Séance d’improvisation avec Jean-François Zygel

Vous connaissiez l’homme de scène, de télévision ou de radio, le pédagogue génial qui transforme une émission de musique classique en rendez-vous avec le grand public. Jean-François Zygel est également compositeur, virtuose accompli et improvisateur. Entré au Conservatoire de Paris en 1976, il ne s’est pas fait attendre pour accompagner au piano les spectacles de théâtre ou les séances de cinéma muet. Ses prix et récompenses déferlent en une pluie de notes.

Que nous réservez-vous pour le concert de ce 21 novembre ?

Le 21 novembre prochain, j’aurai le plaisir de présenter certaines de mes compositions se situant dans l’influence de la cantilation hébraïque.

Comment la cantilation synagogale nourrit-elle votre musique ?

J’aime beaucoup le klezmer et je travaille souvent avec des clarinettistes comme Teddy Lasry et Philippe Berrod; j’adore aussi la chanson yiddish et je me produis souvent en concert avec la grande chanteuse Talila. Mais j’ai parfois le sentiment que l’on réduit trop souvent l’univers juif d’Europe de l’Est aux chansons yiddish et à la clarinette klezmer… Je me souviens aussi de mon arrière-grand-père Shalom Zygel qui fut hazan en Pologne (à Izbica et à Lublin), puis dans l’est de la France, et encore en Belgique, à Bruxelles et à Anvers, avant de partir pour les Etats-Unis où il est mort en 1936. Les quatre pièces que j’ai écrites pour violoncelle et piano, que jouera le jeune prodige du violoncelle Liav Kerbel, sont dédiées à cet aïeul que je n’ai pas connu, mais dont le souvenir me hante. C’est d’ailleurs le seul musicien de la famille avec moi…

D’où tirez-vous votre inspiration ?

J’adore écouter des vieux disques de hazanim des années 30 aux années 50. La richesse de l’ornementation, la variété des couleurs vocales, la finesse des émotions exprimées, le fait d’être capable d’improviser à partir de mélodies traditionnelles, tout cela me fascine.Etant par ailleurs autant pianiste-improvisateur que compositeur, je préfère, lorsque je joue en concert, laisser aller mon imagination à partir de mélodies traditionnelles, ou de standards de la musique classique, plutôt que d’interpréter note à note une partition ancienne. Dans mes improvisations, je mêle à l’influence de la cantillation synagogale mon amour de Bach et de Schubert.

Pour en revenir à cette référence à la hazanout, ayant été élevé dans un univers de musique classique et ne parlant pas l’hébreu, il m’est plus naturel de transposer les techniques vocales des hazanim aux instruments proches de la voix humaine (le violoncelle, l’alto, la clarinette). Au fond, comme le dit si bien Talila dans un de ses textes, « j’ai l’impression que je réinvente pour ne pas oublier »… 

Quels sont vos autres univers musicaux ?

Il faudrait aussi parler de musiques plus « contemporaines », ainsi que du jazz, puisque j’ai souvent l’occasion de partager la scène avec des musiciens de jazz comme les pianistes Antoine Hervé et Andy Emler, le violoniste Didier Lockwood ou le saxophoniste Didier Malherbe…

On a vu, cet été, deux pianistes (dont vous) musicalement s’affronter sur un terrain de tennis à Royan, on ne peut que sourire devant votre dernier CD Double messieurs, voyez-vous les duos comme un sport, une compétition, un jeu, du partage, de la dérision ?

Pour ce qui est de l’humour de mes « matches amicaux » avec Andy Emler à Royan ou avec Chilly Gonzales pour Mezzo et sur Youtube, n’y voyez aucune « dérision », mais simplement la conviction que l’humour est une des voies d’accès privilégié à la compréhension du monde et des autres…

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