Depuis une dizaine de jours, Riton Liebman et ses acolytes Olivier Coyette, Fabien Magry et Nathalie Rozanes partagent la scène et les coulisses du Théâtre de poche. Ils y présentent jusqu’au 4 février 2012 une mise en scène originale d’Invasion ! La pièce questionne avec légèreté mais pertinence notre xénophobie latente, mais s’achève sans offrir de réponse… Une bonne occasion d’aller à la rencontre du comédien bruxellois.
Immigration, intégration, identité, racisme… Les thèmes soulevés par Invasion ! vous touchent-ils personnellement ?
Un peu comme tout le monde, je suppose… Mes grands-parents sont venus de Pologne pour s’installer ici. Eux étaient apatrides à Bruxelles; moi, j’y ai grandi, puis suis parti à Paris. Toutes proportions gardées, c’est un peu la même chose : on part parce qu’on rêve d’échapper à sa réalité. Mais mon histoire personnelle m’intéresse moins que celles des autres. Ça me touche que dans chaque famille, il y ait une histoire similaire sur quelqu’un qui quitte sa ville natale et part voyager ailleurs. La volonté politique en ce moment, c’est de réguler ces migrations. Je ne comprends pas comment on peut empêcher quelqu’un d’avoir envie de partir, rien ne devrait pouvoir aller contre ça.
Votre père, Marcel Liebman, était très engagé politiquement… Est-ce également votre cas ?
J’ai une sensibilité et des opinions politiques assez proches de celles qu’avait mon père, oui. Mais contrairement à lui, je ne consacre pas ma vie à cet engagement. J’ai plein d’idées auxquelles je réfléchis seul dans ma tête, mais quand je les exprime publiquement, je m’aperçois qu’elles ne sont pas si brillantes que ça… et que ce ne sont finalement que de banales opinions parmi tant d’autres. Je suis beaucoup plus fort par ce que je fais que par ce que je pense, et je suis plus attaché à l’histoire humaine des gens que je rencontre qu’à leurs opinions. Par exemple, je suis clairement pour un Etat palestinien, je trouve la situation dans cette région du monde injuste et scandaleuse… Mais à côté de ça, j’ai plein de copains sionistes que je peux comprendre aussi. Le problème du monde, c’est que chacun en a sa propre opinion.
Dans Invasion !, vous jouez successivement différents personnages. J’imagine que c’est un exercice plutôt plaisant pour un comédien…
Rentrer dans la peau d’un personnage est grisant, en jouer plusieurs l’est tout autant. A vrai dire, toutes les expériences théâtrales sont plaisantes. Par exemple, le spectacle qu’on a fait juste avant celui-ci, Les monologues de la marijuana, était plutôt un stand-up, il n’y avait pas de personnage du tout. Le plaisir vient de la création théâtrale à laquelle on participe avec les autres acteurs, les techniciens, les lumières, les décors… J’essaye toujours de mettre mon petit grain de sel pour faire marcher la machine le mieux possible. Pourtant, je ne suis pas du tout du sérail : je ne sors ni du conservatoire ni de l’INSAS, à vrai dire je n’ai fait aucune école de théâtre. Je suis plutôt un mec qui porte son histoire sur sa gueule, qui joue parfois au cinéma et un tout petit peu au théâtre, et qui essaye simplement de bien faire son boulot.
Vous êtes un véritable touche-à-tout : vous avez exercé différents boulots, vous avez voyagé, fait pas mal de rencontres, touché à l’écriture et même au rap… Quels sont vos projets pour l’avenir ?
En avril, je commence le tournage de mon nouveau film, Je suis supporter du Standard. Ça raconte l’histoire d’un supporter qui décroche de son club de foot, un peu comme d’autres essayent de décrocher de l’alcool. Le thème, c’est l’addiction, mais j’ai choisi d’en faire une comédie. Le foot, c’est un prétexte pour être marrant sur un sujet qui en fait ne l’est pas.
« Invasion »
A voir jusqu’au 4 février 2012
au Théâtre de Poche, 1a Chemin du gymnase, 1000 Bruxelles (Bois de la Cambre)
Réservations : 02/649.17.27 ou www.poche.be