Le Procureur du Roi a requis six mois de prison ferme contre Dieudonné devant le Tribunal correctionnel de Liège pour avoir tenu des propos discriminatoires, antisémites et négationnistes lors d’un spectacle à Herstal le 14 mars 2012. L’affaire est en délibéré. Le jugement sera rendu le 25 novembre prochain.
Tout a commencé à Herstal en 2012 lorsque Dieudonné est invité par les jeunes du comité de quartier de Bressous-Droixhe à présenter son spectacle à La Fabrik de Herstal. Le Foyer culturel juif de Liège fait alors savoir à Frédéric Dardenne, le Bourgmestre de Herstal, que cette initiative est regrettable. « Frédéric Dardenne a pris contact avec moi pour m’indiquer qu’il est dans l’impossibilité d’interdire ce spectacle, la salle étant privée », explique Guy Wolf, Président du Foyer culturel juif de Liège.
Le Directeur-adjoint du Centre pour l’égalité des chances de l’époque, Edouard Delruelle, et Guy Wolf suggèrent alors au bourgmestre d’Herstal d’envoyer des policiers au spectacle de Dieudonné pour qu’ils l’enregistrent. Si des infractions à la loi belge sont commises, ils pourront ainsi dresser un procès-verbal. Le bourgmestre d’Herstal marque son accord : des policiers assistent au spectacle, l’enregistrent et le retranscrivent intégralement ensuite.
Après avoir écouté le spectacle et lu sa retranscription, Edouard Delruelle considère qu’il y matière à poursuites. Un procès-verbal initial est dressé et communiqué au parquet. « Le Foyer culturel juif de Liège a immédiatement écrit au Parquet pour signaler qu’il tient à être informé », souligne Guy Wolf. « Suite à cela, un officier de la police fédérale en a hélas conclu qu’il y aucun fait qui constitue véritablement une infraction à la loi. Il y a donc deux avis contradictoires, celui du Centre pour l’égalité des chances et celui de la police fédérale ». Le Parquet a donc classé sans suite l’affaire après deux ans.
Regrettant cette décision, le Foyer culturel juif de Liège décide alors de réagir en lançant une citation directe. « Il s’agit d’une procédure qui permet de poursuivre une personne directement devant le tribunal correctionnel sans passer par le Parquet », fait remarquer Guy Wolf. « Mais nous voulions aussi nous assurer que le Procureur du Roi nous appuierait dans cette démarche même s’il n’était plus à l’initiative des poursuites. Il réexamine le dossier et décide de citer Dieudonné et nous fait savoir que notre citation directe n’est plus nécessaire ». Une commission rogatoire est envoyée en France pour auditionner Dieudonné qui nie tout et prétend ne se souvenir de rien.
Le procès se tient en ce mois d’octobre 2015 et Dieudonné ne se présente pas au Tribunal correctionnel de Liège. Le Parquet a requis six mois de prison et une amende de 1.000€. Les avocats du Foyer culturel juif de Liège, du Comité CCOJB et du Centre pour l’égalité des chances ont également plaidé.
« Le juge est réputé pour être compétent », estime Guy Wolf. « Quel que soit le sens de son jugement, je pense qu’il motivera bien sa décision. S’il condamne Dieudonné, sa motivation solide peut être une bonne chose au regard de la jurisprudence ».
On peut regretter que le Centre pour l’égalité des chances se soit montré frileux dans cette affaire en dépit du rôle déterminant joué par son ancien directeur-adjoint, Edouard Delruelle, dans les poursuites contre Dieudonné. « Le Centre pour l’égalité des chances n’est intervenu qu’une fois l’affaire en cours et qu’il y avait déjà des parties civiles », regrette Guy Wolf. « C’est dommage car Edouard Delruelle avait fait voter par le Conseil d’administration du Centre pour l’égalité des chances une constitution de partie civile dans le dossier Dieudonné. Le successeur d’Edouard Delruelle a malheureusement mis du temps pour reprendre ce dossier ».
Le jugement sera rendu le 25 novembre 2015.
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