A l’initiative des Amis de la Morale laïque de Jette et du CCLJ, une table ronde sur le thème du « vivre-ensemble avec nos différences » fut organisée le 8 novembre à la bibliothèque de Jette. Comme à l’accoutumée, la parole fut donnée à la salle après que les différents orateurs se furent succédé en insistant à chaque fois sur l’importance de la laïcité. Une personne fit alors remarquer que ces soirées sur la laïcité et le vivre-ensemble étaient très sympathiques mais qu’elles ne contribuaient en aucun cas à changer les choses, dans la mesure où des convaincus s’adressent à un public de convaincus ! Peut-être. Mais comment peut-on savoir avec tant de certitude que seuls des convaincus ont assisté à cette soirée ? A leur couleur de peau ? A leur tenue vestimentaire ? A l’absence de chahut pendant les interventions des orateurs ? Soyons sérieux. De nombreux convaincus de la laïcité affichent un esprit de renoncement s’inscrivant difficilement dans l’histoire du mouvement laïque. Si l’extrémisme religieux radical fait l’unanimité contre lui, on constate en revanche que des traditions rétrogrades parviennent à pénétrer des institutions publiques comme l’école ou l’hôpital, avec l’assentiment de laïques convaincus qui n’y voient là aucune régression mais plutôt des pratiques religieuses ou culturelles dont ces institutions doivent s’accommoder. Dans certains cas, seul le Pape et ses positions réactionnaires sur les questions de société réussissent à les faire sortir de leur léthargie. La polémique autour de la présence de Tariq Ramadan sur le campus de l’Université Libre de Bruxelles a d’ailleurs parfaitement mis en évidence les divisions au sein des convaincus de la laïcité.
Sommes-nous encore en présence de convaincus lorsqu’on aborde la question de l’homosexualité ? Le témoignage de Michel Duponcelle, coordinateur de Tels Quels, association des gays et des lesbiennes, n’incite guère à répondre par l’affirmative. C’est face à des classes de morale laïque qu’il a paradoxalement été confronté à des propos très homophobes. De la même manière, ce sont ses parents, plutôt bohèmes, artistes et très ouverts sur l’homosexualité, qui ont vu le ciel tomber sur leur tête lorsque leur fils leur a annoncé qu’il était homosexuel. Il existe une autre catégorie de convaincus de la laïcité qui mérite que l’on s’y attarde un instant : prompts à dénoncer vigoureusement le fondamentalisme religieux et les atteintes à la laïcité lorsqu’ils sont le fait de l’autre, ils passeront ceux-ci sous silence lorsqu’ils se manifestent à l’intérieur du groupe ou de la communauté auxquels ils appartiennent. Malheureusement, des Juifs appartiennent parfois à cette catégorie. Champions de la laïcité la plus conquérante lorsqu’il est question de l’islam, ils demeurent muets comme des carpes face au fondamentalisme et à l’intolérance de plusieurs franges du judaïsme. Ainsi, lors de l’édition 2006 du cycle Fraternité, des universitaires et des responsables associatifs d’origine musulmane ont dénoncé sans ambiguïté les traditions islamiques oppressantes. Certains Juifs « laïques » ont alors applaudi à tout rompre le CCLJ pour avoir invité ces intervenants critiques à l’égard de l’islam. En revanche, ils ne sont pas gênés pour reprocher ensuite aux dirigeants du CCLJ d’avoir également inclus dans le panel une journaliste israélienne qui dénonçait de la même manière le fondamentalisme religieux, minoritaire mais bien présent dans le judaïsme. Et c’est là que le CCLJ apparaît aux yeux de ces curieux convaincus de la laïcité comme un traître donnant du grain à moudre aux antisémites. Alors, sommes-nous toujours entre convaincus ? Pas vraiment. Tant que ceux qui ont une langue, une plume et un cerveau fermeront les yeux sur ce qu’ils sont censés refuser dans tous les cas de figure, nous ne serons jamais entre convaincus et le débat devra encore se poursuivre.