Le 10 juin 2014, il y a tout juste un an, Reuven Rivlin était intronisé dixième Président de l’Etat d’Israël. Les députés de la Knesset ont désigné ce faucon du Likoud, par ailleurs considéré comme un ardent défenseur des valeurs démocratiques.
A l’époque, tout le monde s’accordait à dire que le nouveau Président de l’Etat hébreu n’aurait pas la même aura que son illustre prédécesseur, Shimon Peres. Mais un an plus tard, force est de constater que cet avocat originaire de Jérusalem, ancien ministre d’Ariel Sharon et ex-président de la Knesset où il a siégé pendant plus de vingt ans, n’a pas déçu.
Bien que la fonction présidentielle soit purement honorifique, Reuven Rivlin, 75 ans, s’est imposé selon les derniers sondages comme la figure publique la plus populaire du pays. Selon un sondage commandité par le quotidien Haaretz auprès de l’Institut Dialog, il bénéficierait d’un indice de satisfaction de 72%, soit presqu’autant que l’artisan des accords d’Oslo en fin de mandat. A titre comparatif, le Premier ministre, Benjamin Netanyahou ne peut que revendiquer 46% de satisfaits, tandis que le chef de l’opposition Itzhak Herzog bénéficie d’un indice de satisfaction de 41%.
A quoi tient ce score flatteur ? Sans aucun doute à un certain nombre de prises de position iconoclastes. C’est ainsi que Reuvin Rivlin a récemment déclaré « n’être pas hostile » à la reprise du dialogue avec le Hamas. Il est monté au créneau contre les phénomènes de racisme contre les Arabes-israéliens ou envers les Juifs éthiopiens. Sans oublier qu’il a été le premier Président israélien à assister le 26 octobre 2014 à la commémoration annuelle du massacre de Kafr Qassem (survenu en 1956), qui a fait 49 victimes arabes israéliennes. Et à présenter des excuses au nom de l’Etat hébreu. Au point de devenir le « héros improbable d’Israël », comme l’indiquait déjà en début d’année le quotidien britannique The Guardian.
Un sans-faute sur les questions intérieures
D’évidence Reuvin Rivlin cultive sa différence. Certes, ce leader débonnaire et adepte du parler vrai est issu de la même formation politique que Benjamin Netanyahou. Mais il n’avait reçu que du bout des lèvres le soutien du Premier ministre, en raison de l’animosité notoire entre les deux dirigeants. « Bibi » avait en effet tenté de recruter un candidat acquis à sa cause, en approchant le président de l’Agence juive, Natan Sharansky, l’ex-ministre David Levy, et même le Nobel de la paix, Elie Wiesel. Et avait par ailleurs envisagé de pousser une réforme visant à amoindrir le rôle déjà largement protocolaire de Président.
Pour autant, Netanyahou et Rivlin ne sont guère éloignés sur le plan idéologique. Le Président de l’Etat juif est un partisan déclaré du « grand Israël ». Après s’être opposé au désengagement de Gaza, il s’est déclaré hostile à la création d’un Etat Palestinien. « Je préfère accepter les Palestiniens comme citoyens d’Israël que de diviser Israël », aime-t-il rappeler.
Mais Reuven Rivlin dispose d’un avantage de taille sur Benjamin Netanyahou. Contrairement au Premier ministre, qui le jour des législatives du 17 mars, avait suscité une vive polémique en déclarant que les électeurs arabes allaient « voter en masse », avant de présenter ses excuses aux représentants des communautés non juives, le Président de l’Etat a commis un « sans faute » sur les questions intérieures.
A ses yeux, les défis démographiques comme les équilibres identitaires sont au cœur des préoccupations du pays. Il l’a encore souligné, ce dimanche 7 juin, dans son allocation d’ouverture de la conférence d’Herzlia, le grand raout des dirigeants israéliens. « En Israël, les écoles primaires comptent 38% d’élèves juifs laïques, 15% de sionistes-religieux, un quart d’Arabes et près d’un quart d’ultra-orthodoxes », a-t-il fait remarquer. « Cette mosaïque reflète, qu’on le veuille ou non, un nouvel ordre israélien qui doit conduire le pays à favoriser un « socle commun », et non pas à se retrancher derrière un esprit sectaire ou de séparation ». A bon entendeur…
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