Ténor, chanteur, imitateur, comédien, comique, Richard Ruben est tout cela à la fois. « Je n’ai jamais rien voulu choisir dans ma vie », confie-t-il. Un humoriste cosmopolite qui « détartre les esprits ». Avec un message qui ne se voit pas, mais qui poursuit le spectateur. Richard Ruben a ce talent-là. Celui aussi de croire que la paix est naturelle.
Son père, juif sépharade d’Alexandrie, et sa mère juive ashkénaze alsacienne, née au Salvador, se sont rencontrés à Londres et mariés à Lausanne. Richard, second fils de la famille, est lui né à Bruxelles. Un fameux métissage dont le comédien se revendique pleinement, titrant très justement son dernier spectacle Je suis belge, mais ça ne se voit pas. Elevé par des parents croyants, aimant les fêtes traditionnelles « parce qu’elles nous rassemblent », Richard Ruben n’en demeure pas moins un « athée spinozien », comme il se définit. « J’ai foi en l’homme et en l’Humanité », affirme celui qui avoue cumuler dans ses armoires du pain et des matzot. Le jeune garçon suivra sa scolarité dans les écoles bruxelloises. « Mes parents voyaient l’école juive comme plus limitée et pensaient qu’on pouvait rencontrer des Juifs partout », sourit-il. « Avec le temps, mon identité me rattrape, j’en parle de plus en plus dans mes spectacles ».
Une carrière de bientôt 25 ans qui a commencé aux Assises de l’UEJB organisées à Ostende à la fin des années 80. C’est toutefois comme imitateur que Richard Ruben se lance réellement dans la profession, avant d’opter pour la comédie. De sa collaboration avec Eric De Staercke comme metteur en scène naitra le spectacle Tu connais, tu connais resté dans les mémoires, qui fera le plein au Passage 44, au Forum de Liège, et Forest National ! Richard Ruben fait son entrée dans le Dictionnaire des Belges grâce à son personnage Gonzague, créé début 90 et l’objet d’une pièce, Le mariage de Gonzague, mis en scène par Michel Kartchevsky (Chez Willy). En 1999, il fait une rencontre déterminante en la personne de Sam Touzani qui met en scène Le mâle du siècle, avec une série de personnages hauts en couleur, dont l’incontournable grand-mère séfarade. « Richard, c’est mon ami, mon frère, mon pote de toujours », confirme l’intéressé. « Là où le politique échoue, l’artistique peut parfois réussir ».
Brooklyn Boy
Richard Ruben a toujours cherché autour de lui le mélange, comme il l’illustrera encore en 2000, à l’initiative de Sam Touzani, en jouant pour la paix aux côtés de Smaïn, dans le cadre du 2e Festival de l’Humour juif de Bruxelles. Quinze ans de carrière plus tard – dont quelques années passées à Paris et six ans vedette dans La Revue des Galeries-, c’est avec Sam toujours, Arnaud Bourgis et Pascal Légitimus (collaborateur artistique) qu’il s’est associé pour son dernier one-man-show Je suis belge, mais ça ne se voit pas. « Avec les épreuves de la vie, les enfants qui grandissent et qui font que l’on se pose les bonnes questions, Gonzague a beaucoup évolué. Petit gamin écervelé de 23 ans, il est devenu un homme responsable », précise celui qui n’hésite pas à voir ses spectacles comme une réelle psychanalyse, « pour moi comme pour le public ». Son prochain spectacle Brooklyn Boy, ou l’histoire d’un Juif new-yorkais qui essaie de se débarrasser du pathos familial, a été mis en scène par Armand Delcampe. « C’est l’histoire d’un homme qui écrit un best-seller à 40 ans et toute sa famille lui tombe dessus, sa vie lui saute alors au visage », raconte Richard Ruben. « C’est une pièce sur la transmission, la mémoire, les origines, le temps qui passe… avec un personnage qui me ressemble énormément, jusque dans ses réactions ».
Intraitable sur les fascismes en Europe et les compromissions, adepte de toutes les idées progressistes de gauche, « sioniste à la Herzl », Richard Ruben se positionne pour la création d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat d’Israël. Il n’en demeure pas moins très critique concernant le traitement médiatique du conflit : « Le monde entier meurt, et on ne s’intéresse qu’à Israël », relève-t-il, perplexe face à l’indignation sélective. L’humoriste forme quant à lui le vœu d’un jour jouer en Israël, « si on me le demande, j’en serais ravi », admet-il. « Israël est une de mes maisons. On a tous un point commun quand on est là-bas, on ne peut que s’y sentir comme chez soi ».