Respect et équilibre, la clé pour Larissa Van Halst

L’affaire Chichah aura eu pour effet positif quelque prise de conscience, puisque c’est à sa suite que Respectivement.be a vu le jour. Un blog initié par Larissa Van Halst et une poignée d’amis partisans de « l’équilibrisme », la voie du juste milieu et de l’impartialité « pour faire enfin cesser le cercle vicieux de haine, de victimisation et de stigmatisation qui désolidarise notre société ». Place au discernement.

Larissa Van Halst est une Bruxelloise de 42 ans qui a toujours pratiqué le franc-parler et n’est pas prête de s’arrêter. Surtout que depuis le 7 février 2012, date de l’opération « Burqa-bla-bla » entrée dans les annales de l’ULB (Caroline Fourest, invitée à dénoncer l’extrême droite s’était vu empêcher de parler par l’assistant de l’ULB Souhail Chichah), elle a décidé d’utiliser à bon escient la liberté d’expression en diffusant ses idées sur la toile. « Bienvenue à Bisounoursville, la cité des bons et des gentils », lançait-elle dans un billet du 19 avril, « cette ville où personne n’est responsable de ses actes même les plus terribles car, pauvres victimes d’une cruelle société, leurs histoires personnelles ou qu’ils s’approprient, trouveront toujours un groupe de braves bisounours pour leur trouver quelques excuses ».

Militante depuis toujours, attachée au respect des droits de l’homme, aux principes de laïcité et à la lutte contre le racisme, Larissa Van Halst travaille depuis vingt ans dans le domaine de la sécurité sociale et l’assurance maladie. Un ancrage dans l’espace sociologique de la population qui lui permet « de prendre le pouls du bien-être comme du mal-être de la société belge », estime-t-elle. Sa famille, matriarcale depuis cinq générations -la femme y a élevé les enfants sans le père d’origine-, lui a procuré son sens de l’indépendance, sans pour autant l’étiqueter « féministe ». Larissa Van Halst a d’ailleurs horreur des positions sans nuance, qui l’obligeraient, par exemple, à devoir choisir un camp dans le conflit israélo-palestinien. « Sion en parlait ? » publié sur son blog revient ainsi sur l’acharnement de ceux qui réclament le « grand débat ».

« Sans confession particulière », comme elle se décrit, confrontée directement à l’école et au travail à l’intolérance des extrémismes religieux, elle respecte la religion tant que celle-ci respecte son incroyance, rejetant la foi coercitive, prosélyte et sans discernement. « Il y a depuis longtemps une confusion entre la croyance religieuse et la morale, comme si le fait d’être athée signifiait que l’on est prêt à faire tout et n’importe quoi », relève celle qui a rejoint le RAPPEL de Nadia Geerts il y a deux ans.

Contre la pensée unique

Facebook aura constitué pour Larissa Van Halst une révé-lation, et ses coups de gueule s’y enchainent avec justesse et humour. Contre les certitudes pavées de bonnes intentions, pour les troupes Pro-Choix et le droit à l’avortement, contre l’intoxication au « Bobo-thulisme » et son angélisme, contre « le détournement sémantique » des mots racisme ou islamophobie, contre « le chant du cygne du canari »… Comme les canaris détectaient dans les mines les coups de grisou, les homosexuels seraient, dans notre société, les meilleurs indices de la montée de l’intolérance.

Avec Respectivement.be, Larissa Van Halst et ses amis prônent un nouveau concept : « l’équilibrisme ». « De l’écologie au féminisme, chaque conviction comporte son extrémisme », explique-t-elle. « Les extrémistes veulent mettre tous les humains sur une ligne, sans tenir compte du fait que l’humain a besoin d’un espace. Nous essayons de nous mettre au milieu et de redéfinir un espace d’équilibre, dont on raboterait les extrêmes. Un espace qui permet de s’exprimer dans le respect des autres ».

En trois mois, pas moins de 4.000 visiteurs ont pu lire les articles de ceux qui font Respectivement, une dizaine de rédacteurs et autant de relecteurs de toutes origines et confessions dispersés dans le monde (Belgique, France, Algérie). Un mélange équilibré d’idéalistes raisonnables, de laïques pragmatiques, respectueux et constructifs, opposés à la pensée unique et adhérant pleinement à ces principes, non exhaustifs : « Convaincre n’est pas convertir et comprendre n’est pas capituler – Parler plus fort ou mieux écrire n’est pas avoir raison – Une idée peut être belle sans forcément être vraie – L’appel aux sentiments n’est pas un appel à l’intelligence – La liberté d’expression n’est pas la liberté de diffamation ».

Si nos différences font nos richesses, elles constituent aussi, selon Larissa Van Halst, notre plus grand drame. « Elles font que l’être humain n’est heureusement pas un robot », souligne-t-elle, « mais dans la mesure où celui-ci n’a pas assez de discipline pour s’autogérer, son espace doit être limités’il ne veut pas sombrer ». Elle conclut : « L’individu doit se sentir bien lui-même pour se soucier du collectif. Le principe “il est interdit d’interdire” de 68 a été détourné et la liberté individuelle mise à toutes les sauces. Une nouvelle forme de militance est à réinventer ». Respectivement.be en serait-il la juste illustration ?

http://blog.respectivement.be/

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