Aux Etats-Unis, les idées, c’est bien, l’argent, c’est mieux. Surtout si l’on est candidat à la Présidence. En Israël, les idées, c’est bien aussi, un journal à soi, c’est mieux. Surtout si l’on veut devenir Premier ministre. Sheldon Adelson fournit les deux.
Prenez le palmarès que vous voulez, Sheldon Adelson y est bien classé. S’il concerne les riches, bien sûr : 16e rang mondial des milliardaires, 3efortune personnelle, 4edes Juifs les plus fortunés. Pas mal pour le fils d’un chauffeur de taxi ukrainien de Boston…
Adelson, 78 ans et encore beaucoup de dents, c’est donc une de ces réussites « à l’américaine » qui font rêver les pauvres du monde entier. Selon la légende, il aurait commencé sa fortune à 12 ans, en investissant ses économies dans une machine à bonbons.
Il tâtonne (matériel de salle de bains, conseiller en investissements, prêteur…) jusqu’en 1979. Là, c’est le jackpot : il fonde ce qui deviendra le premier salon mondial de l’informatique. Et le revend dix ans plus tard. Pour 800 millions de dollars.
Comme le savent tous les hommes d’affaire, c’est le premier milliard qui est le plus dur à gagner. Après, ça roule. Surtout quand, comme Sheldon Adelson, on se lance dans la construction de casinos ultra-modernes à Las Vegas, Macao ou Singapour.
Pourquoi parler de cette réussite financière là parmi tant d’autres, juives ou non ? Pas seulement parce qu’Adelson est un « généreux donateur » pour Israël (200 millions $ par an, tout de même). Là non plus, il n’est pas le seul.
Mais, parce que -et là encore, il est loin d’être solitaire- il est persuadé que son argent peut l’aider à imposer ses idées. Et il se pourrait bien qu’il ait raison. Adelson, par exemple, ne croit absolument pas à une coexistence entre Israéliens et Palestiniens.
A son avis, ces derniers sont des fanatiques et des menteurs avec qui il est inutile de négocier quoi que ce soit. Du coup, lorsqu’en 2007, Ehoud Olmert, alors Premier ministre, éprouve des velléités de dialogue, Adelson lui lance dans les pattes Israël Ha Yom.
C’est le premier quotidien gratuit à paraître dans le pays et le seul qui soit un soutien inconditionnel de Benjamin Netanyahou, alors dans l’opposition. Deux ans plus tard, en 2009, son ami « Bibi » devient Premier ministre.
Adelson et son épouse -israélienne- sont aux anges et au premier rang des invités lors de la cérémonie d’investiture. Quant à Israël Ha Yom, en 2011, il est passé au 1errang des quotidiens israéliens devant le longtemps indéboulonnable Yediot Aharonot…
« Le seul qui puisse sauver l’Amérique »
Mais si Dieu a donné deux mains à Adelson, c’est afin qu’il puisse aussi soutenir « son » candidat à la présidence des Etats-Unis. Un Républicain, cela va de soi. Barak Obama est bien trop « à gauche » en économie et trop mou sur le Moyen-Orient
Il n’avait que l’embarras du choix : à part l’excentrique Ron Paul, tous sont plus pro-Israéliens (entendez : pro-Netanyahou) les uns que les autres. Après avoir hésité un moment, Adelson choisit New Gingrich.
Un choix courageux : l’ex-président de la Chambre des représentants a lamentablement raté son entrée en campagne, il est seul, sans amis et sans argent. Mais, selon Adelson, qui le pratique depuis longtemps, il a « un potentiel ». Qui se transforme vite en réalité.
Car Gingrich, qui sait comment on joue à ce jeu là, prononce les paroles qu’il fallait. Pas celles de 2005, quand il « déplorait » la colonisation de la Cisjordanie. Et prônait la création d’un Etat palestinien si ceux-ci renonçaient au terrorisme.
A présent, en 2011, il clame que « les Palestiniens sont un peuple inventé qui faisait historiquement partie de la communauté arabe ». Et, précise-t-il, pour lever toute hésitation : « Si je suis élu, je me refuserai à exercer la moindre pression sur Israël ».
Voilà qui est parlé. Dix millions de dollars de dons plus tard, Gingrich emporte une victoire inattendue en Caroline du Sud. Ce qui en fait le seul vrai opposant à Mitt Romney. Bien sûr, depuis lors, le favori républicain l’a écrasé dans les primaires de Floride.
Mais aux yeux d’Adelson, son ami Newt est « le seul qui puisse sauver l’Amérique ». Et lui le seul qui puisse sauver Gingrich. Côté finances, aucun souci : après tout, même s’il est prêt à dépenser sans compter, Romney n’est « que » millionnaire…
Adelson a donc remis de l’argent au pot et Gingrich a lancé avec défi devant la presse : « Il reste 46 Etats (sur 50) et je me battrai aux primaires de chacun d’eux ». C’est peut-être aller un peu loin, mais Gingrich a encore des cartes à jouer.
Il faudra voir ce qui passe passera après le « Super-mardi » du 6 mars durant lequel pas moins de onze Etats choisissent leur candidat. Parmi eux, il y en a plusieurs du Sud où le discours « anti-élites » de Gingrich passe plutôt bien.
De toutes manière, la cinquantaine de millions $ qu’Adelson pourrait être amené à dépenser lui importe peu. Et, même si Gingrich finit par jeter l’éponge, il aura engrangé une capacité d’influence (voire de nuisance) non négligeable.
Elle jouera à coup sûr lors de la Convention républicaine du mois d’aout. Par exemple, pour le choix du vice-Président de Mitt Romney, qui pourrait bien être un inconditionnel du gouvernement israélien actuel. Et c’est ainsi que Sheldon Adelson est grand…
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