Salomon Malka : ‘L’Arche? Un service public!’

Le jeudi 21 novembre 2013 à 20h30, le CCLJ vous propose une rencontre entre les rédacteurs en chef du mensuel Regards et du trimestriel français LArche, deux revues juives devenues incontournables au sein de leur communauté respective, mais bien distinctes l’une de l’autre. Comme nous l’explique Salomon Malka, rédacteur en chef de LArche.

Fondée en 1957 et devenue une référence dans l’ensemble des médias juifs de France, L’Arche semblait passée en une relative vitesse de croisière jusqu’en 2011. Avant de subir quelques « soubresauts », nous confirme son actuel rédacteur en chef, Salomon Malka. « Le mensuel du judaïsme français » -qui compte alors un tirage relativement faible (20.000 exemplaires) au vu de l’importante communauté juive française, mais n’en demeure pas moins une institution-, connait la suspension totale de sa version papier, envisageant une conversion exclusivement internet. On parle de crise financière, de mauvais passage au numérique. On parle aussi en coulisse de crise idéologique, de divergences d’opinions entre la rédaction dirigée pendant trente ans par David Saada et le Fonds Social Juif Unifié (FSJU), propriétaire de la revue. Saada est gentiment poussé à prendre sa retraite. Son rédacteur en chef Meïr Waintrater se voit lui remplacer en novembre 2011 par Laurent-David Samama, jeune journaliste audacieux déjà membre du comité de rédaction de La Règle du Jeu. Mais la relève devra elle aussi se rendre à l’évidence et passer la main après quelques mois d’exercice à peine. En avril 2012, une nouvelle équipe se lance dans la bataille. Directeur d’antenne de RCJ, radio de la communauté juive, journaliste et écrivain, Salomon Malka devient rédacteur en chef de L’Arche. « Mes positions ont toujours été très proches de celles de Meïr Waintrater, je n’aurais pas repris le flambeau si on m’avait demandé de changer de ligne », insiste-t-il pour clore la polémique « idéologique ».

Toujours républicaine, laïque, à la fois ouverte au monde et communautaire « au bon sens du terme », la revue renait de ses cendres et passe à six numéros par an, soit un par trimestre, auxquels s’ajoutent deux hors-série, avec un tirage de quelque 4.000 exemplaires, vendus sur abonnement principalement et en kiosque.

« A la différence de Regards (où Salomon Malka a d’ailleurs tenu pendant de longues années la chronique “Malkaseltzer”, NDLR), qui est une revue engagée, nous nous adressons au mainstream de la communauté, en donnant la parole aussi bien à des Juifs religieux qu’à des Juifs laïques, à des sionistes, comme à des bundistes, à des Juifs de droite comme de gauche, partisans de Sarkozy comme de Hollande », précise-t-il. « Nous constituons un espace de dialogue sur les grands thèmes de la société juive et de la société française, sans créer d’antagonismes entre les uns et les autres. Nous sommes une sorte de “service public” et notre rôle en tant que revue juive au sein de la communauté est de faire vivre le débat ».

L’écran et l’écrit, ensemble

Tout en jugeant nécessaire un développement sur le Net, Salomon Malka se dit « homme de l’écrit ». « Nous avons décidé finalement de maintenir la version papier en comprenant que les gens avaient besoin de thèmes de réflexion, d’enquêtes et de dossiers fouillés », souligne-t-il. « Nous avons déjà réalisé un dossier sur les Juifs d’Algérie, un autre sur les Juifs américains, un autre encore sur Jérusalem ou sur Pierre Mendès France avec une interview exclusive. Notre dernier hors-série “Parcours de femmes” a fait bouger les choses en France », se réjouit le rédacteur en chef qui affirme : « L’écran et l’écrit doivent se soutenir l’un, l’autre. Le pari de la presse écrite dans sa globalité est aujourd’hui de se trouver un avenir. Sans mener la bataille, nous sommes sûrs de ne pas la gagner… ».

Le numéro d’octobre donnait la parole à Daniel Cohn-Bendit en traitant de l’Europe. « C’est la première fois qu’il s’explique sur son judaïsme, et je suis très fier de cette interview, même si elle me vaut autant de critiques de la gauche qui n’apprécie pas mon édito consacré au Bund, que de la droite qui ne comprend pas que l’on mette en couverture une personnalité qu’elle juge hostile à Israël ».

Le prochain hors-série, à paraitre fin novembre, s’intéressera à Ariel Sharon et Shimon Peres, deux pionniers d’Israël, enfants de Ben Gourion qui ont tous les deux rejoint le parti Kadima en fin de vie. « Le financement du FSJU me laisse libre d’exprimer mes opinions », assure encore Salomon Malka. « Jusqu’ici, tout va bien… ».

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