. Arafat vivait dans l’austérité, voire la pauvreté, et cet argent n’était pour lui qu’un outil de pouvoir.       

Il s’en servait afin de récompenser les fidèles ou désarmer les opposants. Un clientélisme qui datait des premiers temps de sa carrière, une tradition assez répandue dans le monde arabe aussi.      

Selon nombre de témoins fiables, juste après la mort de son époux, Souha Arafat a âprement négocié avec les nouveaux dirigeants de l’A.P et obtenu le maintien de son train de vie contre des informations sur les comptes secrets et les investissements du « raïs ».


Depuis lors, elle a continué à vivre dans le luxe, tout en s’essayant aux affaires. Elle s’était même associé un temps avec Leïla Trabelsi, la très affairiste épouse du dictateur tunisien Ben Ali.        

Cela s’était très mal terminé, les deux femmes s’étaient disputées. Souha Arafat avait été déchue de sa nationalité tunisienne, expulsée et poursuivie par un mandat d’arrêt international que Tunis avait lancé contre elle.         

Parmi les Palestiniens, ils sont donc très peu à croire que ce serait pour aider leur cause qu’elle a permis à Al-Jazira d’enquêter sur la mort de son mari. Ni demandé son exhumation ni déposé plainte pour assassinat.          

A leurs yeux, tout ce que fait Souha Arafat, y compris en ce moment est d’abord -et surtout- bon pour Souha Arafat…  

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