Au lendemain de la guerre, les Juifs de Belgique, qui dans leur très grande majorité, n’avaient pas la nationalité belge, étaient habitués à n’avoir que peu de droits. Ils avaient trouvé une terre d’accueil quelques années plus tôt, rejoignant ainsi d’autres familles établies de longue date, et seuls certains étaient parvenus à survivre à la Shoa. Après la chute du Mur de Berlin, des archives jusque-là conservées à l’Est permettaient aux dirigeants juifs de prendre conscience des spoliations dont nos communautés avaient été victimes pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
Il aura fallu plus de soixante ans… et près de six ans de travail intense de la Commission Nationale de la Communauté Juive de Belgique (CNCJBR), créée à l’initiative du CCOJB et de Forum auxquels se sont adjoints le Consistoire, la Centrale d’Œuvres Sociales Juives, la Centrale d’Anvers, le Service Social Juif et, bien évidemment, les associations spécifiques des victimes juives de la Guerre.
La CNCJBR s’est attachée à atteindre deux objectifs : le premier concerne la restitution des biens matériels dont les Juifs ont été spoliés mais aussi la fin de la discrimination des victimes juives de la guerre.
Restitutions et indemnisations
Il y a six ans, des démarches furent entreprises auprès du gouvernement dont le Premier ministre était alors Jean-Luc Dehaene et le ministre des Finances, Philippe Maystadt, pour qu’une commission d’étude soit mise sur pied et que la lumière soit faite sur les spoliations dont nous avions été victimes. L’accueil fut positif et une Commission de recherche composée d’historiens, de fonctionnaires représentant le Premier ministre et les ministres concernés, et de responsables de la communauté juive, fut créée. La présidence en fut assumée successivement par le Baron Godeaux et par M. Lucien Buysse, ancien Grand Maréchal de la Cour. Les quatre représentants de la communauté juive étaient David Susskind, Eli Ringer, le professeur Georges Schnek et le Chevalier Henek Apfelbaum.
Ce ne fut pas chose aisée pour la «Commission Buysse» de retrouver la trace des biens «délaissés ou tombés en déshérence» et le rapport remis au gouvernement en juillet 2001 représente des milliers d’heures de recherche dans les archives de l’Etat, des banques, des assurances, des heures de réunions quasi hebdomadaires, de discussions, de rédaction.
Pour sa part, le gouvernement actuel avec son Premier ministre Guy Verhofstadt et son ministre des Finances Didier Reynders, avec le soutien de la Vice-Première Ministre Laurette Onkelinx, ont tout fait pour que les recherches et les négociations puissent aboutir.
Ainsi, la CNCJBR a signé, au nom de la communauté juive de Belgique, des accords basés sur les conclusions de la «Commission Buysse» et sur la détermination d’un taux de réévaluation des sommes à restituer. Ces accords ont été passés avec l’Etat, les assurances, les banques et la Banque Nationale de Belgique. La somme globale est d’environ 110 millions d’euros qui seront versés sur un compte spécial ouvert à la Banque Nationale.
La Commission gouvernementale d’indemnisation
Aux termes de la loi, à la suite des accords intervenus, le gouvernement doit mettre sur pied une commission d’indemnisation composée de représentants des différents cabinets ministériels concernés. Cette commission, qui sera présidée par M. Lucien Buysse, traitera les dossiers personnels d’indemnisation. Parmi les personnes concernées, certaines peuvent fournir les preuves de ce qui leur a été pris. Mais beaucoup d’autres ne peuvent fournir la preuve matérielle des spoliations dont elles ont été les victimes.
Comment un adulte qui annonce «on m’a tout pris» peut-il, après tant d’années évaluer les biens qui lui ont été dérobés? A fortiori, comment quelqu’un, qui était à l’époque un enfant ou même un nourrisson, peut-il savoir de quoi lui-même, ses parents ont été spoliés? Qui dira ce que vaut un cartable d’école? Un berceau?
A ce jour, la CNCJBR a enregistré 1.750 dossiers de demande d’indemnisation. Il appartiendra à la Commission d’indemnisation d’examiner chaque dossier, de faire preuve de la souplesse nécessaire et, le cas échéant, et en âme et conscience, de prendre la décision ou non de considérer que toute personne qui a résidé en Belgique, à un moment quelconque de la Seconde Guerre mondiale, a automatiquement été spoliée et devrait avoir droit à une indemnisation forfaitaire.
