Maman : trentenaire un peu débordée
Enfants : un ptit gars de bientôt 7 ans parti à son premier mahanè et une blondinette de presque 4 ans.
La lecture du roman de Natalie David-Weill Les mères juives ne meurent jamais (éd. Robert Laffont) dressant le portrait de sept mères d’écrivains célèbres qui se retrouvent au Paradis et n’ont rien d’autre à faire que de parler de leur fils n’aura sans doute pas été étrangère à ma réflexion. Mais c’est probablement le départ du ptit gars à son premier mahanè (camp de son mouvement de jeunesse) qui en aura été le déclencheur. « Il ne faut pas être juif pour être une mère juive, et même des pères juifs peuvent se révéler de parfaites mères juives », racontait en substance Natalie David-Weill. Moi qui suis juive et qui suis mère, se pourrait-il que je ne sois pas une « vraie » mère juive ?
En voyant le ptit gars monter dans le car ce matin-là, une autre maman m’a dit : « Tu verras, tout va bien se passer… », et j’ai presque culpabilisé. Culpabilisé d’en avoir été convaincue dès le départ. Je ne m’étais même pas demandé si tout irait bien, parce qu’il s’agissait pour moi d’une évidence…
La veille de son départ, le ptit gars m’avait pourtant confié : « Maman, je ne me sens pas prêt ». A quoi, je lui avais répondu : « Nous, on sait que tu es prêt. Pour toi, c’est nouveau, c’est normal d’être un peu inquiet, mais on a vu comment tu te comportais, ce que tu savais déjà faire, c’est le bon moment pour toi ». Il a paru rassuré. A côté de l’autocar, une autre mère s’est adressée à moi : « Pour nous, ils ne sont jamais prêts, n’est-ce pas ? », avant de retourner embrasser son fils une dernière fois. J’ai été interloquée. Il m’a semblé voir en pleine démo la vraie « mère juive ». Et m’être dit : j’ai encore bien du chemin.
Je suis plutôt de celles qui se réjouissent en effet de voir leurs enfants partir s’amuser lors d’un stage ou d’un camp de vacances. Qui ont même tendance à les forcer un peu à faire ce qui, a priori, ne les tente pas, à les pousser pour se dépasser. Pour qu’ils prennent confiance en eux et se rendent compte qu’en y croyant, on arrive souvent plus loin. J’essaye de leur inculquer le sens des valeurs et la valeur des choses, en attendant des occasions particulières pour les gâter. Et je parviens à garder étonnamment mon calme en cas d’accident… Est-ce grave, Docteur ?
Bien sûr, je me suis demandé si je n’avais pas mis au ptit gars trop de pression. Lui ai-je dit les bons mots ? Comment fait-il pour s’endormir le soir ? Est-il obligé de tout manger ? Ses copains sont-ils gentils ? Ses moniteurs s’occupent-ils bien de lui ? S’habille-t-il chaudement ? Je crois qu’on y est : « Mets ton pull, j’ai froid », la parfaite réplique de la mère juive ! En espérant ne pas cumuler tous ses travers.
La tête pleine de souvenirs, le ptit gars rentre dans quelques heures. Je sais qu’il aura grandi et je m’en réjouis.
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