Ramadan : Juifs et musulmans ensemble pour la rupture du jeûne

Comme prévu ce 29 juin 2015, au coucher du soleil, Juifs et musulmans se sont retrouvés pour partager l’« Iftar ». Un moment de convivialité et d’échanges, à l’occasion de la rupture du jeûne. La preuve par l’exemple que tout est possible.

Nous étions une trentaine ce lundi, invités par la famille Ouriaghli, à partager la rupture du jeûne, comme elle le fait chaque soir en ce mois de Ramadan. Une excellente proposition de la toute fraîche association du CCOJB et des ICIB (Initiatives citoyennes pour un islam de Belgique) lancée le 15 juin dernier. Rassemblés dans le salon de cette maison mitoyenne, à deux pas de la Gare du Nord, des musulmans bien sûr, mais aussi des Juifs et des chrétiens, responsables d’associations œuvrant pour le vivre-ensemble, mamans de jeunes partis en Syrie (« Les parents concernés »), enseignant, policiers, conseiller communal, échevin des Cultes, animatrices socio-culturelles de « La haine, je dis NON ! », directeur des activités du CCLJ… tous ayant répondu à l’appel de Hamid Benichou, Khalil Zeguendi (ICIB) et Serge Rozen, le président du CCOJB.

Salama, la maitresse de maison, musulmane de la première génération, s’est levée à 6h pour préparer le repas, aidée de ses filles auxquelles elle a su transmettre ses talents culinaires. A 21h59 précises, l’Iftar (repas de la rupture du jeûne) débute par la dégustation d’une datte avant la soupe traditionnelle Harira, à base de viande, de lentilles et de pois chiches, des plus réconfortantes après une journée de jeûne. Entre les feuilletés au fromage, les Briwat (triangles au poulet) et les loempias aux fruits de mer, les échanges fusent. Le fils Mustapha, policier à Schaerbeek, nous raconte son enfance dans le voisinage direct de la synagogue de la rue Rogier, et la cohabitation harmonieuse de l’époque avec ses amis juifs. « On a grandi avec la synagogue, on se connaissait et donc tout se passait bien », se souvient-il. Il nous explique sa récente ouverture de Pompes funèbres islamiques, qui manquaient dans le paysage bruxellois. Echanges de vues, discussions sans tabou, et cette volonté commune : sortir du repli, sortir des ghettos, faire bouger, avancer. « Les mosquées ne représentent que 15% de la communauté », affirme Khalil Zeguendi, rédacteur en chef du Maroxellois (ICIB). « Pourquoi les autorités ne travaillent-elles pas avec les familles, les associations de quartier ? », interroge-t-il, dénonçant la mainmise des Frères musulmans sur l’Exécutif. « Les politiques ont démissionné », déplore Hamid Benichou. « Ils ne s’adressent qu’aux imams et beaucoup tiennent un double discours ». On parle de lâcheté, on dénonce les accommodements raisonnables…

Bouchra Ouriaghli n’a pas arrêté de la soirée. Elle remonte encore de la cuisine avec des roshkita (anneaux de sucre) et d’irrésistibles msemen (crêpes), avant de nous servir le thé. Bouchra travaille elle-même au Conseil Jeunesse Développement, chargé de l’encadrement des jeunes et de formations pour le vivre-ensemble en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ses collègues sont d’ailleurs venus eux aussi partager l’Iftar.

Il est près de minuit quand les premiers invités se décident à partir. Difficile de ne pas demander à Géraldine et Véronique, mamans dont les enfants sont partis en Syrie, quelles sont les nouvelles. Le fils de Géraldine, elle-même convertie à l’islam depuis 25 ans, ne reviendra malheureusement plus, tué en février dernier. Véronique elle, de famille chrétienne, garde espoir. Le sien est parti il y a trois ans, « mais quand ils meurent, on nous le dit. Il doit donc toujours être en vie… » La terrible réalité dénoncée par Ismaël Saïdi dans Djihad nous claque au visage.

Nous nous quittons après nous être promis de nous revoir. Il fait encore chaud dehors et les rues sont pleines de monde. Une soirée de Ramadan ordinaire, ou presque.

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