Lorsque les Juifs allemands et autrichiens furent contraints de quitter leurs pays, après l’avènement d’Hitler au pouvoir, un certain nombre d’entre eux émigrèrent en Palestine tentés par l’aventure sioniste ou attiré par un Orient fantasmé. Les Juifs allemands, les Yèke* apportèrent deux choses : le Bauhaus, courant artistique moderne d’architecture, entre autres, né après la Première Guerre mondiale, et le schnitzel.
Les architectes allemands membres du Bauhaus qui choisirent de s’installer en Palestine y trouvèrent un champ d’expérimentation inédit, de Haïfa à Tel-Aviv en passant par les kibboutz. Ils réussirent avec leur savoir-faire, leurs modèles architecturaux européens, à composer avec la réalité climatique, géographique, démographique, épousant ici et là, de nouvelles courbes et arabesques. Aujourd’hui, Tel-Aviv concentre le plus grand nombre de bâtiments Bauhaus au monde**.
Les Juifs allemands gardèrent certains us et coutumes de leur pays d’origine dont le traditionnel schnitzel, l’escalope panée. Le poulet et la dinde remplacèrent le veau et le porc du Wiener Schnitzel. Pas seulement pour la casherout. Le veau n’était pas élevé en Eretz Israel, mais principalement la volaille. Si le schnitzel est, au fil des décennies, devenu central dans la cuisine israélienne, toutes ethnies confondues, cela s’explique d’ abord par la rareté des fours, dans les années 30, dans la cuisine des ménagères. Il était donc obligatoire de cuire les plats faciles sur la gazinière. Une autre raison est le coût abordable de la volaille par rapport aux autres viandes, une conséquence des subventions accordées aux éleveurs de volaille depuis les années 50, de la Tsèna, période de rationnement (de 1949 à 59) jusqu’à aujourd’hui.
En hommage aux créateurs du Bauhaus en Israël qui ont construit de si belles maisons pour tout un chacun (c’était le cas en 1930 !) et respectueuses de leur environnement moyen-oriental, j’ai imaginé une salade entre salé et sucré, Orient et Occident, utopie et réalité, entre la betterave qui rappelle le passé diasporique et la pastèque, un présent qui mériterait d’être plus sucré.
* Yèke : mot désignant les Juifs allemands.
** Les maisons Bauhaus à Tel-Aviv sont classées au Patrimoine culturel mondial par l’UNESCO.
Salade Bauhaus – Tel-Aviv pour 4 personnes
· 4 filets de dinde (3 mm épaisseur)
· 3 œufs
· 2 verres de chapelure
· ½ verre de farine
· 2 càc de paprika doux
· sel, poivre
· Huile d’olive pour la friture
· 300 g de cubes de pastèque bien mûre
· ½ grenade
· 150 g de feta de brebis (facultatif)
· 300 g de jeunes pousses d’épinards
· ¼ de verre de pignons de pin
· 250 g de pois chiches
· 1 betterave rouge (crue) râpée
· 1 oignon rouge
Vinaigrette
· Huile d’olive
· Vinaigre de pommes
· 1 càc de curcuma
· sel, poivre
– Battre les œufs dans un bol.
– Verser un peu de farine dans une assiette plate ; la chapelure et le paprika doux dans une assiette creuse.
– Faire chauffer l’huile dans une poêle.Pendant ce temps, tremper les filets dans la farine, ensuite dans l’œuf battu, poivrer, saler, et les passer ensuite dans la chapelure.
– Lorsque l’huile est chaude, plonger la viande.
– Frire les deux côtés des filets jusqu’à ce qu’ils soient dorés.
– Déposer ensuite sur du papier absorbant pour éponger l’huile.
– Découper en morceaux (4 x 4 cm).
– Faire revenir à la poêle les pignons de pin. Réserver.
– Râper la betterave. Egrainer la grenade. Couper la pastèque en petits cubes. Réserver.
– Dans un saladier en verre, déposer la première couche, les pousses d’épinards. Au-dessus, les pois chiches. Ensuite, la betterave, puis la feta.
– Enfin, les graines de grenade, l’oignon coupé en fines lamelles, les tranches de schnitzel, et la pastèque sur les côtés.
– Garder au frais.
Bon appétit et bonnes vacances !
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