Retour sur l’affaire Al-Dura

Charles Enderlin, correspondant israélien de France 2 à Jérusalem, vient de publier Un enfant est mort (éd. Don Quichotte). Dans ce livre, il décortique minutieusement la campagne de calomnie et de dénigrement dont il fait l’objet depuis la mort de Mohamed Al-Dura au carrefour de Netzarim le 30 septembre 2000.

Quel est le point de départ de l’affaire Al-Dura ? Cela commence avec l’enquête réalisée à titre privé par le général Yom Tov Samia, commandant de la région militaire Sud. Ce général embauche deux « experts » civils pour établir que Mohamed Al-Dura a été tué par les milices palestiniennes et non par les soldats israéliens. Ces deux experts plutôt douteux se sont déjà distingués par des thèses extravagantes. Le premier racontait que le Président Carter avait drogué Menahem Begin à Camp David pour qu’il rende le Sinaï à Sadate. Le second avait ?élaboré des théories conspirationnistes en contestant la responsabilité d’Ygal Amir dans l’assassinat de Rabin en 1995. ?Sur base de leurs affirmations, ce général en conclut que la probabilité que Mohamed Al-Dura ait été tué par une balle palestinienne est beaucoup plus forte que s’il avait été tué par une balle israélienne. Pour certains, cela ne fait aucun doute : il a été tué par des Palestiniens. Or, si c’est le cas, c’est que les Palestiniens le visaient et poursuivaient un but bien précis : ternir l’image d’Israël et déclencher l’intifada. Cette rumeur s’est très vite répandue. Elle a été reprise par des sites internet français et francophones en Israël.

Par la suite, de véritables militants de la thèse du complot vous accusent d’avoir diffusé un faux reportage, une mise en scène qu’ils nomment « Pallywood » ? Derrière l’expression ?« Pallywood » (contraction de Palestine et Hollywood), il ?y a une idée fondamentale : toutes les images sortant de Gaza sont des mises en scène censées alimenter la propagande anti-israélienne. Si on suit ce raisonnement, cela signifie que des centaines de Palestiniens ont joué la comédie devant une ?position militaire israélienne où étaient regroupés une trentaine de soldats. Ce n’est pas tout, cela signifie également que l’ambulancier qui a emporté le gosse et son père a menti, qu’à l’hôpital Shiffa où le père a été opéré en urgence, le sang, c’est de la sauce tomate et que les pansements sont des accessoires, que l’ambassadeur de Jordanie qui a accompagné le père de Mohamed vers Amman est un menteur, que les médecins et les officiers de l’hôpital militaire d’Amman sont des menteurs, tout comme le Roi de Jordanie qui lui a rendu visite, etc. Si les Palestiniens sont capables de réaliser une telle production digne des grands studios hollywoodiens, je pense qu’ils auraient gagné la guerre contre Israël et qu’ils seraient à la tête de leur Etat depuis longtemps.

Les autorités israéliennes accordent-elles du crédit à la thèse de la mise en scène ? A l’exception de quelques députés d’extrême droite, personne. Si des diplomates, des hauts fonctionnaires, des ministres ou des députés israéliens ont des doutes sur cette ?affaire, ils peuvent contacter le Shin Bet (services de sécurité intérieure) et demander s’il y a la moindre trace d’un complot palestinien. Ils découvriront si mon caméraman Talal Abou Rahmeh est un militant palestinien capable de participer à une mise en scène pour le compte d’une organisation terroriste. Ils obtiendront rapidement la réponse. Il n’y a jamais eu la moindre trace de complot pour le Shin Bet. Talal Abou Rahmeh est un des rares Palestiniens à être autorisé encore aujourd’hui à se rendre régulièrement en Europe.

L’affaire Al-Dura est-elle le symptôme d’un mal profond ? Des groupuscules peuvent lancer une campagne de rumeurs mensongères pour décrédibiliser des reportages sur une réalité douloureuse. Cela peut arriver à n’importe qui. Si X ou Y ?revient d’Afghanistan avec un sujet épouvantable décrivant le meurtre d’un enfant et qu’on vient lui dire que c’est de la mise en scène, il est difficile, voire impossible de prouver le contraire ! Cette tentative de déstabilisation a porté ses fruits. Je discutais avec un sympathique médecin à la retraite dans mon bureau. Il venait d’acheter un livre sur l’histoire du petit Mohamed Al-Dura et m’expliquait qu’il s’agissait d’une mise en scène tournée dans un studio ! En répétant sans cesse la rumeur, on tue la réalité.

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