Ce mardi 19 octobre 2010, comme à chaque fois, des personnalités prestigieuses, dont le Président Shimon Peres, ont pris la parole sur la place Rabin. D’autres se sont exprimées lors des cérémonies qui ont eu lieu au cimetière du Mont Herzl, à la Maison de la Présidence et à la Knesset. D’autres encore le feront ces prochains jours.
Ainsi, presque toute la classe politique aura rendu hommage au Premier ministre assassiné. Même Tsipi Livni, chef de Kadima, qui a affirmé avoir appris de lui des leçons de leadership. Même Benjamin Netanyahou : « Je partage son approche de toujours essayer d’avancer vers la paix ».
Oublié le temps où l’actuel Premier ministre, alors chef de l’opposition, laissait brandir dans ses meetings des affiches caricaturant Rabin en nazi ou en Palestinien. N’a-t-il jamais été cet homme qui souriait avec indulgence en écoutant quelques rabbins cinglés lancer des malédictions de mort contre « le bradeur de la Terre d’Israël » ? A présent qu’il n’est plus, les politiciens ont tous en eux quelque chose de Rabin.
Mais au-delà de ces discours plus ou moins convenus, il y avait les gens, la foule, le peuple. Ceux qui n’ont pas oublié qu’Yitzhak Rabin fut un des Grands d’Israël : un soldat qui de 1948 à 1967, combattit les ennemis du pays. Un homme politique qui fut ambassadeur, député, ministre et à deux reprises Premier ministre.
Et qui sut devenir un des rares hommes d’Etat israéliens. La première intifada (1987-1992) le convainquit que jamais la force ne réglerait le conflit avec les Palestiniens. Rabin n’hésita pas à faire passer l’avenir d’Israël avant sa carrière. Contre ses opinions de toujours, contre des craintes et des réticences ancrées au fond de son âme. Il entama des négociations avec l’OLP de Yasser Arafat et signa avec lui les « Accords d’Oslo » en 1993.
Une impasse mortelle
Qui les a vécues n’oubliera jamais les années qui suivirent. Ce temps où l’on put croire que le cauchemar était terminé et l’avenir assuré. L’Israël de la conquête, de la haine, des fanatiques religieux, des exaltés de l’ultranationalisme avait perdu. L’intelligence, le pragmatisme, l’humanisme des pères fondateurs étaient de retour.
Tant de rêves, tant d’espoirs… Tout cela fut donc fracassé par les balles d’un débile halluciné le 4 novembre 1995 sur la place des Rois à Tel-Aviv. Il se peut, bien sûr, que Rabin vivant, l’avenir n’eût pas été si radieux que cela : les Accords d’Oslo faisaient la part bien trop belle à Israël. Yasser Arafat n’était probablement pas le partenaire idéal. Les questions de fond, le statut de Jérusalem entre autres, étaient loin d’être résolues….
Du moins, l’Etat juif avait-il la possibilité de sortir de l’impasse mortelle où il a continué à s’enfoncer depuis lors. Il avait pris un autre chemin, difficile, dangereux à coup sûr, sanglant à n’en pas douter, mais qui, au moins, débouchait sur un futur apaisé, humain. Un avenir qui ne se serait pas limité à une guerre sans fin contre des ennemis sans cesse plus nombreux et plus puissants. Il n’en a pas été ainsi. Yitzhak Rabin est mort. Mais, et tant pis si le propos est banal à l’outrance, ses idées ne le sont pas. Elles attendent. Et nous aussi.
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