En publiant L’Opium des imbéciles (éd. Grasset), Rudy Reichstadt a synthétisé en un volume bien documenté de nombreuses années de recherches et d’analyses critiques portant sur le complotisme. En présence de Rudy Reichstadt, une réflexion autour de son livre et du complotisme se tiendra le lundi 16 décembre 2019 à 20h au CCLJ.
Avec Conspiracywatch.info, ce site de référence dévoilant et décryptant les théories du complot qui pullulent sur internet et les réseaux sociaux, Rudy Reichstadt mène un sport de combat contre ce phénomène. Et il a fait le choix de ne ménager personne : ni les complotistes qui propagent leurs mensonges et leurs sommes incommensurables d’imbécilités, ni ceux qui y adhèrent.
C’est la raison pour laquelle le titre du livre a son importance : L’Opium des imbéciles. On peut y voir une référence au « socialisme des imbéciles » d’August Bebel lorsqu’il fustigeait l’antisémitisme de gauche, mais aussi un hommage à Raymond Aron lorsqu’il condamnait dans L’Opium des intellectuels la complaisance des intellectuels français pour les crimes commis par l’URSS et ses satellites d’Europe orientale. La crédulité teintée de mauvaise foi et le dogmatisme dans lesquels se drapaient certains intellectuels français de l’époque n’ont rien à envier à la facilité déconcertante avec laquelle certains intellectuels « critiques » se laissent séduire par les discours complotistes.
Le complotisme est une drogue dure
Comment expliquer cet attrait qui touche un large spectre ? « Le complotisme est une drogue dure », explique Rudy Reichstadt. « On sait que ceux qui y souscrivent sont tendanciellement plus prompts à adhérer à une nouvelle théorie du complot ». Et surtout, elle permet à l’imbécile de passer pour expert qui en met plein la vue parce qu’il sait ce que tout le monde ignore. « Gratifiante pour l’ego, la théorie du complot est le refuge des ignorants », souligne Rudy Reichstadt. « Elle leur permet de tenir la dragée haute à plus savants qu’eux par des effets de manche dissimulant mal leur absence totale de familiarité avec les choses de l’esprit ».
L’intellectuel, quel qu’il soit, doit se méfier de ces discours dont le sérieux et la crédibilité scientifique doivent faire l’objet de la même condamnation que les impostures pseudo-scientifiques. Portant, certains d’entre eux sont « conspi-friendly ». Il y a les flatteurs, les aveugles et les complaisants. Non seulement ils minimisent la portée et la nocivité du complotisme, mais ils s’attaquent à ceux qui le dénoncent et le décryptent. « Chez certains tenants d’une approche militante des sciences sociales, le conspirationnisme ne serait rien d’autre qu’une étiquette infamante visant à réduire au silence ceux qui entreprendraient de s’intéresser aux ressorts cachés de la domination », fait remarquer Rudy Reichstadt. Pour d’autres intellectuels « critiques » usant et abusant du concept de « domination », le complotisme ne serait qu’un signe paradoxal, mais encourageant de volonté de réappropriation du peuple de son autonomie ! Loin de favoriser l’émancipation démocratique, le complotisme conforte l’ignorance et ne libère pas l’être humain de l’aliénation.
Rudy Reichstadt a décidé de s’attaquer frontalement au complotisme, car, même si ce discours paraît souvent stupide, il n’a rien d’inoffensif. « La théorie du complot falsifie l’histoire. Elle parasite le fonctionnement de la démocratie. Elle dissuade des parents bien portants de vacciner leurs enfants. Elle protège les dictateurs. Elle exonère des criminels. Elle invente des boucs émissaires. Elle dresse des potences. Elle prépare des génocides ».