Alors que nous étions nombreux à débattre sur la reconnaissance du cercle BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) par le conseil d’administration de l’Université libre de Bruxelles (ULB), un autre événement a échappé à notre attention. Il a pourtant le mérite de révéler l’absurdité de cette campagne internationale de boycott académique d’Israël que ce nouveau cercle d’étudiants entend promouvoir sur le campus de l’ULB.
Suite aux pressions des militants BDS, le Qatar a retiré de la programmation du Festival Musique et Dialogue de Doha le chef d’orchestre israélien Daniel Barenboïm et le West-East Divan Orchestra qu’il a créé avec l’intellectuel palestinien Edward Saïd. Ce festival se tenait du 30 avril au 4 mai 2012. Dans un article publié le 28 avril dans le quotidien libanais Al Akhbar, Omar Barghouti, porte-parole de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël et fondateur de BDS, se réjouit du boycott que le Qatar inflige à Daniel Barenboïm et à cet orchestre dont la particularité est de réunir 80 jeunes musiciens israéliens et arabes, y compris des Palestiniens.
« C’est la quatrième fois que le Qatar invitait Barenboïm, bien qu’il soit un sioniste », écrit Omar Barghouti. « Même s’il rejette l’occupation de 1967, Barenboïm rejette également le retour des réfugiés dans les maisons dont ils ont été chassés pendant la Nakba en 1948 ». Pour Omar Barghouti, la cause de Daniel Barenboïm est sans appel : il doit être boycotté parce que son engagement en faveur de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ainsi que son travail considérable de rapprochement entre Israéliens et Arabes à travers la musique classique sont autant de subterfuges visant à promouvoir une belle image d’Israël et à masquer la réalité de l’injustice subie par les Palestiniens.
Daniel Barenboïm défend pourtant inlassablement les droits des Palestiniens. Il n’hésite pas à médiatiser ses critiques souvent acerbes à l’égard du gouvernement israélien qui ne l’a jamais ménagé non plus. Ainsi, lorsqu’il s’est vu attribuer à la Knesset le très prestigieux Prix Wolf en 2004, Daniel Barenboïm s’est livré à une passe d’armes verbale avec Limor Livnat (Likoud), la ministre de l’Education qui ne supportait pas ses prises de position. On peut également rappeler qu’il a joué plusieurs fois en Cisjordanie et à Gaza et que, depuis 2008, il possède un passeport (symbolique) palestinien.
Si le nom de Daniel Barenboïm figure sur la liste noire des personnalités israéliennes soumises au boycott, on peut se demander quels Israéliens sont susceptibles de porter le label « approuvé par BDS ». En réalité, tout est question de délimitation et seuls Omar Barghouti et ses amis sont habilités à positionner le curseur en fonction de leurs propres critères.
Dans ce contexte, peut-on légitimement attendre de BDS qu’il cherche à engager le dialogue avec les Israéliens, comme les représentants du cercle BDS-ULB le déclarent devant le conseil d’administration de l’ULB et dans les médias ? Non, et l’acharnement de BDS à boycotter Daniel Barenboïm illustre avec éclat la véritable nature de cette campagne internationale contre les artistes et les académiques israéliens.
Contrairement à ce que les militants BDS (y compris ceux du cercle BDS-ULB) prétendent, le boycott vise bel et bien les individus. Ils ne cessent de répéter que ce boycott est théorique et qu’il ne frappe que les institutions culturelles ou universitaires israéliennes impliquées dans la politique d’occupation des territoires palestiniens. C’est faux et le cas Barenboïm en est l’exemple.
L’hypocrisie est également la marque de fabrique du boycott académique et culturel d’Israël. Omar Barghouti, qui a étudié à l’Université Columbia (New York), a entamé en 2009 une thèse de doctorat à… l’Université de Tel-Aviv ! Université qu’il a inscrite sur la liste des institutions à boycotter. Jusqu’à présent, Omar Barghouti refuse obstinément de faire le moindre commentaire sur cette contradiction flagrante. Au 17e siècle, un dramaturge français avait imaginé un personnage de ce type dans une de ses comédies : Tartuffe ou l’imposteur. Avec BDS, Omar Barghouti nous propose un remake postmoderne de cette pièce de Molière.
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