L’ex-égérie de la révolte des tentes de l’été 2011 est devenue une étoile montante du Parti travailliste et la benjamine de la Knesset sortante. Avec une idée fixe : obtenir des comptes sur l’argent des contribuables, stopper les financements opaques des colonies juives, et faire avancer l’agenda social.
Ces derniers mois, Stav Shaffir a été expulsée manu militari plus d’une fois des réunions de la Commission des Finances du Parlement israélien. Et pour cause : la députée du Parti travailliste, à l’indomptable crinière rousse, benjamine de la Knesset sortante, ne laisse rien passer. Qu’il s’agisse de l’allocation de nouveaux fonds aux colonies juives ou de l’affectation d’une rallonge budgétaire à la défense, Stav Shaffir, 29 ans, est intraitable.
Pas question de transiger avec la transparence budgétaire lorsqu’il s’agit de l’argent du contribuable. L’ex-activiste sociale, qui est aussi la plus jeune élue du sexe féminin de l’histoire du pays, réclame des comptes, questionne inlassablement, traque les circuits opaques. Quitte à s’opposer de manière systématique, voire peu diplomatique, à celui qui fut à la tête de la Commission des Finances, Nissan Slomianksy, de la formation sioniste-religieuse Foyer Juif. Il est vrai que la méthode frontale est devenue une seconde peau pour Stav Shaffir qui a toujours milité en faveur de toutes sortes de causes.
L’égalité des femmes face à la prière juive ? La jeune militante a apporté sa voix aux membres des « Femmes du Mur » qui se battent pour un espace plus égalitaire sur l’esplanade du Mur des Lamentations de Jérusalem. La mise en détention des migrants illégaux ? Shaffir s’y est ardemment opposée, rappelant qu’« Israël est un pays de réfugiés ». « Ma grand-mère s’est échappée d’Irak et mon grand-père est un rescapé de l’Holocauste », a-t-elle fait valoir. L’union civile pour les couples du même sexe? La députée s’est mobilisée en mai 2013 pour rallier des parlementaires de tous bords -travaillistes, Likoud et Hatnoua-, avant que son projet de loi ne soit bloqué par la formation Yesh Atid, bien décidée à concocter sa propre proposition.
Harangueuse de foules
Mais c’est surtout en se battant pour dénoncer le coût de la vie que Stav Shaffir est sortie de l’anonymat. Issue d’une famille de comptables de Netanya, l’ex-étudiante de sociologie et de journalisme (elle a accompli son service militaire comme reporter au sein du journal de Tsahal, Ha Mahane) a en effet fait partie des membres fondateurs de la « révolte des tentes ». Formée à la City University de Londres (dans le cadre d’un programme réunissant Israéliens et Palestiniens), cette harangueuse de foules est vite sortie du lot.
Aux côtés de Daphni Leef et d’Itzik Shmuli (l’ex-président de l’Union des étudiants qui deviendra lui aussi un élu de la liste travailliste), elle a incarné durant l’été 2011 le plus important mouvement de contestation sociale du pays. Approchée un an plus tard par le Parti travailliste, l’ex-Indignée saute le pas, entre en politique, se fait encore remarquer aux Etats-Unis lors d’une conférence nationale de J Street, et décroche la huitième place aux primaires précédant le scrutin législatif du 22 janvier 2013, ce qui lui garantit un accès direct à la Knesset.
Qu’en sera-t-il à l’issue de la prochaine consultation électorale ? Stav Shaffir vient de remporter la 4e place aux primaires de la liste Avoda/Hatnoua, derrière le travailliste Yitzhak Herzog, Tzipi Livni (Hatnoua) et Shelly Yachimovitch (Avoda). Une chose est sûre, cette idéaliste qui a fait partie des rares parlementaires à renoncer à une augmentation de leurs émoluments n’a pas fini d’étonner. D’autant que contrairement à certains de ses camarades de promo, Stav Shaffir n’a aucune envie d’aller voir ailleurs et de planter sa tente à New York ou à Berlin !
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