C’est le syndrome WikiLeaks : dorénavant, les documents secrets se ramassent à la pelle. Ainsi, la très renommée télévision du Qatar est-elle entrée en possession de 1.600 télégrammes secrets amenés par un « vent favorable »…
Ce 23 janvier, elle a commencé à diffuser ceux qui portent sur les négociations de juin 2008 entre Israéliens et Palestiniens. (Elles ont tourné court : G.W. Bush, qui les avait lancées, était sur le départ, tout comme Ehud Olmert, alors Premier Ministre israélien)
Il n’empêche qu’à cette époque, les principaux négociateurs palestiniens, Ahmed Koreï et Saëb Erekat ont fait des concessions sans précédents, notamment sur Jérusalem : ils avaient admis qu’Israël annexe toutes les colonies (sauf une) construites dans et autour de Jérusalem.
Dans la foulée, ils avaient aussi accepté de laisser à Israël le contrôle des quartiers juifs et arméniens de la Vieille Ville. Toutes ces propositions ont été réitérées en janvier 2010 à Washington par Saëb Erekat qui se serait alors exclamé : « Que puis-je donner de plus ? »
Les Palestiniens avaient également admis de limiter le « droit au retour » des réfugiés palestiniens à 10.000 personnes. Et de reconnaître Israël comme « Etat juif »…
Pour Israël, la révélation de ces concessions, (mêmes rejetées) pourrait avoir un effet positif : empêcher une bonne fois pour toutes la droite de jurer, la main sur le cœur « qu’il n’y a pas à qui parler ».
Ou aider Benjamin Netanyahou à découvrir ces « partenaires pour la paix « qu’il cherche de tous côtés. Ils sont devant lui. Mais désire-t-il réellement les trouver ?
Pour la direction de l’A.P. , par contre, c’est un échec de plus –de trop ?- dans une stratégie de négociations de plus en plus impopulaire, faute de résultats. En Palestine comme en Israël, la voix du camp de la paix s’affaiblit face aux tambours de guerre des extrémistes.
D’où vient la fuite ?
Reste une question : qu’al-Jazira ait donné le maximum de retentissement à ces documents n’étonne pas beaucoup dans le monde arabe, la chaîne cache à peine ses sympathies pour le Hamas. Mais qui les lui a fournis ?
Nombre de regards se tournent vers Mohammed Dahlan. Il est un de ceux qui brigueraient le pouvoir si Mahmoud Abbas tombait. Et il a des désaccords profonds avec lui. Notammment à propos de la Bande de Gaza dont il a été « l’homme fort » jusqu’à ce que le Hamas l’en chasse.
Il brûle de prendre sa revanche et lèverait même une milice en Cisjordanie pour y parvenir. Il goûte donc peu la prudence de Mahmoud Abbas qui cherche à tous prix à éviter un conflit armé entre Palestiniens.
Or, voici peu, le président de l’A.P. a décidé de faire rentrer Dahlan dans le rang. Entre autres, en évinçant ses fidèles des postes de pouvoir … et de l’équipe de négociation avec Israël. De là à imaginer que l’auteur des fuites soit un des exclus…
Quoi qu’il en soit, après ce coup de poignard, l’Autorité Palestinienne va encore plus mal. Et ça, ce n’est certainement pas une bonne nouvelle pour Israël.