La démission du Premier ministre palestinien ce 13 avril est un autre clou enfoncé dans le cercueil du processus de paix israélo-palestinien. Un des derniers.
« Bien qu’entourés d’amis sincères, le lièvre fut dévoré par les chiens ». Ce très désabusé proverbe polonais s’applique tout à fait à Salam Fayyad. : que de soutiens n’a-t-il pas comptés depuis qu’il est devenu Premier Ministre de l’Autorité Palestinienne (AP) en 2007 !
Déjà les Etats-Unis (« un partenaire fort pour la communauté internationale» et l’Union européenne, principaux bailleurs de fonds de l’AP. Plus une bonne partie de la communauté internationale. Les monarchies du Golfe. Bon nombre de Palestiniens.
Et même les dirigeants israéliens : Shimon Pérès le considérait comme le «Ben Gourion palestinien» (février 2010). Le gouvernement appréciait, lui, sa gestion de l’économie et sa politique de sécurité qui avait permis de diminuer le nombre d’attentats en Cisjordanie.
De fait, Salam Fayyad a bien mérité de la Palestine qui, avec lui, disposait, pour la 1ère fois, d’un dirigeant à la fois honnête, compétent et pragmatique. Car cet ancien haut fonctionnaire du Fonds Monétaire International (FMI) était venu au pouvoir avec un plan.
L’important pour moi, expliquait-il en 2009, est de faire de l’Etat palestinien une réalité, de bâtir des institutions gouvernementales solides et efficaces.» D’où la comparaison avec le Ben Gourion d’avant 1948.
Lequel, au-delà des aléas politiques du moment ou des frontières potentielles, avait posé les structures et les institutions d’un Etat juif viable. Dans le domaine économique, S. Fayyad avait soutenu la création de « parcs industriels » et même créé une ville nouvelle, Rawabi.
Il avait aussi modernisé les infrastructures, lancé des travaux publics (notamment des écoles) mais, surtout, il était parvenu à assainir les finances de l’AP, rongées par la corruption et la gabegie.
C’est lui qui a imposé le payement du salaire des fonctionnaires palestiniens sur un compte bancaire nominatif et non plus de la main à la main. C’est aussi grâce à lui que le budget du gouvernement est désormais clair et transparent : on peut même le consulter sur Internet.
De quoi encourager les donateurs occidentaux et arabes dont l’aide (environ un milliard €) constitue un tiers du budget de l’AP. Et cela a marché : durant quelques années, la Cisjordanie a connu une croissance économique de 8%. et un calme relatif y a régné.
C’est que l’ex Premier Ministre avait aussi restructuré la police, renforcé la coopération sécuritaires avec Tsahal et tenté de remplacer les manifestations violentes par différentes formes de « résistance civile », le boycott des produits des colonies entre autres.
De quoi, espérait-il, apaiser la société palestinienne et relancer le dialogue avec les Israéliens. Las, il a échoué dans les deux domaines. La crise mondiale a mis à mal une économie beaucoup trop dépendante de l’aide extérieure.
Et les « chiens » ont commencé à se rapprocher
Les aides des bailleurs de fond occidentaux se sont réduites et celles des pays arabes « frères » ont diminué de moitié. Les droits de douane récoltés par Israël et qui représentent un autre tiers du budget palestinien ont été gelés à deux reprises par l’Etat juif.
Le boom économique a pris fin en 2011, le déficit du budget s’élève à présent à plus d’un milliard €, le chômage est en hausse et les prix s’envolent. Quant à la coopération sécuritaire, elle n’a eu aucun effet sur Jérusalem .
Le gouvernement israélien veut bien utiliser la police palestinienne comme force d’appoint. Il n’est pas intéressé ni à ce que la Cisjordanie se dote de structures ni à ce qu’elle se porte trop bien. Et bien sûr, pas question d’arrêter, ou même ralentir, la colonisation.
Résultat, la popularité de Salam Fayyad, en qui d’aucuns voyaient le successeur de Mahmoud Abbas à la présidence de l’AP, s’est effondrée. Et « les chiens » ont commencé à se rapprocher.
Le Hamas, d’abord, qui l’a toujours considéré comme un pantin de l’Occident et a fait de son départ une des conditions d’une éventuelle réconciliation inter-palestinienne. Le Fatah ensuite, qui n’a jamais apprécié ce technocrate non issu de ses rangs.
Tout comme les compagnons d’Y. Arafat qui ont peu goûté que Fayyad les empêche de se servir dans les caisses comme au bon vieux temps. Un tribunal ne vient-il pas de condamner à 15 ans de prison pour corruption un ancien conseiller du « Vieux »?
De même que les plus jeunes qui visent le siège d’Abbas et ont vu d’un mauvais œil la montée en puissance de ce redoutable concurrent. Et le gouvernement israélien dont la politique constante est de préférer les extrémistes aux modérés.
Si l’on sait que le président de l’AP lui-même avait de mauvais rapports avec ce 1er Ministre qui lui faisait de l’ombre, on comprend que les jours de Fayyad au pouvoir étaient comptés. Même son principal allié, le gouvernement américain n’a pu que freiner sa chute.
Que va-t-il se passer à présent qu’il est parti ? Les grenouilles du Fatah vont se disputer de plus belle le pouvoir sur un étang qui ne cesse de s’assécher. Au dehors, le Hamas est en embuscade pour s’emparer du peu de légitimité qui reste à l’AP.
Israël, lui, a vu partir avec soulagement cet interlocuteur potentiel. Encore un ou deux clous de ce genre et le cercueil du processus de paix sera définitivement clos. Et la route vers un Etat binational grande ouverte.
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