Tant qu’il y aura des antisionistes…

Quand le Prince Laurent de Belgique déclenche une polémique parce qu’il est reçu en Israël par le Keren Kayemeth leIsraël (KKL), une « ONG sioniste » désignée ensuite comme « raciste » par une députée écologiste, on pense avoir embarqué une machine à remonter le temps, cap sur le 10 novembre 1975 au moment même où l’Assemblé générale de l’ONU adopte une résolution assimilant le sionisme au racisme.

Cette résolution absurde a été abrogée en 1991 et nous sommes encore condamnés, comme Sisyphe qui pousse éternellement son rocher, à expliquer sans cesse que le substantif « sionisme » et le qualificatif « sioniste » ne sont pas des insultes infamantes. A l’image du spectre politique israélien, le sionisme se conjugue au pluriel : il est riche des différentes idéologies de la modernité politique, de l’extrême gauche collectiviste à l’extrême droite ultra nationaliste, en passant par la social-démocratie, le centre et la droite libérale.

Israël mène sûrement une politique inacceptable en occupant la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Mais avec l’intensification du déferlement antisioniste, ce n’est pas la politique d’occupation des territoires palestiniens qui est visée, mais l’essence même d’Israël. Pour certains en Europe, les Israéliens et les Juifs de diaspora attachés à Israël entravent le mouvement des choses et gênent l’avenir de l’Humanité.

Ces attaques virulentes contre le sionisme font mal aux Juifs de diaspora. Pas seulement parce qu’ils comptent de la famille ou des amis en Israël, mais parce qu’ils ont un attachement sentimental et existentiel à ce pays qui continue encore de se fonder sur le sionisme, le mouvement national et l’idéologie qui lui ont donné naissance. Si une majorité des Juifs de diaspora se considèrent comme sionistes, c’est surtout par réaction contre la stupidité antisioniste et pour rappeler qu’il est essentiel que le peuple juif ait un foyer national. Ils sont sionistes même s’ils n’ont jamais souscrit à l’impératif de l’alya (immigration en Israël) au grand dam de Ben Gourion et de ses successeurs qui n’ont jamais réussi à leur imposer ce dogme sioniste.

Les groupes antisionistes hurlent et tapent de plus en plus fort, mais ils n’atteignent pas Israël. Pire, leur posture radicale n’a aucune conséquence sur la politique israélienne en ce qui concerne l’occupation de la Cisjordanie, et les Israéliens n’y voient qu’une raison supplémentaire de se méfier des Européens.

Il y a pourtant des hommes politiques européens qui ont compris tout cela. Nicolas Sarkozy, l’ancien Président français, en fait partie. On peut être irrité par sa personnalité, ses manières et ses options politiques, mais on doit malgré tout reconnaître qu’il sait trouver les mots pour tenir un langage de vérité aux Israéliens. Lorsque le Collège académique de Netanya lui a attribué le titre de docteur honoris causa en mai dernier, il a prononcé un très beau discours dans lequel il affirme son amitié pour Israël tout en exhortant les Israéliens à permettre aux Palestiniens de concrétiser leur rêve national. « Aujourd’hui vous avez pour vous la force et la légitimité d’un Etat démocratique. Mais Israël ne peut pas que gagner des guerres. L’Israël que j’aime doit gagner la paix. L’Israël que je connais doit tendre la main sans relâche, pour une raison évidente : c’est le fort qui doit tendre la main et non pas le faible. Et Israël est fort ». Et de conclure : « Je suis votre ami. Celui qui sera toujours là quand vous en aurez besoin. Celui qui partagera vos chagrins, car il y en aura, et vos joies, car il y en aura aussi. Celui qui vous dira sa vérité même si elle peut déranger. Mais à quoi servirait un ami qui n’aurait pas le courage de défendre ses idées ? A quoi servirait un ami qui se contenterait de tenir des discours aisés, faciles et commodes ici en Israël et qui dirait le contraire là-bas ? Un ami, c’est celui qui dit la même la chose partout parce qu’il le dit avec le cœur. Et surtout, je veux être l’ami qui n’acceptera jamais de transiger sur la pérennité d’Israël et du peuple juif ».

Ces déclarations ont le mérite de rappeler aux inconditionnels du soutien au gouvernement israélien (quel qu’il soit) que critiquer Israël ne constitue pas un acte de trahison et de montrer aux inconditionnels de l’antisionisme qu’on peut défendre les droits légitimes des Palestiniens sans déverser sa haine du sionisme et d’Israël.

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