Le doyen des chefs d’Etat, Shimon Peres, quittera dans quelques semaines la présidence israélienne pour laisser la place à son successeur Reouven Rivlin. Retour sur la carrière du dernier des Pères fondateurs d’Israël qui après avoir longtemps suscité l’ambivalence sort par la grande porte.
Il est indéniable que la présidence de Shimon Peres à la tête de l’Etat a été le couronnement sinon l’apothéose d’une longue carrière politique au service d’Israël. Le vieux sage était autrefois un des « jeunes poulains de Ben Gourion » et il semble avoir conservé de cette époque révolue l’énergie et le volontarisme qui caractérisait alors l’esprit du temps. Cette énergie existe encore, notamment dans les domaines de la science et de l’innovation technologique, mais semble déserter la sphère politique. Peres est assurément un leader hors pair.
La carrière politique est une rude école pour les leaders israéliens, surtout en fin de carrière. Le cas de Shimon Peres est unique dans les annales de la vie publique israélienne. Il est bien le seul à avoir achevé sa carrière avec un tel consensus autour de lui en Israël comme dans l’arène internationale. La chance, en effet, a souri à Peres, contrairement à tous ses prédécesseurs : Rabin est mort assassiné, Golda Meïr et Begin ont démissionné, la première après la guerre du Kippour, le second après la guerre du Liban, Olmert s’est résigné après avoir été mis en examen pour cause de corruption, Eshkol est décédé dans l’exercice de ses fonctions, Sharon y a mis fin brutalement après son accident cérébral. Non seulement Shimon Peres ne s’est pas retiré de la politique comme l’a fait Ehoud Barak, mais il est resté aux commandes toute sa vie, même si dans ses dernières fonctions, le pouvoir était symbolique et honorifique. Une vie assurément bien remplie au point de se demander ce qu’il fera désormais.
Amende honorable
Ces cinq années à la tête de l’Etat d’Israël ont été pour lui et pour les Israéliens l’occasion de faire réparation. Peres, l’aurait-on oublié, a longtemps suscité ambivalence et antagonisme : il a été la bête noire de la droite dans les années 1980 et 1990, le taureau usé sur lequel on plantait banderille sur banderille. Il était fustigé comme l’homme de l’incertitude et de l’indécision : « Peres ken ve lo » (« Peres oui et non ») était le stigmate dont on l’avait affublé dans les années 1980. Ce slogan, il faut bien l’admettre, en disait moins sur Peres que sur l’état d’esprit des Israéliens : c’est nous qui étions incapables de reconnaître la complexité des choses qui exige nuance et prudence. Aujourd’hui encore, la tentation est fortement répandue de réclamer la manière forte afin qu’« une bonne fois pour toutes », on puisse « nettoyer », « trancher », « liquider » un problème de longue durée par une opération militaire expéditive. Cette absence de leadership n’a pas empêché ses adversaires du Likoud, dix ans plus tard, de lui reprocher tout le contraire, avertissant les électeurs que s’il était élu « Peres diviserait Jérusalem » et en concèderait une moitié à l’Etat palestinien.
Cette présidence de l’Etat a permis aux Israéliens de faire amende honorable sans doute. Mais n’a-t-on pas vite oublié qu’en acceptant ces fonctions présidentielles, Peres a manqué, malgré lui, l’ultime occasion de redevenir Premier ministre ? Elu président de l’Etat, Peres n’était plus disponible pour prendre le relais d’Olmert au lendemain de sa démission pour allégation de corruption, et c’est Tzipi Livni qui fut désignée pour le remplacer. Et si cela avait été Peres ? Ces supputations-là n’engagent que leur auteur. Aurait-il été l’homme de la situation ? Serait-il parvenu avec Mahmoud Abbas à compléter l’accord entamé avec Olmert ? Nul ne peut le dire, on peut seulement rêver. En revanche, c’est bien Shimon Peres qui n’a cessé, en Israël comme à l’étranger, de nous assurer que Netanyahou serait l’homme de la situation, le de Gaulle israélien capable de surprendre ses électeurs, voire de les trahir, comme l’avaient fait en leur temps Begin et Sharon, au nom de l’intérêt supérieur d’Israël. Peres s’est-il trompé ou bien a-t-il été manipulé ? Il ne s’est pas à ce jour prononcé sur l’échec de la négociation; il a tout de même accepté de rencontrer Mahmoud Abbas pour prier avec lui à la demande explicite du pape François.
Peres après Peres ?
En vérité, le mystère demeure : que deviendra Peres après Peres ? Nul n’imagine de sa part un retrait définitif, une retraite spirituelle, un retour à l’anonymat. Va-t-il écrire ses Mémoires ? Va-t-il continuer de s’exprimer sur la vie politique ? Sillonner le monde pour porter la bonne parole d’Israël en prenant soin de ne nuire ni à son successeur ni au Premier ministre? Peut-on espérer que dépourvu de fonctions officielles, Shimon Peres se libère des contraintes protocolaires pour dire ce qu’il pense et livrer sa version des événements d’hier et de demain sans le filtre habituel de l’autocensure ? Bref, se décidera-t-il à parler haut et fort, à parler-vrai ?
Car enfin, sans rien retirer de ses mérites, il reste, après plus d’un demi-siècle de présence dans la vie publique, deux ombres au tableau, deux passifs à son bilan : l’état de la paix et l’état de la gauche. Il n’est assurément pas le seul responsable, il n’en est pas non plus totalement indemne.
Sa complaisance à travailler avec la droite, ce fut son choix : en 2001, aux côtés de Sharon, puis en 2009 en décidant de rejoindre Kadima, abandonnant à son sort le Parti travailliste dont on ne sait plus s’il faut précipiter son agonie ou chercher à favoriser sa résurrection. Et la paix ? Sans chercher à refaire le bilan de Netanyahou et de ses prédécesseurs, qu’en est-il de l’opinion ? Est-elle aussi convaincue qu’on le prétend de sa nécessité morale et politique ? N’entend-on pas de plus en plus la ritournelle d’un « conflit insoluble » ?
Shimon Peres a été, en outre, un animal politique, un spécimen du parlementarisme israélien avec ce que cela implique de calculs, de combines, de promesses non tenues, de petites trahisons et de petits arrangements. Et cependant, épris de sciences et de lettres, il a rompu avec l’anti-intellectualisme dont un grand nombre de nos dirigeants se réclament avec fierté. Enfin, il a accompli son parcours sans être ni un sabra ni un soldat auréolé de la gloire militaire qui tient lieu de légitimité officieuse.
« Aux grands hommes la patrie reconnaissante », est-il gravé au fronton du Panthéon. Israël en tient un en la personne de Peres.
la citoyenneté israélienne. On peut contester la pertinence de sa solution d’un Etat unique sous la houlette d’Israël, pas la cohérence morale et politique qui l’anime et qui force l’admiration. La plupart de ses camarades du Likoud, après tout, s’accommodent du statu quo actuel, pourvu que la domination et la discrimination israélienne se poursuivent.
est d’être politiquement plus à droite que Netanyahou qui proclame sur le papier son consentement à la solution de deux Etats. Cependant, Rivlin a maintes fois déclaré qu’il s’inclinera devant toute décision du gouvernement et du parlement
préconisant un retrait territorial, comme il l’a effectivement prouvé lors du désengagement de la bande de Gaza.