Lors de sa reconnaissance en tant que Centre de Ressources par la Fédération Wallonie- Bruxelles, le CCLJ s’est engagé à créer un nouvel outil pédagogique destiné à transmettre l’histoire de la Shoah aux élèves de l’enseignement primaire. C’est ainsi qu’est né le projet du livre Sophie, l’enfant cachée qui raconte l’histoire vraie de Sophie Rechtman. Véronique Ruff et Florence Caulier, auteures du livre, nous l’expliquent.
Le CCLJ propose depuis de nombreuses années des animations autour du thème « La haine, je dis NON ! » dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il a par ailleurs créé deux expositions (Destins d’enfants juifs pendant la Shoah et le Génocide des Arméniens) qui voyagent dans le réseau scolaire. Quelle est la genèse du livre que vous publiez à présent ?
Véronique Ruff : Nous pensions qu’il y avait très peu d’outils disponibles pour l’enseignement de l’histoire de la Shoah à des élèves du primaire à partir de 10 ans. C’est pourquoi nous avons décidé de créer notre propre outil pédagogique, soutenu également par la Fondation du Judaïsme de Belgique.
Florence Caulier : Sophie Rechtman qui collabore depuis de nombreuses années à notre programme nous est apparue la personne désignée pour raconter son histoire. Son vécu nous permet d’aborder l’histoire de la Shoah avec les plus jeunes en évitant d’aborder précisément l’horreur de l’extermination.
Quelle est l’originalité de ce livre ?
V. Ruff : Nous avons choisi de mettre en lumière l’histoire de Sophie, parce qu’elle raconte le destin d’une enfant cachée. Elle donne donc une voix aux enfants juifs cachés dans des familles non juives pendant la guerre, avec les difficultés de vie et les sentiments souvent confus qu’ils ont pu ressentir et ressentent encore 70 ans plus tard. A cet égard, notre livre ne s’adresse pas qu’aux enfants, nous pensons qu’il peut figurer dans toutes les bibliothèques, car il apporte un éclairage supplémentaire sur la souffrance des enfants cachés et son corollaire indispensable à leur reconstruction : que cette souffrance soit reconnue.
Fl. Caulier : Raconter aux enfants l’histoire d’une petite fille qui avait pendant la guerre environ leur âge les aide à se projeter plus facilement. Sophie est une petite fille qui vivait en Belgique, les faits se sont passés à Bruxelles, cette proximité géographique leur parle et rend les choses plus concrètes.
Comment la rédaction s’est-elle faite ?
V. Ruff : Sophie a été très touchée par notre proposition et a très vite marqué son accord à ce projet. Nous l’avons longuement inter-viewée en enregistrant son témoignage. Ensuite, nous avons opéré des choix dans la trame narrative et développé les événements qui nous paraissaient adaptés à un public d’élèves de 5e et 6e primaire. Nous avons imaginé les lieux, transcrit les émotions de Sophie. Chaque ligne a reçu son approbation, nous voulions que Sophie se retrouve pleinement dans notre mise en récit. Nous tenions aussi à faire un vrai album pour enfants, en misant sur le côté esthétique, tout en étant didactique.
Fl. Caulier : Nous avons fait appel à Audrey Elbaum pour les illustrations. Nous avons rencontré cette étudiante en BD à St Luc alors qu’elle accompagnait la JJL à Auschwitz, et ses croquis nous avaient impressionnées. Audrey possède un réel talent. A partir du texte, nous lui avons laissé carte blanche et les dessins qu’elle nous a proposés répondent totalement à notre souhait : ils apportent une dimension supplémentaire à l’histoire de Sophie, dans des tons ocres et des nuances de bleu gris, ils reflètent l’atmosphère de l’époque, l’isolement et la solitude de cette petite fille.
On relève dans cet album plusieurs niveaux de lecture…
V. Ruff : Après l’histoire de son vécu pendant la guerre, nous trouvions important de présenter son témoignage tel qu’elle l’exprime aujourd’hui. Nous l’avons conçu sous forme d’interview, en reprenant les questions que les élèves lui posent le plus souvent lorsqu’ils viennent l’écouter au CCLJ. Un lexique figure également dans le livre, il donne une définition claire et concise de mots qui peuvent parfois être mal compris ou inconnus des enfants. Nous avons également pensé aux enseignants, puisqu’un livret pédagogique leur est destiné.
Fl. Caulier : Le témoignage va permettre aux jeunes lecteurs de connaître la vie de Sophie après le retour de son père, d’aborder la reconstruction de Sophie après le trauma, sa vie familiale et professionnelle, de son engagement auprès des Filles et fils de l’Union des déportés juifs de Belgique jusqu’à la création de l’asbl « L’enfant caché ». Il s’accompagne de quelques photos personnelles de Sophie. Pour le jeune lecteur qui vient de lire son histoire, découvrir la « vraie » Sophie sera, nous l’espérons, un moment de surprise et de plaisir.
Le livre sera offert aux écoles participant au programme du CCLJ « La haine, je dis NON ! ». Il est également disponible à la vente, au prix de 9 €. Plus d’infos : 02/543.02.79 (Véronique Ruff)
]]>