Ceux qui espéraient qu’avec la mort d’Ovadia Yossef, les dérives verbales des ultra-orthodoxes allaient diminuer en sont pour leurs frais. Son successeur, Shalom Cohen est aussi raciste et misogyne que lui. Sinon davantage
Certes, ce 7 octobre 2013, l’annonce de la mort, à 93 ans, d’Ovadia Yossef avait traumatisé les Haredim (« Craignant- Dieu). N’était-il pas depuis 30 ans, le « chef spirituel » du parti ultra-orthodoxe sépharade Shass ?
N’avait-il pas été auparavant une autorité dans le domaine de la loi juive et des études talmudiques ? Rien d’étonnant donc à ce qu’ils aient été plusieurs centaines de milliers à suivre ses funérailles.
Mais, sans nul doute, nombre de dirigeants du parti avaient aussi dû pousser un –discret- soupir de soulagement. Enfin, c’en était fini des sorties intempestives du Grand Homme. Non qu’ils en aient condamné le fond mais parce qu’à force, elles abîmaient l’image de leur parti.
A qui O. Yossef ne s’en était-il pas pris ? Aux Arabes, bien sûr (« qui pullulent à Jérusalem comme des fourmis »), à Mahmoud Abbas («que la peste le frappe ! », aux non-Juifs d’une façon générale:
« Ils n’ont aucune place dans ce monde sauf celle de servir le peuple d’Israël. » Quoique pas tout le peuple. Pas les non-Sépharades : «Tous les problèmes viennent des Ashkénazes». Ni les Juifs non-croyants. Ni les libéraux. Ni les sionistes-religieux (« Des goyim qui cherchent à abolir la Torah».)
Ni les femmes ni les victimes de la Shoah («des âmes pécheresses réincarnées qui devaient expier par ce biais»). Mais ce rejet de l’ensemble de l’humanité non ultra-orthodoxe sépharade n’était que la face visible du véritable empire qu’O. Yossef s’était créé.
Politique d’abord : dès sa création en 1984, le Shass a fait partie de toutes les coalitions qui ont dirigé Israël. Les 11 ou 12 élus qu’il obtient à chaque scrutin obligent tous les politiciens israéliens à le courtiser.
Financier aussi grâce à son organisme de certification de la cacherout. Dans chaque ville d’Israël, c’est le rabbin en titre qui décide quel produit est cachère. Un droit qui se paye cash et qui rapporte des millions de dollars.
Et, voyez comme le monde est bien fait, O. Yossef a installé ses cinq garçons à la tête des rabbinats des principales villes du pays. Mieux, en juillet 2013, il a imposé son fils, Itzhak Yossef comme Grand Rabbin Sépharade d’Israël.
Rien de spécial à ses yeux : le «chef spirituel » considérait son parti comme une affaire de famille : on progressait dans la hiérarchie, on obtenait un poste, y compris de député, selon soit un lien familial soit la soumission à son autorité.
La créature se retournerait-elle contre son maître ?
C’est dans ce contexte qu’a commencé, du vivant même de Yossef, la guerre de succession pour son poste et pour celui de chef du Parti. Celui-là, le vieil homme le destinait depuis bien longtemps à son favori, Arié Deri.
Souci, celui-ci avait été condamné en 2000 pour corruption : trois ans de prison ferme et sept d’inégibilité. Yossef avait donc été contraint de le remplacer par un nommé Eli Yishaï dont les résultats l’ont de moins en moins satisfait.
Non seulement, lors des dernières législatives de janvier 2013, le nombre de députés du Shass a stagné à 11 élus mais en plus, le parti s’est, pour la 1ère fois depuis longtemps, retrouvé dans l’opposition au profit des sionistes religieux de « Maison Juive », leur ennemi juré.
Ni une ni deux : en mai 2013, O. Yossef a rendu le parti à Arié Deri qui avait purgé toutes ses condamnations. Cela a d’ailleurs été son dernier grand acte politique avant son décès six mois plus tard.
Nouvel affrontement entre Deri qui, pour le remplacer, soutenait le rabbin Shalom Cohen et Yishaï qui poussait Shlomo Amar, un ancien Grand rabbin d’Israël. Manœuvres, magouilles, pressions jusqu’à ce qu’enfin, en avril de cette année, le Conseil des Sages désigne le candidat du 1er.
Ceux qui espéraient un renouveau « idéologique » du parti ont vite déchanté : le nouveau « chef spirituel », Shalom Cohen, 83 ans, considéré comme bien moins intelligent que son prédécesseur, est largement aussi conservateur et rigide que lui.
Et tout aussi nuancé : dès sa nomination, il s’en est pris aux « ignares de « Maison juive » qualifiés « d’Amalécites », un peuple que, selon la Bible, Dieu a exterminé pour sa cruauté envers les Hébreux…
Deuxième sortie, toute aussi dégoulinante d’amabilité, ce 23 juin envers les femmes, cette fois : « les femmes étudiantes ne devraient même pas songer à suivre des cursus académiques, quel que soit le domaine »
Une attaque dirigée directement contre les femmes de son propre parti parmi lesquelles la fille aînée d’O. Yossef, Adina, qui a fondé en 2001, avec l‘accord paternel, le « Collège de Jérusalem » qui compte 8.000 étudiants haredim, hommes et femmes.
Et aussi contre Yaffa Deri, qui dirige un autre institut supérieur et qui est la propre épouse d’Arié Deri. La créature se retournerait-elle contre son maître ? Tous ces dérapages devraient tout de même poser question aux Juifs orthodoxes dans leur ensemble.
Car il ne faut pas oublier que de tout aussi révoltantes dérives existent en face, chez les sionistes religieux et qu’on peut les lire, par exemple, dans ce torchon scandaleux qu’est « La torah du Roi »*.
Qu’en tant que laïcs, cela nous choque à l’égal des autres intégrismes, catholiques ou musulmans, va de soi. Mais est-ce vraiment l’image que les Juifs orthodoxes, par leur silence, semblent accepter d’eux-mêmes et de leur foi ?
* « La torah du Roi » est un livre d’un racisme répugnant, autorisant entre autres le massacre de bébés non Juifs « qui pourraient devenir un danger pour les Juifs »
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