Avec A Paris, la jeune et francophile Riff Cohen nous offre un premier album pétillant de rires et de malice, une ludique collection de compositions interprétées en français, en hébreu et en arabe qui la situe largement en tête de liste des nouveaux espoirs de la chanson rock israélienne.
Vos parents étaient très libéraux pour vous donner un prénom en forme de récif de corail ? Ma mère venait de faire son alya en Israël, donc je présume que n’importe quel prénom israélien lui paraissait tout aussi bizarre que Riff. Mon père était né en Israël, c’est un sabra de première génération dont les parents venaient de Djerba en Tunisie. Ils se sont rencontrés sur la plage de Bat Yam à côté de Jaffa. Mon père a grandi à Jaffa, dans le quartier d’Ajami. Il y possédait un cheval et il chevauchait souvent sur la plage. Le cheval parfois rentrait carrément dans leur appartement au rez-de-chaussée et mon père essayait toujours de l’en faire sortir. Il y a plein d’histoires comme ça.
C’est Fortuna, votre grand-mère paternelle, qui vous inspire parfois les histoires que l’on retrouve dans vos chansons ? Ma grand-mère a tant de racines à transmettre. Et c’est passionnant. Elle raconte tout le temps des histoires. Je pense que comme elle ne sait pas écrire, elle a une mémoire incroyable. Elle a grandi orpheline à Djerba; elle a perdu sa mère très jeune et sa grand-mère l’a élevée. Et la plupart de ses histoires évoquent sa grand-mère à elle et pour moi, c’est une vraie recherche de racines et de cultures. Quand j’étais jeune, elle me qualifiait de petit « rat » pour lutter contre le mauvais œil, des traditions étranges qui échappent aux gens modernes. Pour la même raison, elle me mettait les chaussettes à l’envers, tout un tas de choses vraiment drôles dont je peux rire aujourd’hui.
Quels sont les premiers disques que vous écoutiez chez vos parents ? A la maison, MTV tournait en boucle et moi, je passais mon temps à imiter tous les chanteurs depuis mon plus jeune âge; j’ai adoré ce monde pop de Michael Jackson, mais aussi des Rita Mitsouko. Mon père écoutait Depeche Mode, mais aussi tout l’Orient de Oum Kalhtoum et Farid Al Atrash avec la musique arabe du côté de mes grands-parents de Jaffa. En plus de toutes ces influences, j’ai reçu aussi une éducation très classique : j’ai appris le piano au Conservatoire, puis après, j’ai étudié la musi-cologie à l’Université de Tel-Aviv. Tout ce que je fais aujourd’hui est la somme de ces expériences. Ainsi j’ai commencé à composer à partir de 8 ans au piano. C’était une chanson qui parlait d’un diamant que j’ai découvert dans ma main : j’ai ouvert ma paume et j’y ai trouvé un joyau qui était né en Hongrie, c’était un peu comme un conte de fées.
Pourquoi avoir choisi de chanter les textes de votre maman au lieu des vôtres ? Depuis toujours, je composais mes propres textes, mais je n’écris pas assez bien en français, j’écris seulement en anglais ou en hébreu.
Et ces textes à la base n’étaient pas destinés à des chansons, c’étaient juste des poèmes, n’est-ce pas ? Oui, des poèmes qu’elle a écrits pour elle depuis son plus jeune âge. Ma mère et moi avons une relation très forte et artistiquement, nous aimons les mêmes choses. Elle me guide, me donne ses idées, je lui donne les miennes. Avec ma mère, c’est comme si quelque part, on était la même personne.
Et les textes en hébreu sont aussi de votre mère ? Une des chansons en français a en fait été écrite par moi en hébreu et ma mère l’a traduite. C’est la chanson sur ma grand-mère « Une femme assise sur un tapis ». Il y a une chanson en hébreu écrite par ma mère « Rotzah Prahim » qui signifie « Je veux des fleurs ». J’ai écrit une autre chanson en hébreu « Meshoch Be Goufi » (purifier mon corps). « Ine Ha Or » (« Voilà la lumière ») est une composition d’une poétesse du Yémen qui est d’ailleurs décédée voici peu de temps. Son nom est Braha Serri et elle a un côté très juvénile, très coquin, très polémique. Quant à la chanson en arabe « Greetings », c’est une reprise composée par Hamza al Din, originaire de Nubie. Elle parle d’une belle fille qu’un homme essaye de séduire tandis qu’elle ne fait que l’ignorer. J’aime cette rencontre entre l’ivresse orientale et les tam-tams de l’Afrique.
En bref
Le petit grain de folie orientale de Riff Cohen avait déjà su séduire un Enrico Macias subjugué qui avait convié la belle inconnue à chanter avec lui « Aux talons de ses souliers » sur son dernier album de duos Venez tous mes amis – comme sur la scène de l’Olympia. Désormais, la brunette aux yeux de biche vole de ses propres ailes artistiques. Née et élevée en Israël, où sa mère d’origine algérienne avait décidé de s’installer après avoir succombé au charme d’un jeune sabra, Riff Cohen est naturellement bilingue.
Riff Cohen : A Paris, AZ (dist. Universal)
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