Retour à l’imaginaire antisémite

Vous n’allez pas me croire mais je vais encore parler d’antisémitisme. Certes, il s’agit de l’un de mes champs de compétences, mais sincèrement je ne pensais pas devoir y consacrer chacune de mes chroniques mensuelles. Mais comment y échapper ? C’est que semaine après semaine, nous assistons incrédules à la libération non pas tant de la parole que de l’imaginaire antisémitique. De quoi s’agit-il, sinon d’un ensemble d’images et de clichés fantasmatiques hérités du christianisme médiéval et, naturellement, dénués de tout fondement rationnel !
A toutes fins utiles, rappelons qu’il n’y a pas lieu de confondre « antijudaïsme », « antisémitisme » et « antisionisme ». L’antijudaïsme consiste à reprocher aux Juifs leurs identité et pratiques réelles (le Shabbat, Yom Kippour, la circoncision…). Avec l’antisémitisme, on quitte le terrain théologique pour entrer de plain-pied dans le total irrationnel. L’antisémite ne reproche pas aux Juifs ce qu’ils sont ou font mais ce qu’ils ne font pas et ne sont pas : des ennemis du genre humain, des tueurs d’enfants, des adorateurs de Rolex et de Rolls- Royce, si l’on en croit certains humoristes flamands. L’antisémitisme tient avant tout d’un délire qui fait du Juif -un Juif totalement impossible, inventé, fantasmé- le responsable des malheurs du monde et ce, des débordements de la Seine à Paris au 19e siècle (Drumont) au virus du Sida (Dieudonné). L’antisionisme tient le plus souvent du même délire : c’est désormais à l’Etat des Juifs que l’on prête les tares supposées juives, aux sionistes que l’on fait jouer le rôle de tueurs d’enfants. Comment comprendre sinon le pseudo-dérapage de Bert Anciaux, le ministre flamand de la… Culture, comparant les victimes de la tuerie de la crèche de Termonde à celles de l’offensive israélienne à Gaza ?
Avec cette dernière accusation on pensait avoir atteint un sommet. Il n’en fut hélas rien. Le pire était encore à venir avec les sketchs du bien nommé… Geubels (cela ne s’invente pas) : « Que vont-ils faire si, un jour, il y a une grosse fuite de gaz à Anvers ? Poursuivre la ville pour provocation ? Je trouve très grave ce qui s’est passé autrefois, je vous assure, mais je crois aussi que ce ne serait plus possible aujourd’hui. Ces Juifs sont aussi devenus beaucoup plus intelligents. Maintenant, ils se sont disséminés dans le monde entier ». Ces dérapages de la VRT pour se répéter ne doivent assurément rien au hasard. Ils nous renvoient directement, pour reprendre l’expression de notre collaborateur Michel Gheude, à l’humour antisémite d’avant-guerre (songeons à l’excellent film Cabaret). Avec le ton propre aux actualités cinématographiques des années 30 ou 40, un présentateur montre d’abord un Juif barbu, le visage crispé dans un rictus de colère, tendre la main vers un gros diamant. Ensuite, des images en noir et blanc montrent des Juifs
orthodoxes dansant, une montre et une voiture de luxe, puis un diamantaire examinant une gemme.
Comme le souligne Libération, le pire est que ces dérapages antisémites n’ont, pour l’instant, suscité aucun débat au sein de la classe politique belge. En Flandre, le combat courageux et solitaire de Claude Marinower fait, ici, écho à celui de notre amie Viviane Teitelbaum en Région bruxelloise. Car « tout va bien » aussi en notre belle région, comme en témoigne la suspension par le CIVA et La Cambre de l’expo-sition sur Tel-Aviv, pourtant
patrimoine mondial de l’humanité selon l’UNESCO. Les deux partenaires ont finalement décidé de la reprogrammer du 31 mars au 31 mai prochain.
Nul n’est besoin de parler de l’évêque catholique Williamson pour s’inquiéter de notre avenir. A ce propos, on regretterait presque de ne pas vivre en Allemagne. Merci Mme Merkel.

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