Schitz de Hanokh Levin au Théâtre Les Tanneurs

Mise en scène par David Strosberg, la pièce Schitz de l’auteur israélien Hanokh Levin sera jouée au Théâtre Les Tanneurs du 19 au 23 janvier 2016. Dans cette pièce où une famille veut marier sa fille comme on rentabilise un produit, Hanokh Levin dénonce l’obsession de l’argent, l’égoïsme et la veulerie, mais il montre également la fragilité des êtres.

Hanokh Levin, le dramaturge israélien décédé en 1999, dresse le portrait d’une petite famille composée du père, de la mère, de la fille et du beau-fils. La repoussante fille, Shpratzi, veut un mari, la mère veut un professeur en Amérique et le futur beau-fils convoite l’argent du père. Le spectacle se laisse résumer en un slogan : plus rien n’a de valeur mais tout a un prix. « Une bonne affaire : deux femmes pour le prix d’une », dit Schitz, le père qui désespère de marier sa fille obèse. Comme dans la comédie italienne de Scolla, les Schitz sont affreux, sales et méchants. Mais le futur gendre qui se dit amoureux ne vaut guère mieux : il ne pense qu’à la dot, objet d’un marchandage des plus serrés.

Toute cette pièce est traversée par l’argent et la guerre. On apprend que le gendre en question a des affaires liées à la guerre et elles vont l’enrichir. « Ce lien entre business et guerre explique d’ailleurs pourquoi la dramaturgie classe la pièce Schitz dans la catégorie des pièces politiques de Hanokh Levin », fait remarquer le metteur en scène David Strosberg. « La guerre rode autour de cette famille et il est bien fait remarquer que les guerres répondent à des considérations économiques ».

La fille se marie mais sa famille veut à tout prix récupérer l’argent qu’elle a « investi » dans ce mariage. « Tout doit donc être rentabilisé », observe David Strosberg. « Le père est tellement obsédé par l’argent qu’il ne comprend pas pourquoi on ne peut pas rentabiliser le sommeil puisqu’en dormant, on perd du temps ! De la même manière, il évoque la somme de toute la viande de bœuf qu’il a ingurgité et il se demande où est passé l’équivalent de l’argent qui correspond à cette viande ».

Mais les Schitz ne sont pas vraiment méchants parce qu’ils portent une fragilité énorme. C’est que l’humour, ici, débridé, percutant, corrosif de Levin agit comme un révélateur des maux d’une humanité en perte de valeurs et de repères. Rien n’est épargné.

Difficile de ne pas évoquer la question de BDS et du boycott culturel quand on aborde la question d’une pièce d’un auteur israélien jouée en Belgique. D’autant plus que cette pièce possède une portée universelle.

Bien que ses pièces aient été montées et jouées dans des théâtres israéliens subventionnés come le Camri Théâtre de Tel-Aviv, il serait absurde d’envisager un seul instant le boycott des pièces de Levin. « L’œuvre théâtrale de Hanokh Levin est imprégnée d’une critique virulente de la réalité politique, sociale et culturelle de l’État d’Israël », souligne Nurit Yaari, spécialiste de l’œuvre de Levin, professeur de littérature à l’université de Tel-Aviv et directrice du département d’études théâtrales de l’université de Tel-Aviv. « Avec une acuité hors du commun, Levin n’a cessé d’interpeller ses concitoyens contre les conséquences nuisibles d’une occupation durable des territoires conquis ».

Pour David Strosberg qui monte cette pièce dans le théâtre qu’il dirige, la question du boycott ne se pose pas un instant.

Schitz a été écrit en 1975 et déjà Levin critique de manière féroce les liens entre le pouvoir, l’argent et la guerre. « Il parle d’ailleurs plus du capitalisme sauvage à venir que du problème de l’occupation », insiste David Strosberg qui avait déjà mis en scène Schitz au KVS en 2003 et au Théâtre de la Bastille à Paris la saison passée.

« C’est évidemment un auteur à ne pas boycotter. Je suis toujours très fier de présenter des auteurs portant un regard critique sur leur propre gouvernement et leur propre société même si c’est parfois très masqué comme dans l’œuvre de Levin », explique David Strosberg. « Il est donc très important de faire parler des voix israéliennes. C’est la raison pour laquelle je trouve l’idée de boycott culturel d’Israël… ridicule. Je connais des artistes israéliens qui ont du mal à monter leurs projets en Israël, et le les punir une deuxième fois en Europe à travers le boycott est pour le coup stupide. J’ai déjà accueilli dans mon théâtre le chorégraphe israélien Arkadi Zaides pour qui l’art est le reflet d’une réalité sociale et politique. A partir d’images répertoriées par l’ONG israélienne B’Tselem, il montre ce que font les colons israéliens. J’ai le sentiment que les promoteurs de BDS ne saisissent pas l’importance de ces artistes israéliens critiques ».

Et que dire l’hypocrisie de certains signataires de BDS qui accourent à Tel-Aviv pour se rendre à un festival du documentaire ! Il ne s’agit pas de faire parler un mort mais on imagine sans peine que Hanokh Levin se serait emparé de la question du boycott culturel s’il était parmi nous aujourd’hui.

Véritable satire aussi drôle que méchante, la pièce de Hanokh Levin réussit aussi surtout à montrer comment les questions économiques peuvent foudroyer une famille. A partir de cette famille horrible, Hanokh Levin parvient à toucher l’universel.

Du 19 au 23 janvier 2016 au THÉÂTRE LES TANNEURS. Rue des Tanneurs, 75 – 77 1000 Bruxelles. Infos et réservation : 02/512.17.84 www.lestanneurs.be

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