Israël fête ses 60 ans. Un rêve chéri par des générations de Juifs est devenu réalité. Un pays jeune et moderne a vu le jour dans un contexte historique qui continue, hélas, de peser sur son quotidien et sur son avenir.
Les débuts d’Israël, c’est d’abord, et avant tout, la guerre d’Indépendance qui s’est déroulée entre 1948 et 1949. Par beaucoup d’aspects, la victoire du petit yishouv juif de Palestine sur l’ensemble des armées arabes liguées contre lui tient du miracle. Pourtant, ce succès a laissé beaucoup d’amertume et fut lourd de conséquences, puisque la naissance d’Israël, dont la légitimité est absolue et incontestable, s’accompagna de l’exode de centaines de milliers d’Arabes de Palestine, devenus des réfugiés dans les pays voisins. C’est cela, la guerre d’Indépendance d’Israël : un immense miracle, une victoire du peuple juif à peine sorti de la Shoah mais, en même temps, une injustice vis-à-vis du peuple autochtone, une injustice qu’il faudra, un jour, réparer par la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël. Un homme émerge, haut, très haut au-dessus de la mêlée, malgré… sa petite taille : David Ben Gourion, qui est le véritable « créateur » de l’Etat. La mémoire collective conserve surtout l’image de la détermination dont il fit preuve en décidant, en dépit de la crainte de ses amis, de proclamer l’indépendance de l’Etat juif. Et puis, sa conduite de la guerre, la façon dont il a construit et défendu le pays dans les années 50, et aussi, il faut le souligner, sa simplicité extrême, son mépris de l’argent et du confort, sa retraite au kibboutz Sde Boker dans le désert du Néguev… L’homme fut un modèle d’honnêteté et de droiture.
Le rassemblement
L’histoire d’Israël, ce sont aussi et surtout les aliyot, les vagues d’immigration successives, qui constituent l’essence même de l’Etat sioniste. Les survivants des camps, d’abord, qui ont réussi à « refaire leur vie » en Israël, en retrouvant un pays et une famille. Ensuite, l’immense vague en provenance des pays arabes dans les années 50 : bien sûr, leur accueil n’a pas été ce qu’il aurait dû être, compréhensif et chaleureux. Mais, en définitive, les Juifs « orientaux » ont complètement bouleversé la composition de la population, et avec le temps, malgré les énormes difficultés, ont réussi à s’intégrer et à progresser dans de nombreux domaines (même s’il reste beaucoup à faire). Ces immigrations successives ont fait l’Israël d’aujourd’hui, jusqu’aux deux dernières aliyot, l’immense vague venue de l’ex-Union soviétique, et l’arrivée des Juifs d’Ethiopie. La « grande aliya » des Juifs russes, autour des années 1990, même si elle fut accompagnée d’une masse de problèmes, s’est révélée un immense succès : la venue d’une population industrieuse et portée sur la technologie, de milliers d’artistes, de musiciens, d’ingénieurs et de docteurs a constitué un apport inestimable à la société et à l’économie du pays. Cette immigration a été une très grande réussite. On ne peut en dire autant de l’immigration d’Ethiopie que l’Etat n’a pas su intégrer comme il aurait dû. Les Ethiopiens restent encore beaucoup trop en marge de la société.
1967, une date pivot
S’il fallait retenir une « date-clé » de ces soixante années, ce serait sans doute 1967. La guerre des Six-Jours a tout changé, tout bouleversé, en bien et en mal. Il y a vraiment un « avant » et un « après » 1967 dans l’histoire de l’Etat d’Israël. D’un côté, l’extraordinaire victoire a enthousiasmé l’ensemble du peuple juif, en Israël comme en diaspora. C’est à la suite du conflit que des milliers de Juifs du monde entier ont décidé de venir s’installer dans ce pays, devenu un pivot central de l’identité juive. Mais d’un autre côté, Israël s’est vite retrouvé face au problème des territoires occupés, face à une sorte d’euphorie mystique d’une partie de sa population, et a été rapidement confronté à la multiplication des colonies juives au-delà de la Ligne verte. Et la « sûreté de soi » dont ont fait preuve trop d’Israéliens à la suite de la victoire les a poussés à ignorer les menaces et la volonté de revanche de l’Egypte et de la Syrie. En définitive, la mauvaise surprise de l’attaque arabe lors de Kippour en 1973 était déjà enracinée dans les résultats de la guerre des Six-Jours. C’est aussi à la suite de la guerre de 1967 que le problème palestinien s’est peu à peu imposé à la conscience du monde. Pendant longtemps, on en est trop resté à l’affirmation douteuse de Golda Meir, selon laquelle « il n’existe pas de peuple palestinien ». Il a fallu attendre que Rabin et Peres signent les accords d’Oslo de 1993 pour qu’Israël reconnaisse enfin l’OLP comme partenaire et envisage bientôt la création d’un Etat palestinien.
