Rasha Athmani, 29 ans, est la première jeune déléguée israélienne à l’ONU. Issue de la minorité arabe, elle nous montre de par sa double origine que les deux identités peuvent coexister. C’est une vraie leçon de vie que cette jeune femme d’origine modeste nous donne. Aucun déterminisme ne transcende les rêves d’un avenir meilleur.
D’où venez-vous en Israël ? Je suis originaire de Baqa Al-Gharbiya qui se situe dans le district de Haïfa. J’y ai étudié jusqu’en secondaires. J’ai ensuite emménagé à Jérusalem pour effectuer mes études universitaires en psychologie et littérature anglaise. Je termine mon Master de littérature anglaise et dès mon retour, suite à cette fabuleuse expérience, je compte m’inscrire en sciences politiques. Je suis la petite dernière d’une famille de neuf enfants qui compte deux garçons et sept filles. Mon père travaille dans une usine de fabrication de papier et ma mère dans l’agriculture. Elle n’a jamais pu aller à l’école, elle ne sait ni lire ni écrire. C’est pourquoi il est très important que ses enfants, ses filles en particulier, puissent étudier.
Comment êtes-vous devenue représentante de la jeunesse israélienne à l’ONU ? Pendant les sélections, je travaillais comme guide au Parlement israélien et lors d’une visite guidée, une femme travaillant pour le Ministère des Affaires étrangères m’a approchée. Elle m’a demandé si je savais que des Arabes travaillaient pour le ministère des Affaires étrangères et a attiré mon attention sur l’opportunité que représentait la fonction de première jeune représentante israélienne à l’ONU. Cette rencontre a vraiment été un déclic. Entendre parler d’une telle opportunité, c’est comme si, tout d’un coup, un nouvel horizon des possibles s’ouvrait à moi. J’ai donc postulé, sachant bien que, faisant partie d’une minorité fortement critiquée et mal perçue en Israël, je ne partais pas forcément gagnante. Plusieurs centaines de jeunes ont postulé, seuls douze ont été sélectionnés pour une interview. J’étais surprise d’être retenue ! J’étais persuadée que mon profil arabe servirait à légitimer le processus et que je n’étais nullement sélectionnée sur base de mes compétences. Après deux jours, j’ai appris que le choix s’était finalement porté sur moi. J’étais tellement heureuse ! C’était la première fois que je me sentais faire partie de la société israélienne. Jusque-là, j’avais l’impression d’être une étrangère, que ce pays n’était pas le mien.
Pourquoi aviez-vous le sentiment d’être exclue de la société israélienne ? Parce que j’appartiens à une minorité qui ne représente que 20% de la population et qu’Israël se définit comme un Etat juif, alors que je suis musulmane. Lorsque je me balade en rue, avec mes amis ou ma famille, j’entends toujours dire qu’Israël n’est pas notre pays ou que nous ne nous y intègrerons jamais. C’est un sentiment avec lequel j’ai grandi et il a défini la personne que je suis. J’ai derrière moi 29 ans de préjugés à déconstruire, ce qui n’est pas évident.
Cette nomination a donc eu un impact sur vos propres perceptions ? Oui. J’ai vécu un véritable bouleversement. Ces dernières six semaines ont réellement modifié mon rapport à la société israélienne. Désormais, j’estime en faire partie, bien que je reste sceptique sur ce qui pourrait arriver une fois rentrée de New York et inquiète de voir les réactions des gens autour de moi. Le moment le plus mémorable pour moi reste ma présentation à la délégation israélienne à l’ONU et en particulier au vice-ambassadeur. Nous avons pu échanger longuement et bien que je reste persuadée qu’il m’a posé des questions qu’il n’aurait jamais abordées avec un Juif, il a eu des mots que je ne n’oublierai jamais et qui signifient tellement pour moi. Il m’a dit que je n’avais pas été choisie du fait de mes origines, mais bien pour mon talent et mes compétences. Depuis, j’ai vraiment eu l’impression de faire pleinement partie de cette délégation. Ce sont des gens très ouverts, nous pouvons parler de tout ensemble. En revanche, lorsque je me présente aux autres jeunes délégués comme jeune déléguée israélienne, je suis souvent confrontée à des réactions négatives. Ils ne disent pas ouvertement ce qu’ils en pensent, mais leur regard, leur comportement montrent qu’ils ne sont pas de grands partisans d’Israël.
Avez-vous le sentiment de défendre Israël ? Ce n’est pas de cette manière que la question se pose. J’expose ma vision des choses et lorsque j’explique aux jeunes délégués d’autres Etats que je ne suis pas juive, mais musulmane, ils sont fort étonnés. Ils m’avouent ignorer l’existence d’une minorité arabe en Israël. Je suis particulièrement fière, j’ai l’impression de réussir ma mission quand j’arrive à leur parler de l’existence de cette minorité. Je reste persuadée que la paix entre Israéliens et Palestiniens passe par les Arabes israéliens qui constituent un pont entre les deux sociétés. Nous sommes à la fois israéliens et palestiniens. Grâce à cette double identité, nous avons un rôle important à jouer.
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