Shaï Reshef, le héraut de l’université en ligne gratuite

L’entrepreneur israélien a lancé voilà quatre ans l’Université du peuple, pour offrir un diplôme académique aux plus démunis et favoriser le dialogue interculturel.

Shaï Reshef a le triomphe modeste. Et pourtant, cet entrepreneur israélien a réussi un pari impossible : lancer la première université à but non lucratif sur Internet. Basée à Pasadena, en Californie, son Université du peuple (UOP, University of People), qui fête cet automne sa quatrième rentrée, est déjà parvenue à enrôler 1.500 étudiants issus de plus de 130 pays. Exigeant moins de 50 dollars de frais d’inscription (seuls les examens vont commencer à devenir payants pour les moins démunis), l’UOP permet aux internautes anglophones de préparer au choix une licence de gestion ou d’informatique, deux diplômes « passe-partout » sur le marché du travail.

Dispensés par 2.900 enseignants, tous bénévoles, les cours -qui reposent sur des contenus disponibles sur le Net- sont téléchargés à la demande. Afin de ne pas pénaliser les étudiants des pays en développement, où les connexions à haut débit peuvent faire défaut, l’UOP ne s’appuie pas sur des contenus audio ou vidéo; mais les étudiants doivent prendre part à des groupes de discussion pour valider les enseignements.

« Dans chaque classe, on compte ainsi vingt étudiants venus de vingt pays différents : du coup, un étudiant africain ou vietnamien peut se retrouver à épauler un camarade de classe allemand », préciseShaï Reshef, qui se prévaut d’appliquer le concept du réseau social au monde universitaire.

Dialogue interculturel

L’éducation en ligne est un champ que l’entrepreneur de Tel-Aviv, âgé de 57 ans, laboure depuis de nombreuses années. Après avoir participé au lancement de la première université en ligne payante (en dehors des Etats-Unis), ce diplômé en politique chinoise a recherché un « business model »permettant à la fois de démocratiser les formations assorties d’un diplôme et de favoriser le dialogue interculturel.« Parmi nos étudiants, on compte aussi bien des rescapés du génocide des Tutsi, que des survivants du tremblement de terre de Haïti. Nous n’offrons pas une alternative à Harvard, mais une alternative pour tous ceux qui n’ont pas le choix », pointeShaï Reshef.

Le promoteur de l’UOP se fait d’ailleurs un point d’honneur à préciser que son projet ne revêt pas un caractère israélien, mais bien une dimension internationale, afin de ne pas dissuader les candidats des pays arabes. Shaï Reshef ne s’interdit pas pour autant de mettre en avant sa connaissance du monde moyen-oriental. C’est ainsi que l’UOP a signé voilà quelques mois un accord de coopération avec ASAL, l’une des plus importantes sociétés du secteur high-tech de Ramallah, en Cisjordanie, dans le but d’explorer la possibilité d’ouvrir un « back office » dans la région.

Une certitude : l’Université du peuple ne laisse pas indifférent. Après avoir reçu l’appui des Nations Unies, de Yale ou de New York University, le projet de ShaïReshef, d’un coût total de 4,5 millions d’euros, vient d’obtenir le soutien des fondations Hewlett, Bill et Melinda Gates, sans compter Google… La prochaine étape ? Se faire accréditer par une institution reconnue par le gouvernement américain. Histoire d’assortir son diplôme d’un label officiel de qualité.

« Hebrew University » rejoint la plate-forme Coursera

La vogue des « MOOC » ou « Massive Open On line Courses » n’épargne pas Israël. Dernière annonce en date : l’arrivée de l’Université hébraïque de Jérusalem sur la plate-forme Coursera. Ce projet, l’un des plus ambitieux au monde dans le domaine de l’éducation en ligne, vise à offrir aux étudiants du monde entier un accès aux cours des meilleures universités. Fondée par deux professeurs de sciences de l’informatique de l’Université de Stanford, Coursera compte déjà 33 institutions académiques. Pour sa part, l’Université hébraïque offrira trois cours aux internautes : une introduction à « l’Ingénierie des tissus » dispensée par le professeur Yaakov Nahmias, une leçon sur le « Mysticisme européen et la pensée psychologique », par le professeur Jonathan Garb, ainsi qu’une présentation dédiée aux « Synapses, neurones et cerveau », par l’universitaire Idan Segev. Près de 6.000 étudiants israéliens ont adhéré au concept Coursera qui offre 200 cours à 1,3 million d’étudiants recrutés dans 196 pays (dont 40% aux Etats-Unis).

]]>