Un homme qui trouve son bonheur en se rendant utile, un homme généreux comme on en trouve peu, Roland Schmid est très certainement un homme à part. Grâce à lui, Marcel Hastir, Robert Maistriau et Régine Krochmal auront sans aucun doute vécu leur fin de vie autrement.
La retraite, enfin. Il l’attendait presque avec impatience. Après 32 ans de service comme traducteur au Conseil de l’Union européenne, Roland Schmid va enfin pouvoir se consacrer à sa passion née de la rencontre avec Robert Maistriau… l’œuvre écologique et sociale de ce « Juste parmi les Nations » à Bois Fleuri, dans un coin reculé du Congo, qu’il s’est avec d’autres engagé à faire vivre. Faute de temps jusqu’à présent, il était contraint de limiter ses voyages. Le voilà libre désormais de s’y rendre à sa guise. Si la tâche n’est pas de tout repos, Roland Schmid a le don d’y croire, et c’est bien souvent ce qui lui a permis d’arriver à ses fins.
Né en Allemagne, il y a 59 ans, passionné de langues et de musique comme moyens de rencontre, Roland Schmid débute son parcours universitaire à Germersheim sur le Rhin, « petite ville où les étudiants étaient obligés d’eux-mêmes créer l’ambiance, en animant les lieux de discussions et de concerts », raconte-t-il. Objecteur de conscience en ces temps de guerre froide, « pour ne pas faire partie des coupables d’une nouvelle guerre », il part un an étudier les relations internationales à Nice, grâce à une bourse, avant de poser sa candidature au Conseil de l’Union européenne, et de démarrer sa carrière à Bruxelles en 1979.
Son collègue et ami Horst Schröder l’entraîne dans la représentation syndicale où il s’investira pleinement, lui qui a toujours préféré l’action aux palabres, « surtout quand l’action sert quelque chose de beau, de valable et d’utile », souligne-t-il.
Il le reconnait volontiers, ce sont les hasards qui ont jalonné l’essentiel de son parcours. Comme ce voyage à Amsterdam où un pianiste brésilien, Marcelo Braga, habitant Bruxelles lui fait découvrir de retour dans la capitale belge l’Atelier Marcel Hastir et son histoire. Un autre ami lui parle du livre de Marion Schreiber Rebelles silencieux (éd. Racine), qui bouclera la boucle. Les rencontres et les amitiés se succèdent alors, pour ne plus s’arrêter.
En 2002, alors qu’il cherche une salle de spectacle pour une troupe de théâtre allemande qui vient jouer à Bruxelles Jacob le menteur de Jurek Becker, Roland Schmid pense à l’Atelier de ce peintre résistant qui a risqué sa vie pendant la guerre pour sauver des Juifs. Le lieu semble prédestiné. Mais à peine l’accord avec Marcel Hastir est-il signé que Roland Schmid et ses amis découvrent devant le 51 de la Rue du Commerce un avis de démolition, avec un délai de recours fixé… au lendemain ! Ce sera le point de départ d’une bataille juridique de plusieurs années, de la pétition locale à l’interpellation des pouvoirs publics, du sauvetage du bâtiment à l’obtention de ne pas expulser le peintre, pour voir finalement aboutir le classement du bâtiment en 2006, date du 100e anniversaire de Marcel Hastir, et son rachat par la Ville de Bruxelles en février 2010, garantissant la survie de l’Atelier après le décès du Maître. « Deux ans et demi plus tôt, j’avais vu la ministre Laurette Onkelinx, présidente de Beliris, promettre à Marcel Hastir qu’elle allait sauver son oeuvre. Elle a tenu parole », se souvient Roland Schmid. Mensch de l’année du CCLJ en 2007, Marcel Hastir n’est plus, mais sa mémoire est assurée et les concerts de son Atelier résonneront longtemps encore.
« Bois Fleuri, le défi de ma vie »
En feuilletant le livre de Marion Schreiber, à la recherche de personnalités pour soutenir l’Atelier, Roland Schmid rencontre Robert Maistriau, un des trois auteurs de l’arrêt du 20e Convoi le 19 avril 1943. « Je voulais l’intéresser à la lutte pour l’Atelier, et c’est lui qui m’a convaincu de me mettre à chercher un acheteur pour sa forêt au Congo ! », sourit Roland Schmid. Devenus amis, les deux hommes s’évertueront, durant trois ans, à trouver un repreneur de ces plantations forestières de 200 hectares, en vain. Ils décident finalement d’unir leurs propres forces et celles de quelques amis pour tenter de sauver ce magnifique patrimoine de Bois Fleuri, comprenant de vastes terres, ainsi qu’une école primaire (lire notre article du mois d’avril « L’œuvre de Papa Maistriau revit au Congo », Regards n°753, p.35). Leurs efforts dans la mobilisation de moyens débouchent sur la nomination de Robert Maistriau par l’ULB comme Docteur Honoris Causa en 2006, tandis que la commune de Woluwe-Saint-Lambert le fait citoyen d’honneur en 2008, un mois avant sa mort. L’école communale Parc Malou porte désormais son nom.
Quelque peu affaibli par l’intensité de son investissement personnel et les obstacles à franchir, Roland Schmid a, sur les conseils de Marion Schreiber, également fait la connaissance de Régine Krochmal, cette psychologue décédée le 11 mai dernier, dont il appréciait « la façon révolutionnaire de voir les relations humaines » et qu’il rencontrait régulièrement pour des échanges fructueux.
A 59 ans, Roland Schmid est prêt à repartir à Bois Fleuri, le défi de sa vie, affirme-t-il. Il revient sur ces trois amitiés qui l’ont transformé. « J’ai eu la chance de pouvoir créer un lien personnel avec ces trois résistants magnifiques. Ils ont changé le cours de ma vie. Ils m’ont traité comme un ami, sans aucune référence à mes origines allemandes. Régine qui a tant souffert répétait d’ailleurs que la guerre n’était pas une histoire allemande, mais une histoire de comportements humains exécrables ».
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