Shalom Havera

Je vais terminer l’année par une note optimiste et positive. Une fois n’est pas coutume. Les temps sont trop durs pour se laisser abattre. « Etre ou ne pas être » est assurément une question juive tant notre survie tient du miracle. Les Aman et autres Nemmouche ont beau tenter de nous effacer de la carte, nous sommes toujours là… certes, en nombre réduit, mais bien là. Et non sans brio.

Que serait, en effet, notre Humanité sans notre petit grain de sel juif ? Assurément très fade. Est-ce à dire que tout va bien ? Certes, non… l’ardent sioniste que je suis désespère jour après jour d’un gouvernement israélien qui surfe sur les peurs pour ne pas devoir faire la paix. Pourtant, toutes les conditions semblent réunies pour s’essayer à la paix des Braves. Jamais le monde arabe n’a paru aussi peu menaçant. Jamais aussi le gouvernement israélien n’a paru aussi peu clairvoyant; sa politique se résumant à des effets d’annonce destinés à provoquer l’ire de la communauté internationale.

Est-ce par hasard si le moindre projet de construction est claironné tous azimuts ? L’idée est d’une simplicité biblique : démontrer une fois pour toutes aux Israéliens comme aux Juifs de diaspora, l’hostilité intrinsèque du Monde envers Israël. La vérité est pourtant bien plus complexe, si l’on songe aux récents accords signés entre Israël et l’Union européenne. Isaac Franco feint de l’ignorer, lui qui ne cesse d’ânonner, semaine après semaine, que l’Europe serait viscéralement antisioniste ! Personnellement, je ne pense pas qu’Angela Merkel s’inscrive dans ce schéma paranoïaque. A quand, toutefois, la troisième intifada qui nous aliénera définitivement nos derniers soutiens ?

Autre question à 1.000 francs : comment le pays de la « Révolution technologique permanente » en est-il arrivé à se confier à d’aussi calamiteux leaders politiques ? Cette terrible constatation ne peut que m’amener à me réjouir de notre leadership communautaire. Je songe évidemment à l’équipe réunie autour de Maurice Sosnowski qui réalise, à mes yeux, un véritable sans faute. Jamais, en effet, depuis près de vingt ans, depuis l’époque des Susskind, Pardes et autres Teitelbaum, notre communauté ne s’est trouvée aussi justement représentée, défendue et respectée. La recette ? Une présidence, certes, combative, mais dénuée de toute tendance paranoïde. Cette présidence sans langue de bois, mais courtoise explique sans aucun doute l’image (enfin) restaurée d’un CCOJB qui oblige nos dirigeants à participer à ses dîners. Après Yves Leterme, il revint ainsi à M. Di Rupo d’écouter certaines vérités pas toujours plaisantes à entendre. Car Maurice Sosnowski n’a rien du Juif de Cour ou du ligueur factieux. Son secret ? Assurément, une certaine prise de distance envers sa fonction. C’est que notre Herr Doktor Professor n’est pas né, comme bien de ses prédécesseurs, avec le CCOJB. Sa carrière, il l’a bâtie en dehors du champ communautaire; d’où sa capacité à servir sa communauté plutôt qu’à s’en servir comme strapontin. Il y a lieu d’espérer que son successeur aura les mêmes dispositions. Ce qui est sûr est que sa présidence sera à marquer d’une pierre blanche. Imaginez du peu : c’est durant son mandat qu’après la Ville de Bruxelles, l’Etat belge a reconnu, enfin et non sans mal, sa part de responsabilité dans le processus de destruction des Juifs de Belgique.

On pourrait en dire tout autant de Julien Klener, le président du Consistoire central israélite de Belgique. Cet autre intellectuel d’exception a su tout autant s’effacer derrière sa fonction. Ce féru des langues, mortes comme vivantes, est bien placé pour savoir, avec Schopenhauer, que dans « presque toutes les langues… le mot pour dire vanité, vanitas, signifie vide, néant ».

Mon relatif optimisme s’explique aussi par le dynamisme d’une communauté qui a su se doter d’institutions d’exception. Je ne songe pas seulement à notre cher CCLJ et ses centaines d’activités annuelles, mais à ses mouvements de jeunesse de toutes obédiences et, davantage encore, à son réseau d’écoles juives. Je ne connaissais Beth Aviv qu’à travers l’expérience de mes nièces et neveu et je dois vous avouer que la réalité a dépassé toutes mes espérances. J’ai eu, en effet, la chance d’y inscrire ma fille en catastrophe et c’est, aujourd’hui, un véritable crève-cœur que de la voir repartir vers d’autres cieux. C’est que cette école d’exception a été pour elle une formidable expérience de vie. Que ses directrices, passée et présente, que ses deux maîtresses, que ses amies et copains, que leurs parents soient tous remerciés d’avoir su accueillir une petite fille quelque peu bousculée par les aléas de la vie. C’est sûr, Emmanuelle sera marquée à tout jamais par son expérience bethavivienne. Soyez-en tous remerciés. Elle ne vous oubliera pas ! 

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