Manuel Abramowicz que je tiens toujours pour le meilleur connaisseur de l’extrême droite belge récidive. Il a une nouvelle fois minoré l’antisémitisme, pardon le « racisme anti-juifs » (sic). Et le pire est qu’il s’en vante sur son site RésistanceS : « Lors mon intervention (sur Télé-Bruxelles), j’ai relativisé notamment les faits antisémites de manière générale et rappelé que le racisme s’exprime surtout de nos jours contre les populations arabo-musulmanes et sub-sahariennes. Sans minimiser le racisme anti-juifs qui existe évidemment toujours aussi ».
Une première question s’impose : qu’est-ce qui pousse notre spécialiste à systématiquement « relativiser » (j’utilise ses mots) les atteintes portées aux Juifs ? Soyons honnête, Manuel Abramowicz reconnaît qu’il subsisterait tout de même, ici et là, des poches de « racisme anti-juifs ». Oui, mais… où ? Certainement pas, à l’en croire, du côté de l’extrême droite qui serait, à l’exemple de Dieudonné, « plus que jamais raciste et islamophobe ». On aimerait le croire, sauf que la réalité est autrement plus complexe. Si la droite extrême et populiste de type Wilders et Modrikamen est effectivement anti-musulmane, l’extrême droite radicale, celle des Français Soral, Le Pen et Dieudonné, des Belges Alain Escada et Hervé Van Laethem, celle des militants du Jobbik hongrois, de l’Aube dorée grecque, est plus que jamais antisémite et… palestinophile. De même, si les Juifs ne souffrent plus de discriminations majeures, et ce, contrairement aux populations issues de l’immigration, ils n’en restent pas moins à ce jour les principales victimes du discours et des violences racistes. En niant ces évidences, Manuel Abramowicz m’apparaît comme l’exemple même de ces chercheurs-militants qui prennent leurs rêves pour la réalité.
En marxiste orthodoxe, notre idéologue ne peut que postuler la mort de l’antisémitisme. Pourquoi ? Tout simplement du fait que les Juifs seraient passés du côté obscur de la Force néo-conservatrice américano-sioniste (Enzo Traverso), bref qu’ils ne seraient plus des parias ou des dominés, mais des « blancs » (cf. Souhail Chichah et Henri Goldman). Dès lors, l’antisémitisme ne pouvant plus être cet « instrument privilégié des dominants pour écraser les dominés », le Grand Capital lui a substitué « l’islamophobie comme dénominateur commun de toutes les idéologies de haine et d’exclusion » (Pierre Stamboul). Dans cette perspective, les nouveaux Juifs sont évidemment les « populations arabo-musulmanes et sub-sahariennes », les seules à pouvoir prétendre à souffrir de racisme.
L’analyse est belle, mais contredite par les statistiques. Dans cette France qu’un Pascal Boniface décrit comme gangrenée par le lobby sioniste, la probabilité pour un Juif de faire l’objet d’une agression physique à caractère raciste est 200 fois supérieure à la probabilité qu’un musulman ne soit victime d’un acte comparable. Aux Etats-Unis aussi, les Juifs constituent la première cible religieuse : le FBI a recensé, en 2012, 674 incidents à caractère antisémite sur le territoire américain, soit près des deux tiers des incidents classés comme antireligieux. Les statistiques belges ne démentent pas cette lourde tendance et ce, quand bien même les Juifs ne constituent que 0,3% de la population totale. Ce sont les écoles juives et les synagogues, et non les mosquées, qui sont l’objet d’une surveillance policière de tous les jours !
Sans m’aventurer dans l’optique fonds de commerce de la Ligue belge contre l’antisémitisme qui, comme nous le savons, voit de l’antisémitisme partout, y compris dans les costumes de bagnard, l’antisémitisme opère un étonnant retour. Les thèses complotistes ressurgissent de l’ultra-gauche à l’extrême droite radicale, sans mentionner la progression constante des sentiments antisémites au sein de nombreux segments des populations issues de l’immigration, particulièrement celles soumises à l’endoctrinement et à la propagande islamistes.
En Europe occidentale, les principaux vecteurs de l’antisémitisme sont aujourd’hui les principales victimes du racisme xénophobe. Quant à l’extrême droite radicale, elle est certes raciste et xénophobe, mais elle est aussi et surtout, code génétique antisémite oblige, pro-arabe et islamophile. On se rappellera que Le Pen fut l’un des plus fermes soutiens à Saddam Hussein, que les partis néo-nazis, tels Jobbik ou l’Aube dorée grecque, sont essentiellement antisémites, donc tactiquement pro-palestiniens. Les listes concoctées par Debout les Belges ! pour les élections de mai 2014 décrédibilisent tout autant l’analyse de RésistanceS. Laurent Louis, ce triste clone de Léon Degrelle, a ménagé des places de choix aux candidats issus de l’immigration musulmane. C’est un Belgo-marocain, Abdesselam Laghmich, qui est tête de liste à l’Europe. A la Région de Bruxelles-Capitale, la liste emmenée par Ahlame Lanaya, une ex-dirigeante de la section PS de Saint-Gilles. Cette réalité est évidemment trop dérangeante, donc inaudible, pour nos experts et journalistes, plus que jamais pétris de culture gauchiste antisioniste.