Sderot ou Sderocket

Du 27 avril au 5 mai 2013, une délégation européenne d’une centaine de militants de J CALL effectue un voyage en Israël et en Cisjordanie à la rencontre de responsables politiques et d’acteurs engagés dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Sderot, face à Gaza, est la première étape du voyage, l’occasion de rencontrer des militants associatifs conjuguant engagement social et combat pour la paix dans un contexte sécuritaire sensible.

En treize ans, 8.000 roquettes Kassam ont été tirées sur la ville de Sderot par les milices du Hamas et du Jihad islamique à Gaza. Le scénario est toujours le même : dès qu’un Kassam est lancé, l’alerte « Tzeva Adom » est donnée par une sirène et les habitants de Sderot ont 15 secondes pour rejoindre un abri.

Quand on se promène dans cette petite ville, on croise tous les 200 mètres un abri qui permet aux gens de se protéger. Certains de ces abris (des blocs de béton armé) sont couverts de graffitis ou de dessins. Sur un de ceux-ci, on peut lire : « Bienvenue à Sderocket » !

C’est dans cette ville déshéritée et oubliée de tous que Nomika Tzion a choisi d’agir. Nomika Tzion est un pur produit du mouvement kibboutznik : pendant des années, elle a vécu dans un kibboutz de l’Hashomer Hatzaïr et son grand-père, Yaakov Hazan, est un des fondateurs du MAPAM (parti socialiste marxiste israélien), ancien député de la Knesset et lauréat du très prestigieux Prix Israël en 1973.

Depuis seize ans, elle vit à Sderot où elle a participé à la création d’un kibboutz urbain. Ayant constaté que l’antagonisme entre le monde des kibboutzim et le « second Israël » des villes de développement avait pris des proportions insupportables pour un mouvement qui se veut égalitaire et socialiste, elle a décidé de s’installer dans une de ces villes de développement peuplées de Juifs originaires du Maroc, d’ex-URSS et d’Ethiopie.

Le kibboutz urbain de Sderot a mis en place un certain nombre de structures sociales, éducatives et coopératives au cœur même de la ville. De l’aide à la petite enfance à des structures s’occupant d’adultes handicapés, en passant par des projets culturels ou éducatifs.

« L’idée est de vivre selon les principes du kibboutz, mais dans un cadre urbain », précise Nomika Tzion. Et d’ajouter : « Non seulement nous réalisons des projets sociaux, mais nous nous efforçons de concevoir une vie fondée sur les principes égalitaires du kibboutz. Ce n’est pas simple, mais c’est une excellente manière de ne pas développer une approche paternaliste avec les populations fragilisées ».

Une autre voix

Face à la problématique préoccupante des tirs de roquettes que doivent subir les habitants de Sderot, Nomika Tzion a également choisi de ne pas rester les bras croisés. Elle fait partie d’un mouvement local d’Israéliens de la région de Sderot luttant contre la déshumanisation de l’Autre, le Palestinien de Gaza. Il s’agit de Kol Akher (Une autre voix). Ce mouvement est décidé à faire entendre une autre voix que les représailles militaires aux tirs de roquettes Kassam.

Il n’y a pas que des militants de gauche dans ce mouvement citoyen. Ainsi, Danny Lazar, un membre du kibboutz religieux Saad (situé à quelques kilomètres de Sderot et à 3,7 km de Gaza), milite activement au sein de Kol Akher. « Nous n’avons pas la prétention d’apporter une solution globale au conflit, mais nous voulons qu’il soit possible de parler avec des Palestiniens de Gaza », explique-t-il.

Le dialogue se fait essentiellement par téléphone ou par internet. Il arrive toutefois qu’une véritable rencontre s’organise. Danny Lazar n’est pas naïf et il est pleinement conscient que les Palestiniens de Gaza qui participent à cette initiative se mettent en danger. « Je ne suis pas confronté à ce risque », réagit Danny Lazar. « Dans mon kibboutz religieux, la majorité des membres ne me suivent pas sur cette question. On me prend pour un naïf qui vit en dehors de la réalité ».

Danny Lazar veut encore croire en la solution des deux Etats, même s’il craint que chaque jour qui passe soit un obstacle de plus à la concrétisation de cette solution au conflit. En dépit de ses doutes et de ses craintes, il en reste persuadé, c’est la seule solution qui peut garantir la raison d’être du projet sioniste : un Etat pour le peuple juif. Il n’y a pas d’alternative.

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