Riad Malki, pour une démocratie palestinienne

Riad Malki dirige Panorama, une organisation qui se charge de promouvoir la démocratie en Palestine. Cet intellectuel palestinien porte un regard critique sur l’action de l’Autorité palestinienne. Que pensez-vous de la seconde intifada?
C’est un échec désastreux pour les Palestiniens. Lorsque la première intifada a éclaté en 1987, elle a suscité la sympathie de la communauté internationale car il s’agissait du soulèvement d’une population civile contre une armée d’occupation. En revanche, la seconde intifada a été immédiatement récupérée par des groupes politiques qui ont militarisé la révolte. Il est facile d’utiliser les armes contre les Israéliens. Par contre, les conséquences de cette décision sont désastreuses pour la population palestinienne. Ceux qui prônent le terrorisme estiment qu’en tuant un maximum d’Israéliens, ils parviendront à rétablir le rapport de force. Ce raisonnement relève de la folie car ils oublient que le nombre de victimes palestiniennes ne cesse d’augmenter et que l’économie et les infrastructures sont détruites. Enfin, cette stratégie de la violence entraîne une corruption morale de la société palestinienne. C’est pourquoi, des voix se sont élevées pour condamner cette orientation. Il est nécessaire de reformuler une nouvelle stratégie fondée sur la résistance pacifique. Cela réduira le nombre de victimes dans les deux camps et cela permettra surtout au camp de la paix israélien de se renforcer et de sortir de son isolement. La priorité actuelle du centre que je dirige est de montrer aux Palestiniens qu’il existe une autre stratégie qui préservera la vie de nos enfants et mènera la Palestine vers l’indépendance.

Comment expliquez-vous que des divergences importantes existent entre le leadership actuel issu de l’exil à Tunis et les dirigeants palestiniens restés sur place?
L’occupation israélienne a paradoxalement permis aux Palestiniens de se familiariser avec certaines notions démocratiques. La puissance occupante est une démocratie en marche que nous observons. En exploitant les rouages de la démocratie israélienne, nous avons réussi à la placer face aux contradictions de l’occupation. Par conséquent, la démocratie fut avant tout un système de défense que nous avons ensuite intégré dans notre vie quotidienne. Avec les Accords d’Oslo, le leadership palestinien en exil dans les pays arabes est revenu dans les Territoires autonomes en vue d’y exercer l’autorité politique. Dès le début, ils ont cherché à établir un pouvoir non démocratique conforme à ce qu’ils avaient connu dans le monde arabe, contre la volonté d’une population qui espérait l’émergence de la démocratie. Certains Palestiniens considéraient que la démocratisation devait être abordée une fois l’occupation terminée. Ce fut une grave erreur, car le pouvoir ne nous attribuait aucun espace démocratique. Nous avons donc décidé de nous rabattre sur une approche graduelle sans chercher nécessairement la confrontation directe avec l’Autorité palestinienne. C’est beaucoup plus efficace car on s’est aperçu qu’elle commence à prendre en considération nos exigences. Ainsi, elle admet que des réformes doivent être introduites. De plus, des élections se tiendront l’année prochaine. Nous pourrons voir si ceux qui prônent la démocratie pourront se présenter sans entrave et si les réformes annoncées seront mises en oeuvre.

Le vote de méfiance du parlement palestinien contre Arafat ne constitue-t-il pas une première dans le monde arabe?
C’est positif mais cela reste insuffisant. Nous ne pouvons nous satisfaire d’une évolution qui suit le rythme du monde arabe, lequel n’est pas la référence en termes de démocratie. Il serait naïf de se féliciter de ce vote et d’attendre encore dix ans pour la prochaine évolution démocratique en Palestine. Il faut donc poursuivre dès à présent la démocratisation de la Palestine. C’est essentiel, car nous prouverons alors à la communauté internationale que nous sommes prêts à gouverner notre pays.
Propos recueillis par Charly Burgman

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