Bien sûr, aux Etats-Unis, comme ailleurs, toutes les voix se valent. Mais certaines sont plus égales que d’autres. Comme celles des femmes, surtout en fonction de l’Etat où elles votent. Et, parmi elles, les Juives jouent un rôle non négligeable.
Pour comprendre l’importance du vote des femmes aux Etats-Unis, il faut savoir qu’elles constituent 53% du corps électoral. Et que, dans un pays où le taux d’absention tourne autour de 45%, 60% d’entre elles vont voter (56% des hommes).
D’autre part, il faut tenir compte du fait que le vote de 40 des 50 Etats du pays est déjà connu. Ainsi, la Californie votera-t-elle démocrate comme elle le fait depuis 1992 et l’Alabama soutiendra les Républicains ainsi qu’elle en a coutume depuis 1980.
On sait donc à qui iront leurs « Grand Electeurs »*, ceux qui éliront le prochain Président. Ce sont donc les votes des « swing states »* (Floride, Colorado, Ohio …) qui joueront un rôle vraiment crucial.
Or, les femmes, qui avaient déjà fait élire Obama en 2008 (à 56% contre 43 au sénateur Mac Caïn) soutiennent toujours l’actuel Président. Au niveau national (+ 19 %) comme dans ces Etats « disputés » (+ 18%).
Pourquoi ce choix ? Pour une part, grâce à l’indéniable charisme de B. Obama et de Michelle, son épouse. Mais croire que cela constitue la raison essentielle serait faire insulte aux Américaines.
Selon toutes les enquêtes, si elles ont voté démocrate en 2008, c’était pour le programme économique d’Obama. Et, même s’il n’a pu tenir toutes ses promesses, elles préfèrent toujours ses idées à celles de l’ultra-libéral Mitt Romney.
Autre cause majeure : une majorité de femmes considèrent que le Parti républicain mène une guerre contre elles. Comme l’explique Stéphanie Cutter, une responsable démocrate : « Elles croient que Romney ne les comprend pas et ne se soucie même pas d’essayer ».
C’est que son glissement vers la droite religieuse a entraîné le Parti républicain à adopter un programme anti-femmes dans nombre de domaines : fin des avantages que leur apporte la réforme de santé (« Obamacare »), fin du financement des plannings familiaux.
Mais aussi le droit accordé aux employeurs (qui payent en général les soins de santé de leurs employés) de leur refuser une « couverture contraception ». Et surtout, le refus de l’avortement.
En ce domaine, Mitt Romney est un peu plus ouvert que son parti, puisqu’il tolère -du bout des lèvres- l’IVG en cas de viol ou d’inceste. Mais il est bien seul. Son parti et surtout son colistier, Paul Ryan, campent, eux, sur des positions bien plus dures.
Aucun avortement pour aucune raison. Même pour sauver la vie de la mère, même en cas de viol. Soutien à une loi considérant un ovule fécondé comme un être humain. Limitation de la définition du viol avec la notion de « viol contraint » ou « viol véritable »…
Les Juifs votent d’abord en tant qu’Américains
Et les femmes juives là-dedans ? Là, il faut voir que, bien qu’ils ne constituent que 2% de la population, le vote des Juifs pèse lourd. Avec les Noirs, leur communauté est une de celles qui votent le plus.
Et ils sont en majorité regroupés dans des Etats-clés importants comme, par exemple, la Floride. Or, 78% de l’ensemble des Juifs ont voté Obama en 2008. Et davantage encore les femmes : 67% pour 55% des hommes.
C’est qu’elles sont en général plus « à gauche » que leurs homologues masculins, y inclus, bien sûr, quant aux droits des femmes à disposer de leur corps. Mais pas seulement : les Juives religieuses, par exemple, votent aussi en majorité pour Obama.
C’est qu’à leurs yeux, un pan majeur du judaïsme réside dans la lutte pour une société plus juste. Souvent engagées dans les activités communautaires, dont l’aide aux plus démunis, elles ne se reconnaissent guère dans le programme économique républicain.
Reste l’attitude des candidats par rapport à Israël. Et, certes, Obama soutient moins l’actuel gouvernement israélien que Romney. Mais si 67% Juifs américains se disent « proches d’Israël » (29% « très proches »), seuls 22% d’entre eux considèrent qu’il s’agit d’une priorité électorale.
D’après un sondage récent, une nette majorité des Juifs (54%) s’intéresse d’abord à l’économie, puis à l’assurance-santé (11%), l’énergie et le terrorisme (5%). Israël ne vient qu’ensuite avec 3% des réponses.
Ce qui signifie que les Juifs ne votent pas en tant que tels, mais en tant qu’Américains. Avec les mêmes préoccupations que leurs concitoyens. Les positions d’Obama sur le Moyen-Orient n’ont donc qu’une influencée limitée sur leur choix.
En 4 ans, elles ne lui ont coûté que 8 points dans la communauté : 70% des Juifs voteront démocrate ce 6 novembre. Dont 80% des femmes.
Cela dit, aucune élection n’est jouée d’avance. Mais, sauf bouleversement inattendu, il semble bien que Barack Obama devrait conserver son poste. Si c’est le cas, ce sera en bonne part grâce au vote des femmes. Et dans une mesure non négligeable, celui des Juives…
*Aux Etats-Unis, les électeurs votent pour de « Grands Electeurs » qui élisent à leur tour le Président. Ces derniers sont au nombre de 538 (le nombre de sénateurs et de députés de chaque Etat) et la majorité nécessaire est de 270.
Si le vote avait lieu aujourd’hui, Obama écraserait Romney par 316 Grands Electeurs contre 206.
** « Swing states » : les Etats « indécis » ou « disputés ». Ceux qui ne votent pas automatiquement pour un des deux grands partis et qui décident donc de l’élection. Il y en a une dizaine et, à l’heure actuelle, selon les sondages, Obama l’emporte dans 9 d’entre eux.
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