Le Mémorial de la Shoah à Paris expose jusqu’au 28 septembre 2014 un remarquable ensemble de photographies documentant le « temps des ghettos » de 1939 à 1944.
Des centaines de ghettos furent mis en place par les Allemands en Pologne occupée. Permettant d’isoler les Juifs du reste de la population et de centraliser le recrutement des Juifs pour le travail forcé, ces quartiers-prison ont souvent été documentés visuellement, en général par des photographes membres des compagnies de la Propagande allemande, mais aussi par des civils, juifs ou polonais, dont les photos clandestines témoignent des réalités quotidiennes vécues par les habitants des ghettos, tous promis à la destruction par les nazis. Comme le souligne l’historien Daniel Blatman, professeur à l’Université de Jérusalem et commissaire de l’exposition, Regards sur les ghettos révèle au visiteur une nouvelle histoire de la première étape de la Shoah en Pologne. Confrontant les images prises clandestinement par les photographes juifs aux clichés de la propagande et des photographes amateurs allemands, les responsables de l’exposition analysent rigoureusement les contextes de prise de vue et les motivations des photographes, auteurs de toutes ces images, dont beaucoup restent peu connues.
Lodz, Kutno, Varsovie, Lublin et Izbica, Rzeszow, Szydlowiec (près de Kielce), Kaunas… les quelque 500 images sélectionnées pour l’exposition, souvent en noir et blanc, mais aussi de saisissants clichés couleurs, nous confrontent aux visages réels des victimes de la Shoah, saisies dans les derniers moments de la survie d’un peuple. Les historiens estiment à 15-20.000 le nombre de photos prises dans les ghettos. Certaines images ont été largement diffusées, mais sans que l’on se soucie beaucoup de savoir qui tenait l’appareil, ni pourquoi il prenait des photos au ghetto. La lecture critique des images que propose l’exposition nous aide à mieux connaître et mieux comprendre l’histoire des ghettos polonais, dans toutes leurs spécificités.
Photos interdites
Dans toute l’Europe occupée, il était interdit aux Juifs de posséder un appareil photo et d’exercer le métier de photographe. Photographe amateur, George Kadish est recherché par la Gestapo pour ses activités photo clandestines au ghetto de Kaunas. Parvenu à fuir, il retrouve après-guerre ses négatifs enterrés sur place. Employés comme photographes par le conseil juif du ghetto de Lodz, Mendel Grossman et Henryk Ross documentent le sort des Juifs en parallèle à leurs activités officielles et enterrent leurs négatifs peu avant la liquidation du ghetto. Mendel disparait dans une Marche de la mort. Henryk récupère ses clichés après la libération de Lodz par les Soviétiques, émigre en Israël et témoigne au procès Eichmann. Rebaptisée Litzmannstadt par les Allemands, Lodz est un grand centre textile et joue un rôle important dans la machine de guerre nazie. Chef du département des Finances de l’administration allemande du ghetto de Litzmannstadt, Walter Genewein, membre du parti nazi et photographe amateur, prend des diapositives couleur du ghetto avec un appareil photo confisqué à un Juif. Documentant surtout les activités économiques du ghetto, ses « belles » images témoignent de son indifférence absolue aux souffrances des Juifs.
Publié aux éditions du Mémorial de la Shoah, le catalogue de l’exposition se signale par la qualité des reproductions des photographies et inclut en fin d’ouvrage une traduction anglaise de tous les textes scientifiques qui présentent et mettent en contexte historique les images exposées.
Cette année marquera le 70e anniversaire de la destruction des Juifs de Lodz, dernier ghetto polonais à être liquidé par les Allemands. En collaboration avec la communauté juive de Lodz, et le Centre pour le dialogue des cultures Marek Edelman, les autorités de la ville préparent une grande commémoration le 29 août prochain, en souvenir des derniers transports déportant les Juifs du ghetto de Litzmannstadt vers Auschwitz-Birkenau, fin août 1944. La ville invite tous les survivants de la communauté juive locale et leurs descendants à s’associer à ces cérémonies d’hommage, organisées aussi en souvenir de la contribution majeure des Juifs à l’histoire de Lodz.
Exposition : Regards sur les ghettos jusqu’au 28 septembre 2014
Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris
Plus d’infos : www.memorialdelashoah.org
Plus d’infos sur le Centre pour le dialogue des cultures Marek Edelman, à Lodz : www.centrumdialogu.com
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