Reconnaissance de la Palestine : immédiate ou au moment le plus opportun ?

Le Parlement bruxellois a adopté jeudi 11 décembre 2014 une résolution relative à la reconnaissance de l’Etat palestinien. Le texte déposé par des députés bruxellois de la majorité régionale (et des députés écologistes) se distingue de la proposition de résolution fédérale en ce qu’il demande une reconnaissance immédiate.

Bien que le Parlement fédéral doive voter une résolution demandant au gouvernement belge de reconnaitre l’Etat palestinien, les différents parlements régionaux se sont précipités pour voter une résolution de ce type. Ainsi, les parlements des régions bruxelloise et wallonne ont tous les deux voté jeudi 11 décembre une résolution relative à la reconnaissance de l’Etat palestinien.

Pourquoi donc les parlements régionaux se prononcent-ils sur des questions relevant de la compétence de l’Etat fédéral ? « Le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale n’a guère voix au chapitre dans cette problématique », reconnaît Brigitte Grauwels, députée bruxelloise Cd&V signataire de la proposition de résolution. « Mais le Parlement bruxellois peut lancer un signal clair afin que la Belgique reconnaisse la Palestine dans les plus brefs délais ».

La réponse à cette question réside également dans les termes précis des résolutions respectives, ainsi que dans la couleur politique des auteurs de ces résolutions. Celle proposée par le ministre fédéral des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), prévoit que « la Chambre des représentants demande au gouvernement fédéral de reconnaître l’Etat palestinien comme Etat et sujet de droit international au moment qui sera jugé le plus opportun ». C’est précisément cette dernière expression (« au moment le plus opportun ») qui a suscité la réaction immédiate de l’opposition fédérale socialiste, elle-même  à la tête des gouvernements bruxellois et wallon.

La résolution (PS-CDH-FDF-SPa-CD&V + Ecolo-Groen) du Parlement bruxellois, quant à elle, évacue l’expression « au moment le plus opportun » pour la remplacer par « immédiatement » : « L’objectif de cette résolution [bruxelloise] est d’inviter le gouvernement belge à reconnaître immédiatement l’Etat palestinien dans les frontières de 1967 et de plaider pour que ce dernier invite l’Union européenne à faire de même », précise la proposition. Et d’ajouter que « dans un second temps, il y a lieu de plaider auprès des parties concernées pour que, outre la reconnaissance de l’Etat palestinien, les questions en suspens comme le statut de Jérusalem et le retour des réfugiés, soient résolues par la négociation ».

Pour ce faire, le Parlement bruxellois demande au Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale :

« -d’agir auprès du Gouvernement fédéral afin qu’il procède, effectivement et immédiatement, à la reconnaissance de l’Etat palestinien, et ce dans les frontières de 1967 et conformément à la résolution 43/177 de l’Assemblée générale des Nations Unies. Dans ce cadre, une concertation devra être menée avec les partenaires européens;

-d’agir auprès du Gouvernement fédéral afin d’œuvrer à la reconnaissance réciproque des deux Etats, étape indispensable d’une solution juste et durable;

-de plaider auprès de l’Union européenne afin que cette dernière mette sur pied, dans le cadre de sa politique euro-méditerranéenne de voisinage, un espace de dialogue constructif concernant la paix au Moyen-Orient ».

« Ce que nous demandons dans cette résolution ne fait que refléter les appels israéliens demandant aux Etats européens à reconnaître l’Etat palestinien », souligne Simone Susskind, députée bruxelloise PS et signataire de la proposition de résolution. « Si on ne dit pas « immédiat » ni « effectif », on reprend exactement les termes de ceux qui s’opposent la création de l’Etat palestinien. L’expression « au moment le plus opportun » est en réalité une manière de ne rien faire et de maintenir le statu quo actuel. Le gouvernement Netanyahou en a fait sa stratégie lorsqu’on lui demande d’agir en faveur de la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël ».

On ne peut que saluer l’initiative prise par le Parlement bruxellois. On aimerait le voir aussi s’investir avec la même détermination dans l’adoption de résolutions concernant d’autres conflits beaucoup plus meurtriers (Syrie et Irak) du Proche-Orient dans lesquels des ressortissants belges sont partis combattre.

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