Avocat, intellectuel brillant et homme politique socialiste aux engagements humanistes, Roger Lallemand est décédé ce jeudi 20 octobre 2016 à l’âge de 84 ans. Père de la loi sur la dépénalisation partielle de l’avortement, il a également multiplié de nombreux combats de défense des droits de l’homme, notamment aux côtés de Jean-Paul Sartre et Régis Debray. En 2001, le CCLJ lui avait décerné le titre de « Mensch de l’année ».
Il était le sage du Parti socialiste. Dans les hémicycles de la Chambre et du Sénat, il forçait le respect. Homme profondément attaché à la laïcité et au libre examen, Roger Lallemand ne s’est jamais montré antireligieux. Dans ses différents engagements éthiques, il a noué d’excellentes relations avec des catholiques ouverts et progressistes comme le chanoine Pierre de Locht et l’abbé Gabriel Ringlet, tous deux professeurs à l’Université catholique de Louvain.
Tout le monde retient évidemment son combat parlementaire en faveur de la dépénalisation de l’avortement qu’il a porté avec courage aux côtés de sa collègue Lucienne Herman-Michielsen. Il a mené un combat similaire pour le droit à l’euthanasie, et plus généralement le droit de mourir dans la dignité.
Moins de gens savent en revanche que Roger Lallemand était aussi un militant de longue date du Centre communautaire laïc juif (CCLJ). C’est en rencontrant David Susskind dans les années 1960 qu’il a découvert la communauté juive. « Fasciné par le paradoxe d’un judaïsme laïque voulant maintenir une identité juive au-delà du religieux, je me suis engagé dans les combats du CCLJ », expliquait Roger Lallemand en 2001 dans les colonnes de Regards. « Je suis devenu plus juif que chrétien, même si je garde des affinités avec la personne du Christ… qui d’ailleurs était juif » !
Sa sympathie pour le CCLJ s’est toujours traduite en actes concrets, notamment en présidant de nombreuses conférences que le CCLJ organisait. En 1999, Roger Lallemand a présidé le comité du 40e anniversaire du CCLJ avec une grande maîtrise et beaucoup de dévouement. En 2001, il s’est vu attribuer le titre de « Mensch de l’année ». « C’est une grande fierté pour nous de le voir accepter l’honneur d’être notre Mensch », avait déclaré David Susskind, président du CCLJ. « Orateur extraordinaire, il dit ce qu’il pense et pense ce qu’il dit ». C’est aussi grâce à Roger Lallemand que le CCLJ s’est ouvert sur le monde laïque belge en devenant une organisation constitutive du Centre d’action laïque (CAL) en 2002.
Véritable sage, homme de la nuance, grand amateur de poésie et fin mélomane, Roger Lallemand a également ardemment défendu les arts et la culture en Belgique. « Il aurait pu être écrivain et essayiste, comme ses amis Régis Debray et Edgar Morin », souligne son ami Jacques Sojcher, philosophe et professeur émérite de l’ULB. « C’est un humaniste, un homme passionné, plein de doutes, qui rassemble des gens d’horizons très divers parce qu’ils partagent sa foi en l’humanité et l’amour de l’art ».
Le CCLJ et la revue Regards présentent à sa femme Ida, ainsi qu’à toute sa famille leurs plus sincères condoléances.
Un dernier hommage sera rendu à Roger Lallemand ce mercredi 26 octobre 2016 à 11h à l’ULB, en l’auditoire Henri Lafontaine (K). La famille y recevra les condoléances à partir de 10h.
]]>