L’espoir d’une paix subsiste
Les quinze années qui ont suivi Oslo ont été faites d’espoir et de déceptions. D’un côté, la stratégie de Yasser Arafat, qui a continué à importer des armes interdites dans les Territoires et à faire des clins d’œil aux activités terroristes, n’a guère profité au peuple palestinien, et la seconde intifada n’a laissé derrière elle que deuils et misère. Si son successeur Mahmoud Abbas semble bien plus décidé à poursuivre la voie de la paix, la victoire du Hamas à Gaza a remis beaucoup de choses en question. De son côté, Israël n’a pas non plus vraiment « joué le jeu » du processus de paix en laissant se développer et se multiplier les colonies dans les Territoires. Et malgré tout, l’espoir subsiste. Le retrait israélien de la bande de Gaza en 2005, et surtout le fait que les négociations israélo-palestiniennes se poursuivent, permettent d’espérer que la paix, à laquelle aspirent tant d’Israéliens et de Palestiniens soit, quand même, à portée de main.
Dates clés de l’histoire de l’Etat 1948
Proclamation de l’indépendance et début de la guerre d’Indépendance. 1956 Campagne de Suez 1967 Guerre des Six-Jours 1973 Guerre de Kippour 1977 Visite de Sadate à Jérusalem 1981 Signature du traité de paix avec l’Egypte 1982 Début de la première guerre du Liban 1987 Première intifada 1993 Accords d’Oslo 1995 Assassinat d’Yitzhak Rabin 1990 Début de la grande alyia de l’Union soviétique 2000 Début de la seconde intifada 2005 Désengagement de la bande de Gaza 2007 Deuxième guerre du Liban
Les Juifs « orientaux »
Dès le début des années 50, commencent à arriver en Israël des centaines de milliers de Juifs en provenance des pays arabes. Après la première vague, celle des Juifs du Yémen et d’Irak lors de la création de l’Etat, ce sont surtout les Juifs d’Afrique du Nord, du Maroc et de Tunisie qui vont aborder aux rivages d’Israël. En 1956, avec la nationalisation du canal de Suez, une partie des Juifs égyptiens font leur aliya. Il faut se représenter aujourd’hui, quand on voit la force économique et le développement extraordinaire d’Israël, à quel point le pays, à l’époque, était pauvre et démuni. Il n’y avait pas assez à manger pour tout le monde, les habitants devaient se contenter de peu et la pénurie existait dans tous les domaines. L’Etat d’Israël a pourtant réussi à absorber cette immense vague d’immigrants, même si tout ne s’est pas très bien passé. Il y avait, il ne faut pas le cacher, un certain mépris de la part de la population ashkénaze majoritaire à l’égard du « primitivisme » de ses frères d’Orient. Dans les premiers temps, les immigrants ont été logés dans des « maabarot » (camps de transit), sous des tentes, avec le regard condescendant de ceux qui les accueillaient. Après cela, ils ont souvent été dispersés dans les nouvelles « villes de développement », démunies de tout et situées aux confins du pays. On les a maintenus dans la pauvreté et l’absence de développement. D’où l’immense rancœur qui a continué à caractériser cette population, devenue majoritaire. Bien sûr, aujourd’hui, la situation a largement changé. Mais la rancœur continue à expliquer un phénomène populiste comme le parti Shas, qui capitalise sur ce sentiment de discrimination des Séfarades. La lutte pour l’égalité des chances reste un « grand chantier » pour Israël.
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