Qui peut introduire une demande d’indemnisation?
Toute personne de la communauté juive qui a résidé en Belgique pendant toute la guerre ou une partie seulement, et qui a perdu la totalité ou une part de ses biens, peut introduire une demande d’indemnisation. Ces demandes peuvent également être introduites par les ayants-droit jusqu’au troisième degré.
Cette indemnisation, cependant, ne concerne pas le mobilier pour lequel le gouvernement allemand a en son temps versé des réparations (Wiedergutmachung). Les demandes pourront être introduites jusqu’en mars 2003.
La Fondation du Judaïsme de Belgique
Sur les 30.000 Juifs déportés de Belgique par Malines et Drancy, seuls 1.600 sont revenus. Certaines familles ont été entièrement exterminées de sorte qu’il existe des biens pour lesquels aucun propriétaire ou ayant-droit n’a pu être retrouvé.
Ces sommes seront versées à la Fondation du Judaïsme de Belgique qui sera créée parallèlement à la Commission d’indemnisation et sera présidée par Monsieur Roger Lallemand.
La Fondation utilisera les intérêts générés par le placement du capital pour soutenir des projets qui auront trait à la mémoire de la Shoa, la vie sociale, culturelle, cultuelle, éducative juive, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et sera gérée par un Conseil d’administration composé de représentants de la communauté juive de Belgique.
Les droits des victimes : toujours en discussion
A la suite des démarches entreprises par nos dirigeants communautaires auprès du ministre de la Défense, André Flahaut, la communauté juive siège depuis plusieurs années à la Commission centrale chargée de l’examen des revendications non satisfaites des invalides de guerre, anciens combattants et victimes de guerre. Cette commission, présidée par le Colonel Rens, regroupe les représentants de l’ensemble des associations d’anciens combattants, invalides de guerre et victimes de la guerre.
Le professeur Georges Schnek, David Susskind, et moi-même, qui représentons la communauté juive au sein de ladite commission n’avons pas ménagé nos efforts pour que cesse la discrimination entre les victimes «politiques» de la guerre et les victimes pour raisons «raciales».
A ce jour, notre revendication visant à accorder aux personnes déportées de Belgique en raison de leur identité juive les mêmes droits qu’aux prisonniers politiques a été acceptée. Ces déportés auront droit à un taux forfaitaire d’invalidité de 20 % et aux avantages liés à ce taux.
Par contre, à l’heure où nous écrivons ces lignes, d’autre revendications n’ont pas encore été acceptées. Nous demandons que les enfants et adultes cachés soient assimilés dans leurs droits aux réfractaires au travail et qu’une rente mensuelle ou une somme unique équivalente à 5 ans de mensualité soit versée aux orphelins de la déportation d’un ou des deux parents. Il va de soi que la CNCJBR poursuit son travail et sa lutte pour que ces droits soient reconnus.
Nos demandes sont d’autant plus fondées qu’en 1960, le gouvernement allemand a versé à la Belgique des indemnisations destinées aux victimes du nazisme pour raisons «politiques, religieuses et raciales». A l’époque, le gouvernement avait introduit une proposition de loi qui mettait toutes les victimes sur un pied d’égalité. Si la Chambre des Représentants l’a votée, le Sénat par contre y a adjoint un amendement exigeant d’avoir accompli un acte patriotique. La loi, de ce fait, exclut de l’indemnisation non seulement tous ceux qui furent déportés parce qu’ils étaient juifs, mais aussi leurs enfants et, notamment les orphelins.
Nous pensons qu’il est grand temps qu’en Belgique, pays démocratique et Etat de droit, de telles discriminations disparaissent.
Judith Kronfeld,
Directrice de la CNCJBR
Si vous n’avez pas encore introduit un dossier :
POUR ÊTRE INDEMNISÉ
POUR ÊTRE RECONNU VICTIME DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE,
IL EST ENCORE TEMPS!
Les demandes de formulaires doivent être adressées à la
CNCJBR, 68 avenue Ducpétiaux, 1060 Bruxelles
Tél. 02/538.45.00 – Fax 02/534.30.32 – E-mail : wjrosb@hotmail.com
Après la mise en place de la Commission d’indemnisation,
les demandes pourront lui être adressées.
Les renseignements utiles seront publiés dans la presse.